‹ Les jeux des enfantsChapitre 30 sur 31 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Opinions contradictoires des philosophes sur le rôle de l'éducation : Helvétius et Spinoza. — Efficacité de cette dernière. — Cas du duc de Bourgogne. — Avis favorable de divers physiologistes. — Importance del'éduration par soi-même. — Exemples. — Nécessité d'un idéal à poursuivre. — Procédés à employer par l'éducateur. — Action possible sur le tempérament. — .Méthode à pratiquer à l'égard des tendances : suivant les cas, encouragement et culture, ou répression et combat. — Éducation des sentiments : i° Éveiller che? l'enfant la sympathie, en l'amenant à comprendre la souiîrance d'autrui, — en lui manifestant soi-même de l'affection, — en ayant recours aussi à des récits appropriés ; — 2° Lutter contre Yapo.thie ; — 3° Régler la sensibilité, en étouffant le penchant àlacolère et à l'orgueil, l'humeur contrariante et instable. — Education de la volonté. — Sa nécessité. — Double précaution à prendre : 1" Respecter la spontanéité de l'enfant ; — 2° Xe pas -céder à tous ses caprices. — Utilité d'une sage discipline. — Iniîuence du travail réglé sur le développement de la volonté. — L'attention et l'habitude — Moyens propres h accroître l'énergie : 1° Faire acquérirâ l'enfant laconlianceen soi; — 2° Évoquer les

sentiments qui lui rendront l'effort moins pénible; — 3° F.ui donner en exemple la vie des grands bienfaiteurs de rhumanilé; — 4° Bannir de la classe tout ce qui serait cause d'énervement, et tirer, au contraire, des matières enseignées des leçons de courage ; — 5° Mettre à profit l'éducation physique. — La suggestion comme moyen d'éducation morale. — Conclusion,

Les penseurs sont lom d'être d'accord sur la question de savoir quel est au juste le rôle de l'éducation dans l'évolution morale, a Au siècle dernier, on avait exagéré l'importance de l'éducation au point de se demander naïvement avec Helvétius, [si toute la difTe'rence entre les divers hommes ne provient pas de la seule différence dans l'instruction reçue et dans le milieu ; si le talent, comme la vertu, ne peut pas s'enseigner. De nos jours, après les recherches faites sur l'hérédité, on s'est jelé dans des affirmations bien contraires. Beaucoup de savants et de philosophes sont maintenant persuadés que l'éducation est radicalement impuissante quand il s'agit de modifier profondément, chez l'individu, le tempérament et le caractère de la race : d'après eux, on naît criminel ' comme on naît poète ; toute la destiné-; morale de l'enfant est contenue dans le sein mater-

(1) Voir notamment Lombroso, L'homme criminel. En partant de ce principe, ce philosophe va jusiju'à soutenir que la société aurait le droit de retenir en prison pendant toute leur vie ceux qui se sont rendus coupables d'un premier crime,

qu'il -'j ioit agi d'un simple vol on «J'uii mcuitre.

l'éducation dd caractère 123

nel. puis se déroule implacablement dans la vie. i^as de remède possible, notamment, pour ce niai commun à tous les déséquilibrés, fous, criminels, poètes, visionnaires, femmes hystériques, que l'on a nommé neurasthénie; les races descendent l'échelle de la vie et de la moralité tout ensemble, mais ne la lemontenl pas*. »

Ainsi pensait déjà Spinoza, lorsqu'il réduisait le caractère à un théorème dont le milieu extérieur Jfait sortir les conséquences avec une nécessité mathématique ; ainsi plus l'écemment ont pensé Gall, Schopenhauer, Taine, Herbert Spencer*, et encore M. Ribot^, d'après qui « les orais caractères ne changent pas ».

(4) Guyau, Education et hérédité, p. xm-xrv.

(2) Spencer {De l'éducation intellectuelle, morale et physique, p. 171-173) admet seulement que le caractère humain peut -e transformer à la longue, dans le cours des siècles, sous 1j contrainte des forces extérieures, des conditions de la vie. Tourtant il accorde que, si l'on ne peut détruire les imperfections naturelles des enfants, on peut du moins les diminuer. Kt tout en combattant l'opinion des personnes qui estiment quun système parfait d'éducation produirait une humanité idéale, il ajoute : « Malgré cela, on fera bien de sympathiser avec les personnes qui nourrissent ces trop confiantes espérances. L'enthousiasme, même poussé jusqu'au fanatisme est un bon moteur ; peut-être même un moteur indispensable... Ue là vient que nous pouvons dire, de ceux qui regardent l'éducation intellectuelle et morale comme la panacée, que l'exagération de leur attente n'est pas sans avantage ; et c'est là peut-être une partie de l'ordre bienfaisant des choses que leur confiance ne puisse être ébranlée. » — C'est donc reconnaître en définitive que les efforts des éducateurs ne sont pa3 inutiles.

(3) M. Ribot fait également une assez large concession à.

C'était d'ailleurs l'opinion de Voltaire : o Peut-on, a-t-il écrit*, changer de caractère? Oui, si on change de corps. Il se peut qu'un homme né brouillon, inflexible et violent, étant tombé dans sa vieillesse en apoplexie, devienne un sot enfant pleureur, timide et paisible. Son corps n'est plus le même. Mais tant que ses nerfs, son sang et sa moelle allongée seront dans le même état, son naturel ne changera pas plus que l'instinct d'un loup et d'une fouine... Voulez-vous changer absolument le caractère d'un homme, purgez-le tous les jours avec des délayants jusqu'à ce que vous l'ayez tué. Charles XII, dans sa fièvre de suppuration sur le chemin de Bender, n'était plus le même homme. On disposait de lui comme d'un enfant... Si on pouvait changer son caractère, on s'en donnerait un, on serait le maître de la nature. Peut-on se donner quelque chose? Essayez d'animer l'indolent d'une activité suivie, de glacer par l'apathie l'âme bouillante de l'impétueux,

ceux qui ont, suivant ses expressions, une foi aveugle dans la toule-puissance de l'éducation : « Mettons, dit-il, à un bout les formes nettes, tranchées, que j'ai appelées les types purs, llien ne les modifie ; rien ne les entame : bons ou mauvais, ils sont solides comme le diamant. Mettons à l'autre bout les amorphes ; ils sont par définition la plasticité incarnée. Entre ces deux extrêmes, disposons en série tous les modes du caractère, de manière à passer par une transition insensible d'un bout à l'autre. Il est clair qu'à mesure qu'on descend vers les amorphes, l'individu devient moins réfractaire aux influences de son milieu et que la part du caractère acquis augmente dans la même proportion. » {Art. cité, p. 500.) (l) Dict. vhilosùphique,d.Tl. : Caractère.

l'éducation du caractère 125

vous n'y parviendrez pas plus que si vous entrepreniez de donner la vue à un aveugle-né*. >

Une telle conception du caractère ne tend à rien moins qu'à proclamer l'impuissanoe et par suite lïnutilité de la morale. Contre elle heureusement s'insurgent, avec la pratique de Thumanité entière, l'expérience des éducateurs et notre expérience intime.

Les tendances en effet sont loin d'être immodifîables; on peut par exemple renforcer ou réprimer un sentiment, selon qu'on lui donne ou non satisfaction. Nos inclinations prennent de la force et croissent, si nous lés suivons d'ordinaire ; nous appliquons-nous à les réprimer, ou simplement les négligeons-nous, elles s'affaiblissent et s'éteignent ; quelques-unes peuvent être créées de toutes pièces, comme le prouve l'appétit, voire parfois la passion, du tabac, des liqueurs fortes ou de l'opium. Voltaire reconnaît lui-même ces effets de l'habitude quand aux paroles citées plus haut il ajoute : « Noies perfectionnons, nous adoucissons, nous cachons ce que

(1) J.-J. Rousseau, dans la.'Souvelle Héloise, s'exprime en termes presque identiques : - Chaque homme, dit-il, apporte en naissant un caractère, un génie et des talents qui lui sont propres... Pour changer un esprit, il laudrait changer l'organisation intérieure ; pour changer un caractère, il faudrait changer le tempérament dont il dépend, .\vez-vous jamais ouï-dire qu'un emporté soit devenu fiegmatique, et qu'un esprit méthodique et froid ait acquis de l'imagination? Pour moi, je trouve qu'il serait tout aussi aisé de faire d'un blond un brun, et d'un sot un homme d'esprit. »

la nature a mis en nous, t> Ne voilà-t-il pas mie assez belle marge laissée à l'éducateur? Au reste, si tout le monde n'était de cet avis, on ne prendrait point la peine d'élever les enfants. On abandonnerait ce soin, souvent fort ingrat, à la seule nature.

Mais qui ne connaît, par le cas du duc de Bourgogne, le petit-fils de Louis XIV, quelles améliorations dans le naturel peut réaliser l'éducation. « Ce prince, dit Saint-Simon dans ses Mémoires, naquit terrible et sa première jeunesse fit trembler : dur et colère jusqu'aux derniers emportements, et jusque contre les choses inanimées ; impétueux avec fureur, incapable de souffrir la moindre résistance, même des heures et des éléments, sans entrer dans des fougues à faire craindre que tout ne se rompît dans son corps ; opiniâtre à l'excès, passionné pour toute espèce de volupté... Il n'aimait pas moins le vin, la bonne chère, la chasse avec fureur, la musique avec une sorte de ravissement, et le jeu encore où il ne pouvait supporter d'être vaincu, et où le danger avec lui était extrême ; enfin, livré à toutes les passions et transporté de tous les plaisirs, il était souvent farouche, naturellement porté à la cruauté, barbare en railleries et à produire les ridicules avec une justesse qui assommait. De la hauteur des cieux, il ne regardait les hommes que comme des atomes, avec qui il n'avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent. A peine messieurs ses frères lui paraissaient-

ils intermédiaires entre lui et le genre humain. » On conviendra que l'éducation d'un tel prince n'était guère facile. Néanmoins le duc deBeauvilliers, secondé par Fénelon, par l'abbé de Fleury, et même par Moreau, premier valet de chambre, e fort audessus de son état, sans se méconnaître, remarque Saint-Simon, travaillèrent sans relâche à corriger cet effrayant naturel ; puis, Dieu aidant, quand le prince eut atteint sa dix-huitième année, l'œuvre fut accomplie, et de cet abîme sortit un prince aftable, doux, humain, modéré, patient, modeste, pénitent, et, autant et quelquefois au delà de ce que son e'tat pouvait comporter, humble et austère pour soi' ».

(1) Cf. la Vie de Fénelon, par le cardinal de Bausset. On sait que ce fut pour faire la guerre à chacun des défauts de son élève que Fénelon composa ses Fables et ses Dialogues, qui offrent une frappante moralité. « Presque toutes, dit le biographe, se rapportaient à un fait qui venait de se passer, et dont l'impression encore récente ne lui permettait pas d'éluder l'application : c'était un miroir dans lequel il était lorcé de se reconnaître, et qui lui offrait souvent des traits peu flatteurs pour son jeune amour-propre. » L'ingénieux Mentor cherche-t-il à lui inspirer plus de douceur, il suppose n que le soleil veut respecter le sommeil d'un jeune prince pour que son sang puisse se rafraîchir, sa bile s'apaiser; pour qu'il puisse obtenir la force et la santé dont il aura besoin, et je ne sais quelle douceur tendre qui pourrait lui manquer •. Veut-il l'exciter à mettre plus de soin dans ses compositions et dans son langage, il le peint lui-même sous la figure du jeune Bacchus, dont un faune moqueur relève toutes les fautes. « Comment oses-tu te moquer du fils de Jupiter? dit le dieu enfant. — Et comment le fils de Jupiter ose-t-il faire quelque faute? répond le faune. • De même, dans la belle fable du Fantasque le duc de Bourgogne était obligé de lire la fidèle histoire de toutes ses inégalités et de tous ses emportements.

Un tel exemple prévaudrait à lui seul contre les théories, si les auteurs les plus portés à mettre en relief l'action du tempérament, savoir les physiologistes, ne proclamaient les premiers toute l'importance de l'éducation. Traitant d'une des formes morbides du caractère étudiées plus haut, le professeur allemand Niemeyer écrit : « La constitution et le tempérament n'exercent pas une influence bien sen- <^ible sur le plus ou moins de prédisposition aux ■ffections hystériques. Par contre, la plus grande influence sur la disposition à l'hystérie est exercée jar le genre de me et par V éducation. Si les enfants ne sont pas habitués à se maîtriser, si l'on ne se refuse pas à accomplir leurs moindres désirs, si on leur permet de se livrer à un chagrin désespéré au sujet d'un jouet brisé, si l'on craint de recourir à la verge lor.-que à la moindre déception ou au moindre refus ils s'abandonnent à des éclats immodérés de désespoir et de colère, qu'ils trépignent du pied et se roulent à terre, alors ils sont fort sujets à devenir hystériques par la suite. Car ce ne sont pas les conditions extérieures, mais la manière dont l'individu réagit contre ces conditions., qui entraînent l'hystérie. Que l'on habitue les enfants à s'appliquer au travail, à être consciencieux, à se maîtriser, que l'on défende aux filles qui commencent à grandir de faire pendant toute la journée de la tapisserie et de s'occuper d'autres objets qui leur

L'ÉDDCATION DU CARACTÈRE 129

permettent de s'abandonner à leurs pensées et à leurs rêveries, qu'on les préserve des mauvaises lectures qui exaltent leur imagination, et l'on aura ainsi pris les meilleures mesures pour écarter le danger de l'hystérie*. »

Puisque l'éducation contribue de telle sorte à La formation du caractère S il en résulte que chacun, s'il le veut, est apte à modifier lui-même plus ou moins profondément son naturel ^. Aux habitudes

{l) Elé'ments de pathologie interne et de thérapeutique, trad. Cornil, t. Il, p. 353. — Cf. les lignes suivantes de d'Espine et Picot {Manuel pratique des maladies de l'enfance, p. 494) : « C'est par \&s moyens éducatifs, agissant sur le caractère de l'enfant, que l'hystérie qui est surtout une affection mentale devra être conabattue en premier lieu ; on devra lutter dès les premiers symptômes de la maladie et même chercher à prévenir celle-ci chez les sujets prédisposés. On fortifiera le corps de l'enfant par une bonne hygiène, on s'efforcera de développer sa raison et son intelligence, et on s'opposera à tout ce qui peut exalter prématurément sa sensibilité nerveuse. C'est dire que les exercices du corps, {'hydrothérapie, etc., devront être recommandés, que les lectures romanesques devront être proscrites et surtout qu'on évitera avant tout de « gâter » l'enfant ou de céder à ses caprices. » — Conséquence logique : si une éducation mal dirigée peut faire dévier ainsi un caractère naturellement normal, pourquoi une éducation convenable ne pourrait-elle le perfectionner? Personne ne songe à nier l'influence des mauvais exemples ; quelle raison s'opposerait à ce que les bons ne soient efficaces?

(2) A propos du type le plus réfractaire peut-être à l'éducation, savoir le type instable ou incohérent, M. Paulhan écrit : « L'influence morale des supérieurs, la régularité, la routine même de la vie habituelle, les croyances et les pratiques religieuses, la peur du gendarme, le souci de l'avenir, sauvegardent l'unité morale de beaucoup de geas » (p. 56).

(3) Voy. l'opinion conforme de St. Mill, Logique, II. 423-425.

dont l'origine est hors de nous, nous pouvons en ajouter qui nous soient propres, et, par une lutte persévérante contre nos passions, sinon nous transformer du tout au tout, devenir du moins un être moral fort différent. Cette éducation par soi-même est encore la plus féconde et la plus durable, grâce à l'effort qu'elle nécessite et qui l'imprime profondément en notre âme. L'important est d'abord, suivant le précepte socratique, de bien nous connaître, de discerner quelles tendances bonnes ou mauvaises prédominent en nous, afin de savoir ce que la volonté devra s'appliquer à combattre et à détruire, ou, au contraire, à soutenir et à renforcer : prise de conscience et de direction de nos inclinations naturelle^;, voilà donc la tâche qui nous incombe. « Quelque difficile que soit cette conquête de soi, elle n'est pas impossible. Rachel de Varnhagen, par exemple, le docteur Johnson, Henriette Martineau étaient nés avec un tempérament mélancolique ; ils étaient de ces attristés qui voudraient fuir le battement incessant de la vie et dire à leur cœur : Endors-toi! Mais, par leur intelligence et leur volonté, ils firent une noble tentative pour triompher de leur tendance organique au découragement, et ils arrivèrent à vaincre cet ennemi caché de la paix intérieure *. » Un idéal est en tel cas indispensable comme auxi-

(1) Fouillée, Le caractère et l'intelligence, p. 822.

l'éducation du caractère 131

liaire et comme guide ; il faut concevoir un but élevé et le poursuivre : «■ L'idée du mieux, remarque M. Fouillée', est pour nous le moyen de réaliser le mieux... L'intelligence finit par tout orienter en vue de certaines fins. Et comme la plupart de ces fins, au lieu d'être indifférentes, ont une valeur morale, le caractère apparaît, à ce point de vue supérieur, comme un ordre de finalité, ou, selon le motd'Emerson, « un ordre moral », introduit dans la nature d'un individu par la réaction de sa volonté intelligente » ; en sorte « qu'une intelligence des choses morales et sociales très développée, en permettant l'évolution continue du caractère, permet un progrès croissant de la moralité même... Pour ne point parler des fondateurs de religion, Socrate n'a-t-il pas conformé sa vie comme sa mort à ses principes, et cela, selon son propre témoignage, malgré certains penchants de son tempérament? N'avoue-t-il pas qu'il était porté à l'excès vers les passions de l'amour, lui qui vécut chaste ? Ne reconnaissait-il pas que le physionomiste Zopyre avait raison de lui attribuer bien des inclinations grossières, qu'il avait réprimées par sa volonté ? Et Kant n'a-t-il pas réalisé dans sa vie entière l'impératif catégorique ? « Je dormais, dit-il, et je rêvais que la vie est beauté; je me réveillai et je vis qu'elle est devoir. * Gomment

(1) Fouillée, Le caractère et l'inleUiyence, p. 849-851.

s'esl-il réveillé, sinon par l'action de l'idée? Les exemples abondent de l'empire souverain exercé par les convictions morales et religieuses. Un Augustin, entraîné lui aussi par son tempérament vers tous les plaisirs, n'en devient pas moins, sous l'influence de l'idéal conçu et aimé, un des types de la sainteté. »

Quels procédés l'éducateur devra-t-il mettre en œuvre pour modifier, suivant la nécessité ou l'utilité, les différents caractères et rendre les enfants aptes à se perfectionner eux-mêmes plus tard ?

Nous dirons d'abord un mot de ce qu'il est possible de tenter à l'égard du tempérament.

« L'esprit, écrivait Descartes ', dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusques ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher. » Paroles remarquables, à tous égards, mais qui ont d'autant plus de poids qu'elles viennent d'un grand philosophe spiritualiste. C'est par la médecine et l'hygiène, en effet, qu'il faut chercher dès le début à plier la machine aux bonnes habitudes, à extirper les vices par leur racine organique et à faire du corps le serviteur docile de la raison. Tel e'tait également l'avis de Pascal et de Rousseau; tel est celui

(1) Diicours de la méthode, VI° partie.

de M. Fouillée , qui croit « qu'on sauverait à la raison bien des écarts, qu'on empêcherait de naître bien des vices, si l'on savait forcer l'économie animale à favoriser l'ordre moral qu'elle trouble si souvent » ; en un mot, si l'on reconnaissait « la nécessité d'une morale appliquée à la vie sensitive et affective, agissant non par préceptes abstraits, mais par une influence concrète sur la partie matérielle de notre être ' ».

La médecine recommande par exemple, pour combattre et reformer le tempérament lymphatique, l'usage d'aliments qui fournissent du sang et de la bile; elle prescrit aussi la chaleur et le mouvement, notamment la gymnastique et les jeux; — à l'égard des tempéraments bilieux et nerveux, elle ordonne au contraire les aliments mucilagineux, l'eau pour boisson ^ le froid, le repos, etc. — Faut-il rappeler que, dans le système pénitentiaire des États-Unis, on a recours, pour adoucir ou calmer les

(1) Le tempérament physique et moral, p. 304. — Sur cette question d'une morale médicale, voy. M. de Fleury, Introduction à la médecine de l'esprit, 2» partie (Alcan, édit.)-

(2) « On sait assez l'effet du vin; celui du café est remarquable aussi chez certaines personnes, qu'il rapproche du type impulsif. M. Saint-Saëns s'aperçut qu'une tasse de thé qu'il prenait pour faciliter sa digestion lui donnait, à l'issue de son déjeuner, un accès d'humeur querelleuse. « Chaque jour, dit-il. je me mettais à table bien résolu à ne m'irriter de rien, mais j'avais beau faire, au dessert l'accès me venait fatalement, bien qu'on ne fît rien pour le provoquer. » (l'aulhan, ouv. cité, p. 57.)

OUEYHAT. — Les caractères 8

caractères féroces, à la saignée, aux bains, aux boissons délayantes et à une nourriture végétale, aux occupations tranquillisantes ! *

Contentons-nous de signaler ces pratiques. Comme l'action directe sur ie moral est plus saisissable et plus grande sans conteste, il importe d'en traiter particulièrement. Ici même nous négligerons ce qui concerne la culture de l'intelligence, dont nous nous sommes occupé ailleurs ', et nous rechercherons de quelle manière l'éducateur doit se comporter à l'égard de la sensibilité et de la volonté des enfants.

Il lui est avant tout indispensable de bien discerner la nature des caractères sur lesquels il a mission d'agir 2 ; car, pour les faire se rapprocher de l'équilibre qui est l'ide'al à poursuivre, il aura souvent besoin de développer telle faculté chez l'un où elle n'existe qu'à l'état embryonnaire, et inversement de la contenir,

(1) Voir sur ce point nos ouvrages sur L'Imagijiation et ses variétés chez lenfanl, — sur L'Abstraction et son rôle dans l'éducation intellectuelle et sur La Logique chez l'enfant.

(2) « Pour diriger l'enfant, le premier besoin est de le connaître, et pour le connaître il faut, par une conduite droite, aimable, familière sans bassesse, le mettre en pleine liberté de découvrir ses inclinations. De tous les défauts, l'hypocrisie est le plus grave, parce que, indépendamment du mal qu'il fait par lui-même, il sert de masque aux autres : rien de plus dangereux que u les caractères politiques », dont la docilité calculée et la douceur apparente cachent une volonté âpre qui ne se marque qu'alors qu'il n'est plus temps de la corriger. Quelque elTort d'observation et de patience qu'il en coûte pour voir clair dans l'esprit de l'enfant, tout doit élre sacrifié à cet objet. • (Gréard, L'éducation des femmes, p. 31.)

l'éducation du CARACTÈR» <35

Finon de la comprimer, chez l'autre où par son excès même elle devient un défaut, comme on voit la douceur tourner en faiblesse ou la fermeté en entêtement. Jussieu indique clairement quelle est dans les deux cas la méthode à suivre : c On développe une faculté', dit-il, en fournissant à l'individu qui en est doué de fréquentes occasions de l'exercer ; on en arrête le développement en écartant ces occasions. Il me semble que ce principe ne devrait, en aucune circonstance, être perdu de vue par les personnes qui sont chargées de l'éducation de la jeunesse. Il n'est pas pour l'éducation morale de méthode absolue ; car elle consiste à développer et à combattre, et ce qu'il faut développer ou combattre ici n'est pas ce qu'il 'lut de'velopper ou combattre là'. Voilà où gît la -,iande, l'honorable tâche de l'instituteur. Cette partie de l'éducation est de tous les moments ; elle se partage entre les heures d'étude et celles des amusements étrangers à l'étude. Tout doit y concourir; nulle occasion ne doit être perdue, et, pour cela, il faut que la surveillance et l'attention ne se reposent jamais '^. »

La première occupation 'du maître sera de répri-

(1) A ce sujet, M. Alex. Stewart est allé récemment jusqu'à proposer de diviser les classes des écoles en quatre parties pour f,'rûiiper ensemble les enfants de même tempérament et leur appliquer des méthodes spéciales.

(2) Exposé analytique de", méthodes de l'abbé Gaultier^ ch. xin.

mer les penchants égoïstes et d'encourager ou de susciter <jhez les enfants dont il a charge les penchants altruistes. Sauf des exceptions inévitables, l'enfant, il faut bien en convenir, est naturellement mauvais plutôt que bon, étant essentiellement égoïste ; et le jugement porté par La Fontaine : Cet âge est scuîs pitié, quoique trop absolu sans doute, exprime une grande vérité. La raison capitale en est que le développement des inchnations sympathiques exige un degré d'intelligence, qui, manquant au petit enfant, l'empêche de comprendre le mal qu'il fait ou seulement dont il entend parler. C'est pourquoi on doit profiter du moment où il souffre lui-même, pour éveiller en lui la compassion à l'égard de ceux qui souffrent également.

La remarque n'a pas échappé à Rousseau : « Pour devenir sensible et pitoyable, lisons-nous au livre IV de l'Emile, il faut que l'enfant sache qu'il y a des êtres semblables à lui qui souffrent ce qu'il a souflert, qui sentent les douleurs qu'il a senties, et d'autres dont il doit avoir l'idée, comme pouvant les sentir aussi. En effet, comment nous laissons-nous émouvoir à la pitié, si ce n'est en nous transportant hors de nou8 et nous identifiant avec l'animal souffrant, en quittant, pour ainsi dire, notre être pour prendre le sien? Nous ne soutirons qu'autant que nous jugeons qu'il souffre; ce n'est pas dans nous, c'est dans lui que nous souffrons. Ainsi nul ne devient sensible que

quand son imagination s'anime^, et commence à le transporter hors de lui.

« Pour exciter et nourrir cette sensibilité naissante, pour la guider et la suivre dans sa pente naturelle, qu'avo.ns-nous donc à faire, si ce n'est offrir au jeune homme des objets sur lesquels puisse agir la force expansive de son cœur, qui le dilatent, qui retendent sur les autres êtres, qui le fassent partout retrouver hors de lui; d'écarter avec soin ceux qui le resserrent, le concentrent, et tendent le ressort du moi humain; c'est-à-dire, en d'autres termes, d'exciter en lui la bonté, l'humanité, la commisération, la bienfaisance, toutes les passions attirantes et douces qui plaisent naturellement aux hommes, et d'empéoher de naître l'envie, la convoitise, la haine, toutes les passions repoussantes et cruelles, qui rendent, pour ainsi dire, la sensibilité non seulement nulle, mais négative, et qui font le tourment de celui qui les éprouve? »

L'expérience confirme les vues précédentes : on a observé que des enfants sont devenus plus affectueux après une maladie. A la vérité, avec la souffrance qui

(1) Un accident arrivé récemment ou dans notre voisinage nous cmiut plus qu'une catastrophe ancienne ou lointaine. Dugald-Stewart observe que la sécheresse de cœur de beaucoup d'enfants est due uniquement à la pauvreté de leur imagination, et Spencer a énoncé cette loi : o L'étendue et la clarté de la sympathie sont en raison de l'étendue et de la clarté des représentations. » C'est donc l'imagination des enfants qu'il faudra élargir d'abord, pour éveiller en eux la sensibilité.

a produit en eux ce changement, uae autre cause a pu agir de concert : les marques de tendresse dont ils ont été l'objet durant ce temps ont probablement contribué à les toucher, car l'affection est contagieuse. Aussi un moyen nouveau et excellent d'inspirer à l'enfant de la sympathie, est-il de lui en témoigner constamment soi-même ! Les preuves do tendresse qu'il aura reçues l'incitant à les rendre. son cœur s'ouvrira peu à peu. L'on devra bien prendre garde alors de paraître indifférent aux paroles ou aux actes par lesquels ses sentiments affectueux se manifesteront, car un moyen certain d'étouffer ceux-ci serait d'en recevoir le témoignage avec une froide réserve. Montrer, au contraire, è l'enfant que l'on éprouve un réel plaisir de leur expression, l'encouragera à faire revivre en ses parents ou en ses maîtres l'émotion qu'ils ont produite une première fois chez euxV M'^® de Maintenon était la raison même ; mais Sa Solidité, comme l'ap-

(1) On aura soin, bien entendu, d'éviter tout excès ici, pour ne pas affliger les enfants à imagination vive d'une sensiblerie pénible ou fausse. Il importe de recevoir avec pkisir les caresses de nos enfants, remarque miss Edgeworth(£55aw sur Véducation pratique), mais « il faut ensuite les refroidir doucement sur la vivacité et la fréquence de ces témoignages de peur que cette manière d'être ne les conduise à l'alfectation... Il ne faut laire qu'un usage très modéré, dans l'éducation des filles, de tout ce qui tient à la classe des romans, comme les contes de sentiment, qui donnent des émotions vives. Ce genre de lecture amollit le caractère et inspire de l'indilTérence pour les plaisirs journaliers, dont l'ensemble fait de beaucoup la plus grande portion du bonheur. »

pelait Louis XIV, manquait de sensibilité et de douceur. Assurément, si la raideur et la sécheresse qu'on lui reproche venaient en partie des épreuves prolongées de son enfance, elles tenaient en outre à son éducation; sa mère, dit M"*" d'Aumale, ne l'avait, embrassée que deux fois au front, et encore après une séparation assez longue.

On pourra recourir aussi, pour éveiller le cœur des enfants, à de petites scènes prises dans la fable, dans l'histoire ou dans la vie réelle et choisies de fagon à bien faire ressortir tout ce qu'il y a de laid dans la méchanceté, dans la cruauté, dans l'oppression par exemple du faible par le fort. Les enfants, qui souvent ne se rendent pas compte de la douleur dont eux-mêmes ils sont cause, saisissent vite ce qui est mal quand ils le voient accomplir par autrui. Lequel d'entre eux ne s'apitoie sur le sort du petit agneau dont parle La Fontaine et ne s'indigne des mauvaises raisons qu'invoque le loup pour en faire sa proie? Lequel ne gémit a;i récit du meurtre des enfants de Clodomir? Outre que le maître devra provoquer ou encourager en eux ces sentiments, il leur fera entendre que quiconque ne les éprouverait point serait dans Vhumanité une triste exception.

M'"° Necker de Saussure raconte l'histoire d'un enfant qui, se trouvant dans un jardin où une caille apprivoisée courait librement à côté de la cage d'un oiseau de proie, eut je ne sais quelle tentation de

saisir la pauvre caille et de la donner à dévorer h l'oiseau. Le héros de cette aventure explique luimême la punition qu'on lui infligea : « A dîner, il y avait grand monde ce jour-là, le maître de la maison se mit à raconter la scène froidement et sans réflexion, mais en me nommant. Quand il eut fini, il y eut un moment de silence général, où chacun me regardait avec une espèce d'effroi. J'entendis quelques mots prononcés entre les convives, et, sans que personne m'adressât directement la parole, je pus comprendre que je faisais sur tout le monde l'effet d'un monstre*. »

Nul doute que cette leçon n'ait profité ù l'enfant qui la reçut; nul doute aussi que de semblables traits ne soient utiles à tous.

Non seuFement le maître, grâce à ces pratiques diverses, développera chez les enfants la sensibilité et lui donnera une bonne direction par la substitution desinclinations désintéressées aux penchants égoïstes, mais il travaillera tout à la fois à les tirer de Vapathie qui pourrait leur être naturelle. Pour arriver ù ce dernier but, il ne devra même pas craindre, quand il aura affaire à des natures essentiellement languissantes et endormies, d'aiguillonner et de stimuler en elles jusqu'aux sentiments personnels. « Les impulsions égoïstes peuvent être assez faibles

(1) Cité par M. Paul Janr-t, Traité de philosophie, p. 572.

l'éddcation du caractère 141

pour qu'il soit besoin de recourir à leur égard à une Cvcitatioii positive. Il y a des enfants insouciants, et pour ain>i dire en léthargie, qu'il est bon d'appeler à raffirination de leur personnalité. Dans ce cas il peut être désirable d'éveiller chez ces enfants les sentiments d'orgueil^ d'ambition, et même (dans des cas extrêmes) le sentiment antisocial de la rivalité, le plaisir de l'emporter sur les autres. Même quand il n'y a pas une défaillance naturelle de ces sentiments, l'aflaire de l'éducateur n'est pas tant de les réprimer que de les diriger vers des objets plus élevés. Il cherche à les transformer en les raffinant. Ainsi ses efforts tendront à faire passer l'enfant de la crainte du mal physique à la crainte du mal moral, de l'émulation pour les qualités du corps à l'émulation pour les qualités de l'esprit, de l'orgueil qu'inspire la possession des objets matériels à l'orgueil plus noble qu'excite la possession des objets intellectuels '. »

En même temps, l'éducateur aura souci de régler la sensibilité de l'enfant et de réaliser chez lui Végalité d'humeur. Celle-ci suppose d'abord une douceur, une indulgence qui prête aux autres ce dont ils manquent ; elle exige en outre une force d'esprit capable de résister aux légères contrariétés que char[ue jour une multitude d'objets peuvent pro-

(1) Sully, Outlines of psychology, p. 50.5. — Cf. Compayrè, Cours de pédagoqie Ihcorique et pratique, leçon IX.

duire. Le plus sûr moyen d'en doter l'enfant est donc de fortifier sa volonté, sujet que nous examinerons pius loin, et d'étouffer en iui ia propension à la colère. « Quand on n'aime que soi, généralement on ne s'en tient pas envers les autres à un état de neutralité indifférente ; dans l'âge mûr, une grande expérience de la vie, une sorte de scepticisme pratique peuvent conduire à ce résultat; mais c'est trop de raffinement pour l'enfance qui est prime-sautière jusque dans ses manèges égoïstes. Ce qui gêne l'enfant, il le hait; voyez-le battre même les objets inanimés, battre les animaux et jusqu'aux personnes. Ces manifestations sont toujours, au début de la vie, accompagnées de colère... » Or, « l'enfant prend facilement l'habitude de la colère, et dès lors l'irascibilité devient un des défauts permanents de son caractère, d'abord parce quil n'a pas la force à lui seul de lutter contre cette passion, ensuite parce que, tout en étant précédée de sentiments pénibles, elle ne laisse pas d'être accompagnée dans son exercice d'un certain plaisir. Demandez à l'enfant qui crie, se débat, jette ou brise les objets qu'il a sous la main, s'il ne trouve pas un soulagement dans ces mouvements désordonnés. Que ce plaisir devienne assez vif pour compenser les inconvénients naturellement inséparables de l'abandon à une passion dominante, et voilà une nature dont l'équilibre ne sera jamais assuré, une intelligence que la passion

L'ÉDUC.VTION DU CARACTÈRE 143

obscurcira, une volonté qui ne se possédera jamais. — 11 faut donc à tout prix empêcher que la colère ne dégénère en habitude : toute l'influence des parents et des maîtres y suffit à peine. La contrainte de leur présence n'est que momentanée ; encore ne parvient-elle pas toujours à prévenir les explosions, et d'ailleurs l'enfant trouve facilement les occasions de s'en délivrer. La première barrière à lui opposer e?t une attitude négative et expectante" : rien ne déconcerte l'emportement comme le sang-froid des personnes qui en sont témoins, surtout si ce sangfroid est nuancé d'un caractère de surprise peinée et de désapprobation tacite côtoyant le mépris. La colère qui n'est pas alimentée par des reproches, qui ne rencontre devant elle que le silence, se consume dans h vide et s'use elle-même. Ce n'est qu'après l'accès qu'un? intervention active est opportune. Le blâme est le moyen général, applicable ici comme dans bien d'autres cas; l'appel au sentiment de la dignité personnelle, la considération des suites funestes de cette passion, sont des moyens spéciaux. Mais le plus efficace de tous consiste à cultiver les sentiments sympathiques et affectueux. Le contraire de l'irascibilité est celte disposition qui nous porte à oublier le mal qu'on nous a fait ou que nous croyons qu'on nous a fait, pour ne songer qu'à celui que nous faisons aux autres *. »

(1) Rousselot, Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaire, p. 146-148. — Cf. M" de Sauvan, Cours normal des instii'j.-

Le penchant à la colère est loin d'être Tunique obstacle à l'égalité d'humeur ; on peut avoir à réprimer aussi la tendance à l'orgueil, à la vanité, source principale du caractère contrariant. C'est parce qu'on se juge meilleur et plus sensé, ou parce qu'on cherche à le paraître, que l'on combat toujours et quand même les opinions et les actes d'autrui, ou encore parce que, croit-on, le plus sûr moyen de se distinguer des autres, est de ne jamais penser comme eux '. » Ue rôle de censeur exige une grande supériorité de sagesse et de lumières. Aussi

irices, chap. xviii : • Accoutumez vos enfants à supporter patiemment une injustice, à n'opposer que la douceur à l'arrogance, la politesse à la brusquerie ; et elles désarmeront l'arrogance, et elles adouciront la brusquerie. La disposition chagrine ou malveillante que l'on n'irrite pas, se calme d'elle-même, honteuse de se sentir inutile. La patience rend poli, car elle fait écouter sans ennui ou du moins sans un ennui apparent, les récits fatigants par leur peu d'importance ou par leurs trop longs développements. Une personne patiente n'interrompt pas dans la conversation ; elle laisse à chacun le temps de s'expliquer; elle écoute tout et comprend bien; elle supporte les prétentions de la sottise, les caprices d'un malade, le redites et la lenteur de la vieillesse, la pétulance et les continuelles questions de l'enfance; elle soutient son opinion sans aigreur, sans irriter une opinion contraire à la sienne ; elle sait se faire écouter, parce qu'elle a choisi le moment où il fallait répondre; elle persuade souvent parce qu'elle s'est donné le temps d'avoir raison. La patience léunit donc les avantages de la prudence au mérite de la bonté. •

(I) « La vanité, dit Balmès, est le vice dominant de ces sortes d'esprits. Un amour-propre mal entendu les pousse à se singulariser en toutes choses; et ne voulant ni penser ni parler comme le reste des hommes, ils en viennent insensitilement à se mettre en lutte avec le sens commun. La cons

L'ÉDUCATION DU CARACTEUE l4f»

l'homme vaniteux s'empressera-t-il de le prendre, non pour corriger ses semblables et redresser leurs erreurs, car la plupart du temps il en est incapable et s'en inquiète peu, mais pour se mettre à la plus belle place et se donner aux yeux des autres un relief de sagesse et de pénétration. » (Pafîe.) — Il faut, en ramenant les enfants à une juste appréciation d'eux-mêmes et des autres et en les rappelant à la modestie, lutter contre cette fâcheuse tendance, et

tance même de leur opposition prouve que leurs extravagances sont moins des erreurs de jugement qu'un désir ridicule de se singulariser converti en habitude. Si ce défaut tenait au jugement, ils ne prendraient point la contradictoire sur toutes les questions. Chose remarquable ! Un moyen sûr de les amener à la vérité, c'est de soutenir l'erreur en leur présence. — Je veux que le plus souvent les hommes de ce caractère ne se rendent point compte de leur manière d'être; qu'ils n'aient point une conscience bien claire de cette inspiration de la vanité qui les subjugue et les dirige ; mais. elle n'en existe pas moins. Que s'ils s'en aperçoivent, le mal n'est pas sans remède, surtout si l'a^e, la position sociale. la flatterie n'ont point entièrement perverti leur raison. Souvent d'amers dégoûts, les humiliations cruelles suivent l'abus qu'ils ont fait de leur esprit. Abattus par l'adversité, instruits par l'expérience et par la douleur, ils ont des intervalles lucides que peut mettre à profit une amitié sincère. — Mais lors(iue la réalité n'a pas encore détrompé leur amour-propre, ne leur résistez point... Comme on ne peut faire d'opposition lorsqu'on n'a plus d'adversaire, il n'est pas rare de voir ces querelleurs intraitables ramenés au sangfroid par le silence, rentrer en eux-mêmes et s'excuser de leur vivacité. Esprits ardents, inquiets, vivant de contradiction, ayant besoin de l'éprouvera leur tour, ils s'en dégoûtent lorsqu'elle n'est plus une occasion de lutte ; surtout s'ils viennent à comprendre que, loin de se trouver en présence d'un adversaire résolu, toujours prêt à combattre, ils n'ont devant eux qu'une victime volontaire, s'immolant tous les jours à leur triste défaut. • [Ouvr. cité, chao. xxii, § 12.) .

QrEYR.\T. — Les caractères. 9

cela dès qu'elle apparaît^. Plus tard, elle est si bien enracinée qu'il est fort difficile de l'extirper. Et pourtant elle fait le malheur de l'être en qui elle domine ; car ce que l'on tolère le înoins dans la société, ce sont les vices qui blessent tout le monde : alors il y a unanimité pour se défendre. Quel attrait, au contraire, l'égalité d'humeur ne donne-t-elle pas à la personne qui en est douée î Comment ne pas aimer et rechercher celui que l'on est certain de trouver toujours avec la sérénité sur le front et le sourire sur les lèvres !

En réglant la sensibilité de l'enfant, on obtiendra un autre résultat : on soustraira sa conduite au caprice, à la fantaisie, d'un mot à Vinstabilité. « C'est en donnant soi-même l'exemple de la constance, qu'on peut prévenir l'inconstance de l'enfant. Il imite naturellement ceux qu'il aime et qu'il estime : s'il voit un instituteur invariable et obstiné dans ses -entreprises, il le deviendra lui-même. Le changement chez lui doit être l'effet de la constance; ainsi, ses sensations, ses occupations doivent être variées, afin qu'il en soit indépendant ; mais parce que je veux qu'il soit libre, je ne le veux pas inconstant. Autre chose est de ne pouvoir achever de suite

(1) A plus forte raison prendrons-nous garde de ne pas la créer noiis-même chez un enfant, en le contrariant maladroitement et à tout propos, et devrons-nous soignouscmeul éviter les personnes qui aimeraient à le taquiner.

l'iducatiûn dv caractère 147

ce qu'on a commencé quoiqu'on le veuille, et se dégoûter de ce qu'on a voulu. Dans ce dernier cas, on est esclave de sa mobilité. Dans le premier, on n'est mobile que pour n'être point dépendant de quelques habitudes. Suspendre un travail pour le reprendre n'est pas l'abandonner parce qu'on n'en veut plus. Il y a plus de constance à revenir à un ouvrage commencé, après avoir été forcé de l'interrompre, qu'à ne pas le discontinuer. — On peut appliquer aux opinions ce que je viens de dire des actions; que l'élève persiste dans les idées qu'il a embrassées, à moins qu'il ne soit forcé par la raison ou par le sentiment à y renoncer ; et quand il y a renoncé, que ce soit pour quelque temps, et qu'il ne puisse revenir de suite à l'opinion qu'il a abandonnée, sans essuyer des reproches et se voir exposé, lorsqu'il émettra son sentiment, à cette question : « Quelle en sera la durée ' ? » — Ajoutons que lorsqu'une punition est infligée ou une récompense promise, l'enfant doit être assuré de la recevoir; il ne faut jamais qu'un revirement soudain vienne le ilérouter et le porte à croire qu'il y a dans sa punilion ou dans sa récompense quelque chose d'arfai- Iraire ou de capricieux 2.

On doit faire appel, avons-nous dit, à la réflexioa

(1) Girou de Buzareingues, Education des garçons.

(2) Voir sur ce point ïl. Spencer, Ouïr, cité, p. 222.

et à la volonté de l'enfant pour l'amener à dompter sa colère et à re'primer son orgueil, pour le garantir tout ensemble de l'humeur contrariante ou instable. L'on ne sera certain du succès qu'autant qu'il aura acquis une puissance de volonté telle qu'après avoir entamé la lutte, il soit capable d'y persévérer. L'éducateur a donc pour mission de lui apprendre à vouloir et à vouloir fortement. Tâche difficile ! < La liberté morale (et par elle nous entendons la maîtrise de soi, la domination assurée en nous aux nobles sentiments et aux idées morales sur les poussées de l'animalité), la liberté morale, comme la liberté politique, comme tout ce qui a quelque valeur en ce monde, doit être conquise de haute lutte et sans cesse défendue. Elle est la récompense des forts, des habiles, des persévérants. Nul n'est libre s'il ne 7nérite d'être libre. La liberté n'est ni un droit, ni un fait, elle est une récompense, la récompense la plus haute, la plus féconde en bonheur : elle est à tous les événements de la vie ce qu'est la lumière du soleil pour un paysage. Et à qui ne l'aura pas conquise seront refusées toutes les joies profondes et durables de la vie*. »

Par quels procédés peut-on entretenir et fortifier la volonté chez l'enfant qui en est doué, susciter le

(V) J. Payot, L'Éducation de la volonté, p. 29. Lire cgaleroent les pages consacrées à cette question par Maudsley, Le Crime el la folie, chap. ix.

l'éducation du caractère 149

désir de la posséder et la créer peu à peu chez celui qui en manque, voilà ce qu'il nous faut examiner maintenant.

Dans son Autobiographie , Stuart Mill fait, en se l'appliquant, la remarque que les enfants de parents t'nergiques manquent eux-mêmes d'énergie, parce que leurs parents ont pris l'habitude de toujours vouloir pour eux. Il y a là pour les maîtres une indication bien précise. Leur premier souci doit être de ne pas étouffer chez l'enfant l'initiative, la spontanéité, en substituant sans ménagement leur volonté à la sienne propre et en exigeant de lui une obéissance passive ; car ils ne prépareraient alors que des caractères faibles et mous, incapables de se conduire dans la vie et exposés à subir tous les entraînements.

« Souvenez-vous, écrit Spencer, que le but de l'éducation que vous faites, est de former un être apte à se gouverner lui-même, non un être apte à cire gouverné par les autres. Si votre enfant était destiné à vivre esclave, vous ne pourriez trop l'habituer à l'esclavage dans son enfance ; mais puisqu'il teratout à l'heure un homme libre; puisqu'il n'aura j lus personne autour de lui pour contrôler sa conduite journalière, vous ne pouvez trop l'accoutumer à se contrôler lui-même, pendant qu'il est encore sous vos yeux... Aujourd'hui que le citoyen n'a rien à craindre de personne ; aujourd'hui que le

loO LES CARACTEUES

Dien elle mai qui lui arrivent sont uniquement ceux qui résultent de sa conduite en vertu de la nature des choses, il doit commencer à apprendre par expérience, dès ses plus jeunes années, les bonnes ou les mauvaises conséquences qui suivent naturellement tel ou tel acte. Tâchez donc que le gouvernement paternel se retire aussitôt que p-ossible devant ce gouvernement de soi-même qui naît de la prévision des résultats. Pendant la prem.ière enfance, il faut une forte dose d'absolutisme. Un enfant de trois ans, jouant avec un rasoir ouvert, ne peut pas être livré à la discipline des conséquences, car les conséquences seraient ici trop sérieuses. Mais, à mesure que l'intelligence augmente, le nombre des interventions péremploires peut être et doit être diminué, pour que ces interventions cessent peu à peu en approchant de la maturité. Toute transition est dangereuse ; et la plus dangereuse de toutes est le brusque passage de la contrainte de la maison paternelle à la liberté du monde. De là, l'importance de suivre la politique que nous préconisons', laquelle, en habituant un jeune homme à la domination de soi-même ; en augmentant par degrés les occasions d'exercer cette domination ; en l'amenant pas à pas à l'exercer sans aide, efface la transition, ordinaire-

(1) Le système des conséquences naturelles, préconisé aussi par Rousseau.

l'éducation du caractère 151

ment brusque et dangereuse, de la jeunesse où le gouvernement de l'homme vient du dehors, à la maturité, où il vient du dedans... Ne regrettez pas que votre enfant soit volontaire... L'indépendant enfant anglais d'aujourd'hui est le père de l'Anglais indépendant de demain; et vous ne pouvez pas avoir l'un sans avoir l'autre. Les maîtres de pension allemands disent qu'ils aiment mieux avoir à gouverner douze écoliers allemands qu'un écolier anglais. Souhaiterons-nous donc que nos garçons aient la docilité des jeunes garçons allemands, et qu'ils soient plus tard politiquement asservis, comme les Allemands le sont ? Ne tolérerons-nous pas plutôt chez eux ces sentiments qui font les hommes libres, et ne mettrons-nous pas nos méthodes d'éducation d'accord avec eux ' ? »

Mais, s'il est indispensable de ne pas briser la volonté de l'enfant, il ne s'ensuit point que, tombant dans l'excès opposé, il faille céder à toutes ses fantaisies : vouloir lui complaire de la sorte ne le rendrait pas davantage apte à se gouverner lui-même plus tard. La volonté, bien différente du caprice, consiste à faire non ce qui plaît, uniquement parce que cela plaît, mais à se conduire conformément à la raison. De là l'utilité de la discipline : résister à l'enfant, c'est lui enseigner la résistance à lui-même. Et

(1) Ouvr. cité, p. 222-225.

Vj-2 LES CARACTÈRES

quand il aura pris l'habitude de l'obéissance, non d'une obéissance forcée, reposant sur la crainte, mais d'une obéissance libre venue du dedans, émanant du fond de la conscience, il sera capable d'obéir dans la suite à sa raison seule.

On conçoit ainsi pourquoi le travail réglé, les exercices scolaires réguliers sont éminemment propres à favoriser la culture et le développement de la volonté. Par l'effort assidu qu'ils réclament, les difficultés quils obligent à vaincre, ils préparent l'enfant aux luttes de l'avenir. « Travailler, c'est être attentif. Malheureusement l'attention n'est pas un état stable, fixe, durable. On ne saurait la comparer à un arc constamment tendu. Elle consiste bien plutôt en un nombre répété d'efforts, de tensions plus ou moins intenses, et se suivant avec une rapidité plus ou moins grande ^ Dans une attention énergique et aguerrie, ces efforts se suivent de si près qu'ils donnent l'illusion de la continuité, et cette apparente continuité peut durer pendant quelques heures par jour. Le but à poursuivre, c'est donc d'obtenu' des efforts d'attention intenses et persévérants. C'est à coup sûr un des plus beaux résultats que puisse obtenir la culture de notre puissance sur nous-mêmes, que la répétition chaque jour courageusement acceptée d'efforts, Eomme toute pénibles », mais qui deviennent de plus

(1) Cf. Hibot, Psychologie de l'aHenlion.

en plus faciles, nécessaires même, grâce à l'habir.ide. « Un premier acte, même pénible, accompli, sa répétition coûte déjà moins. A une troisième, à une quatrième reproduction l'effort diminue encore et va -'atténuant jusqu'à disparaître. Que dis-je, disparaître. Cet acte pénible au début va devenir peu à peu un besoin, et franchement désagréable d'abord, c'est son non-accomplissement qui deviendrapénible ! i'our les actes que nous voulons, quel allié précieux que celui-là ! et comme il s'entend à transformer } romptement en une large et belle route le sentier rocailleux où il nous répugnait de nous engager ! Il nous fait une douce violence pour nous amener là où nous avions fixé d'aller, mais où notre paresse lefusait d'abord d'aller ' ! »

Un nouvel avantage découle du fait d'imposer à l'enfant une tâche fixe ; c'est de l'obliger à vouloir immédiatement, à exécuter sur-le champ un travail, quelque répugnant qu'il puisse être ! On le préserve par là des velléités impuissantes qui le pousseraient à remettre au lendemain ce qu'il doit faire aussitôt; on le guérit en même temps de Y indécision. Bien plus, si l'on a eu le grand soin de laisser toujours la tâche au dessous de ses forces, en l'habituant à réussir dans Je qu'il veut, on lui montre qu'il le peut, et \3e la sorte il acquiert la confiance en soi, ce levier

(l)rayot, Ouir. cité, p. 11, 18, 136.

qui le rendra capable des œuvres les plus difficiles. Qu'on ne l'oublie pas en effet : l'enfant pénétré de la conviction que vouloir, c'est pouvoir, sera véritablement fort'.

Il ne sera pas inutile d'éveiller les sentiments susceptibles de donner plus d'attrait au travail. « Chacun sait et répète par exemple que le travail apporte bien des joies de tous ordres : d'abord ce sont d'intenses satisfactions d'amour-propre ; c'est la joie plus haute de sentir ses facultés se tremper, celle de combler de bonheur ses parents, de se préparer une vieillesse heureuse, etc. ». Mais le maître ne se contentera point d'une telle énumération qui est purement- verbale, abstraite, et n'a par suite aucun retentissement dans la vie interne. Il enseignera à l'enfant à voir nettement, dans le détail, les images qui se cachent sous les mots. Par exemple, au lieu de penser simplement que ses parents vont être contents, l'enfant devra évoquer le souvenir de son père, se figurer la joie que lui cause chacun de ses petits succès, le voir en imagination recevant les compliments des amis delà famille ; se représenter l'orgueil de sa mère, etc., etc. En d'autres termes, il tâchera par l'évocation précise de tels détails, de tels gestes, de telles paroles, de goûter profondément le bonheur de ces êtres aimés qui pour lui s'imposent, sans les

(l)Lire dans Spencer, Ouvr. cité, les pages 154-156 et 161.

sentir, les plus lourds sacrifices, qui se privent de bien des joies pour lui faire une vie plus heureuse, et qui prennent pour eux les lourdeurs de l'existence afin d'en décharger ses épaules. « Lorsqu'on a souvent médité toutes ces considérations et d'autres encore, lorsqu'on a laissé la pensée s'imprégner longtemps et fréquemment de leur parfum, il est impossible qu'un enthousiasme tranquille mais viril ne vivifie pas notre volonté*. »

Pour exalter encore cet enthousiasme 'moral, offrez à la méditation les vies héroïques des grands travailleurs dont l'humanité s'honore Le récit de leurs luttes et de leurs efforts ne peut que produire, avec une extraordinaire impression d'admiration, un élan de vaillante ardeur, chez ceux qui le lisent ou i'entendent. « Je me rappelle, dit Michelet {Ma Jeunesse, p. 99), que dans ce malheur accompli, privations du présent, craintes de l'avenir, l'ennemi étant à deux pas (1814), et mes ennemis à moi se moquant de moi tous les jours, un jour, un jeudi matin, je me ramassai sur moi-même : sans feu (la neige couvrait tout), ne sachant pas trop si le pain viendrait le soir, tout semblant finir pour moi, — j'eus en moi un pur sentiment de stoïcien, — je frappai de ma main crevée par le froid sur ma table de chêne, et je sentis une joie virile de jeunesse et d'avenir... Qui me

(1) J. Payot. Ouvr. cité, p. 99-100.

Voô LES CARACTERES

donna ce mâle élan? Ceux avec qui je vivais chaque jour : mes auteurs favoris. J'étais chaque jour attiré davantage vers cette grande société. » — Que les maîtres, pour ajouter à l'action bienfaisante de ces biographies des laborieux, mettent entre les mains de leurs élèves les livres qui représentent des hommes énergiques et pleins de ressources aux prises avec des difficultés graves qu'ils parviennent à vaincre, tels que Robinson Crusoé ou les voyages des explorateurs illustres, — et ils leur fourniront autant d'occasions de retremper leur énergie.

Est-il besoin de dire qu'ils devront écarter, au contraire, toute cause de découragement et d'énervement. c Jamais il ne fut plus urgent de former des générations saines, vigoureuses, toujours prêtes à l'action et même au sacrifice. Ils banniront donc sévèrement de leur classe tout ce qui dans les œuvres eontemporaines, sent la recherche, le sophisme, la pre'tention impuissante et maladive ; ils proscriront surtout, quel que soit le nom de leurs auteurs, les livres capables d'incliner lesjeunes gens vers l'ironie ou le scepticisme. Si l'on pouvait excuser ces vices de l'esprit, ce serait chez des vieillards désabusés qui demandent quelquefois à l'ironie une vengeance et au scepticisme du repos ; mais il serait désolant de les trouver, aujourd'hui, dans notre pays, chez des «unes gens pour qui la vie va s'ouvrir. Le maître

l'éducation du caractère 1o7

qui, par légèreté ou par un dilettantisme plus que ridicule, conseillerait à ses élèves la lecture d'une seule page capable d'affaiblir leur vigueur morale et de les détourner de l'action, trahirait son devoir et son devoir le plus impérieux... Les jeunes générations françaises ont de la bonne volonté, de la générosité, de la docilité et l'esprit ouvert. Elles ont besoin d'être prémunies contre l'esprit d'indifférence, contre le scepticisme, la défiance d'elles-mêmes et la redoutable opinion que l'individu est peu de chose et leffort d'une personne de nul effet. Il faut donc éveiller en elles le goût de l'action... Le professeur démontrera l'efficacité de l'action, en faisant voir qu'à telle date, tel homme, ou tel groupe d'hommes, a, par sa volonté, modifié l'histoire... La géographie enseigne aussi l'effort et glorifie aussi l'énergie. Quand nous aurons énuméré les nécessités qui pèsent sur l'homme, il nous suffira le plus souvent de tourner la page pour montrer celui-ci triomphant des forces ennemies, « faisant sortir de terre par son c infatigable labeur le bien-être, le savoir, la morat lité. Ainsi, au lieu de renfermer nos entants dans la « triste et dégradante histoire des luttes de l'homme € contre l'homme, et de leur faire compter sans cesse « les morts sur les champs de bataille, nous détour- « nerons leurs esprits sur le spectacle consolant de « l'humanité luttant contre la nature, de l'esprit € essayant de dompter la matière. » (Maneuvrier,

lo8 LES CARACTÈRES

L Éducation de la bourgeoisie sous la République '.) Enfin, il n'est pas jusqu'à l'éducation physique elle-même qui ne contribue à l'éducation delà volonté. « L'énergie de la volonté, de la volonté persévérante, implique la possibilité de longs efforts. Or pas de santé, pas d'efforts durables. La santé est donc une condition essentielle de l'énergie morale ^ Nul n'entre ici s'il n'est géomètre, disait Platon ; nul n'entre ici, dirions-nous volontiers, s'il ne suit les lois de l'hygiène en ce qu'elles ont de certain. De même que la volonté est faite de menus efforts réitérés, elle est faite en ses fondements de menus soins hygiéniques : soins concernant la nourriture, l'air qu'on respire, le mouvement du sang. Elle suppose un repos et des exercices physiques bien compris... Si une âme, comme le dit Bossuet, est maîtresse du corps qu'elle anime, elle ne le demeure pas longtemps si le corps est affaibli, ruiné. En de telles conditions, nous pouvons tenter un effort héroïque, mais cet effort héroïque ne pourra pas être suivi aussitôt de quelques autres, car un épuisement absolu sera la conséquence du

(1) Ins truc lions, programmes et règlements de l'enseignement secondaire: Lecture et explication des textes français, — Enseignement de i'iiistoire, — Enseignement de la géographie.

(2) En un autre sens, les exercices physiques sont parliculièremenl propres à développer l'énergie, par le sang-froid, la hardiesse ou l'initiative qu'ils exigent d'ordinaire. — Voir le D' F. Lagrange, L'ftygiène de l'exercice, i^ partie, chap. v, — et Max Leclerc, L'Éducation physique et morale en Angleterre. \fievuedes Deux-Mondes, n" du 15 février 180i.)

premier. Et dans la vie telle que nous l'a faite la civilisation, les occasions d'héroïsme sont rares, si rares, que ce n'est point pour elles que nous devons nous préparer, mais bien pour les efforts de détail réitérés, répéte's chaque jour, à chaque heure. Il se trouvera par surcroît qu'une volonté trempée par ces continuels efforts sera plus qu'une autre portée aux actions d'éclat quand l'heure sonnera de les accomplir. Mais ces efforts réitérés, cela s'appelle la constance, l'esprit de suite, et dès qu'il y a persévérance dans l'effort, il faut qu'il y ait persévérance aussi dans l'éclosion des forces. On ne pense jamais à quel point les anciens avaient raison quand ils énonçaient leur fameuse maxime -.Mens sana in corpore sano. Soyons donc bien portants pour fournir à notre volonté les provisions d'énergie physique sans lesquelles tout effort, de quelque nature qu'il soit, demeure caduc et infécond'. »

Nous ne croyons pas devoir quitter cette grave question de l'éducation morale, sans signaler une pratique qui, exceptionnellement tentée depuis quelques années, parait appelée à jouer, en certains cas,

(1) Payot, ouvr. cité, p. 183-185. — Sur l'importance de V'éducalion de la volonté pour l'intelligence, la moralité et le bonheur, voir ibid., p. 272-274. — En ce qui concerne l'éducation de la sensibilité et de la volonté chez le tout jeune enfant, on lira avec intérêt et ^ToiiiV Education morals dès le berceau, de M. B. Pérez, notammenllar'et lalV parties, — et la Solidarité morale, de M. Marion, I" partie, cli. ii.

un rôle important dans la réformation du caractère : nous voulons dire la suggestion hypnotique.

Pour nous préparer à en comprendre les effets, examinons d'abord ce que peut opérer la suggestion à l'état de veille. « La suggestion est l'introduction en nous d'une croyance pratique qui se réalise ellemême ; l'art moral de la suggestion peut donc se définir : l'art de modifier un individu en lui persuadant qu'il est ou peut être autre qu'il n'est. Cet art est un des grands ressorts de l'éducation. Toute éducation doit même tendre à ce but : convaincre l'enfant qu'il est capable du bien et incapable du mal, afin de lui donner en fait cette puissance et cette impuissance ; lui persuader qu'il a une volonté forte, afin de lui communiquer la force de la volonté ; lui faire croire quil est moralement libre, maître de soi, afin que « l'idée de liberté morale » tende à se réaliser elle-même progressivement... Il suffit bien souvent de dire ou de laisser croire à des jeunes gens qu'on leur suppose telle ou telle bonne qualité, pour qu'ils s'efforcent de justifier cette opinion. Leur supposer des sentiments mauvais, leur faire des reproches immérités, user à leur égard de mauvais traitements, c'est produire le résultat contraire. On a dit avec raison que l'art de conduire les jeunes gens consiste nvant tout à les supposer aussi bons qu'on souhaiterait qu'ils fussent. On persuade à un sujet hynoptisé qu'il est un porc, aussilijt il se met à se rouler et à

l/ÉDUCATION DU CARACTÈRE 161

grogner comme un porc. Ainsi en advient-il de ceux qui, théoriquement, ne s'accordent pas plus de valeur qu'à un pourceau ; leur pratique doit nécessairement offrir des points de correspondance avec leur théorie. C'est une auto-suggestion. — Les mêmes principes trouvent leur application dans l'art de gouverner les hommes. Nombre de faits relevés dans les prisons montrent que c'est pousser au crime un demi-criminel que de le traiter en grand criminel. Relever un homme dans l'estime publique et dans sa propre estime est le meilleur moyen de le relever en réalité. Une poignée de main offerte par un jeune avocat enthousiaste à un voleur dix fois récidiviste suffît à produire une impression morale qui dure encore aujourd'hui... L'estime témoignée est une des- formes les plus puissantes de la suggestion. En revanche, croire à la méchanceté de quelqu'un, c'est le rendre en général plus méchant qu'il n'est. Dans l'éducation, il faut donc toujours se conformer à la règle que nous venons d'établir : présupposer la bonté et la bonne volonté. Toute constatation à haute voix aur l'état mental d'un enfant joue immédiatement le rôle d'une suggestion : c Cet enfant est méchant... 11 est paresseux... Il ne fera pas ceci ou cela... » Que f^e vices sont ainsi développés, non par une fatalité léréditaii'e, mais par une éducation maladroite... Il ne faut pas donner à l'enfant la formule de ses instincts, ou, par cela même, on les fortifie et on les

iÇi LES CARACTÈRES

pousse à passer dans les actes. Quelquefois même on les crée. De là cette règle importante que nous proposons aux éducateurs : — Autant il est utile de rendre conscients d'eux-mêmes les bons penchants, autant il est dangereux de rendre conscients les mauvais lorsqu'ils ne le sont pas encore*. »

Si la suggestion simple est capable d'engendrer de semblables résultats, que ne doit-on attendre des suggestions hypnotiques ! On sait en quoi consistent celles-ci. Lorsque, par l'effet de procédés divers, un sujet a été plongé dans l'état de somnambulisme ou d'hypnose^ il se produit en lui une véritable abdication du vouloir au profit de celui qui expérimente. Les suggestions deviennent alors faciles. Il y en a deux espèces fondamentales : l'une, — que l'on peut appeler positive, — qui a pour effet de réaliser un phénomène actif ou impulsif, comme une sensation de douleur, une hallucination, un acte; l'autre, — inhibitoire, — qui a pour effet de produire un phénomène paralytique, comme la flaccidité d'un membre, la perte de la mémoire, l'anesthésie d'un sens.

Voici un exemple du premier cas. On dit au sujet : € Regardez, vous avez un oiseau sur votre tablier. >

(t) Ouyau, Éducation et hérédité, p. 17-20. — Voir d'ailleurs tout le cliapiire i"; — ainsi que les pages consacrées par le F)' Cullineaii à • la .suggestion en pédagogie • dans son excellent ouvrage, L'h;/f/iène à l'école.

l'éducation du caractère ici

Aussitôt que ces simples paroles ont été prononcées, il voit l'oiseau, le sent sous ses doigts, et quelquefois même il l'entend chanter.

A'oici deux exemples du second cas, l'un danesthésie systématisée, l'autre de paralysie motrice. .On dit au sujet : « A votre réveil, vous ne verrez plus, vous « n'entendrez plus, vous ne percevrez plus en aucune € façon M. X... qui est là devant nous; il aura comc plètement disparu. » Ainsi dit, ainsi fait. Au réveil. la malade voit toutes les personnes qui l'entourent, excepté M. X... ; quand il parle, elle ne répond pas à ses questions ; s'il lui met la main sur l'épaule, elle ne sent pas son contact ; s'il se place sur son passage, elle continue à marcher droit devant elle, et s'effraye de rencontrer un obstacle invisible... — On peut suggérer par la parole à une personne endormie qu'elle a le bras paralysé. Il suffît de répéter plusieurs fois avec une autorité suffisante : « Votre bras est paralysé i pour voir bientôt l'impotence fonctionnelle se manifester. La somnambule commence par faire un signe de dénégation ; elle essaye de soulever le bras et y réussit ; on continue à lui dire : « "Vous ne pouvez pas le soulever, il retombe, » et peu après, par degrés, la paralysie arrive, s'étend et envahit le bras tout entier. La malade ne peut plus le remuer : la flaccidité est complète».

(1) Binet et Féré, Le magnétisme atiimal, chap. vin, p. 148-1.^2.

ICi- LES CARACTERES

Résultat plus extraordinaire : par ces mêmes procédés on transforme la personnalité du sujet. M, Pierre Janet' suggère successivement à Léonie qu'elle est un général, commandant d'armée, puis une vieille femme, puis une grande dame ; — M. Ch. Richet^ métamorphose pareillement M""® A, respectable mère de famille, en paysanne, en actrice, en évêque, en religieuse, etc., et chacune d'elles joue tour à tour avec une entière conviction les rôles qu'on lui suggère, adaptant à chacun d'eux son ton de voix et ses paroles, sa tenue et ses gestes.

Chez les sujets médiocres et chez les sujets neufs 3a suggestion ne survit pas au sommeil hypnotique. On peut cependant en assurer la durée, en la fortifiant par une suggestion différente. On a soin de dire au sujet endormi en lui donnant son hallucination : « Quand vous serez réveillé, vous verrez encore cet objet », et souvent cette injonction suffit pour assurer l'existence post-hypnotique de la suggestion. M. Bernheim a vu se réaliser une suggestion au bout de 63 jours; le docteur Beaunis, au bout de 72 ; M. Liégeois, au bout d'un an.

C'est là un fait des plus importants au point de vue qui nous occupe. Si les changements de personnalité que nous signalions tout à l'heure peuvent se

(1; L'automatisme psychologique, p. 162.

(2) Voir la Bévue philosophique de mars 1884, — et L'homme clVintelligence, p. 233-2Ô0,

l'éducation du caractère 4C5

conserver au réveil, c il est logique de supposer, comme on l'a judicieusement remarqué, que dans la suggestion réside un moyen efficace d'agir sur certains caractères et sur certains tempéraments et de les modifier. De là des expériences extrêmement instructives qui ont été faites en ces dernières années et dont les résultats méritent certainement de retenir l'attention. Nous n'en citerons que quelques-uns : sur 77 enfants adultes, atteints d'incontinence nocturne d'urine, le docteur Liébault annonçait, en 1886, 56 guérisons dues à l'hypnotisme, 13 améliorations, 8 résultats négatifs; le docteur Bérillon nous assure avoir guéri plusieurs petits garçons et petites filles de tics nerveux, de tendances au vol et au mensonge, et même d'habitudes plus fâcheuses encore. Le docteur Liébault a même fait plus : il a rendu travailleur un paresseux avéré. — Des expériences analogues ont été faites sur des personnes d'âge mûr et ont conduit aux mêmes résultats, c'est-à-dire à la guérison de mauvaises habitudes telles que la paresse, la morphinomanie, etc. *. » — « Jeanne Sch..., âgée :1e vingt-deux ans, voleuse, ordurière, paresseuse et malpropre, est transformée par M. Voisin, de la Salpêtrière, — grâce à la suggestion hypnotique, — en une personne obéissante, soumise, honnête, laborieuse et propre. Elle qui n'avait pas voulu lire

(1) F. Thomas, La suggestion, son rôle dans l'éducation.

une ligne depuis plusieurs années, elle apprend par cœur des pages d'un livre de morale ; tous ses sentiments affectifs sont réveillés ; elle est finalement admise comme employée dans un établissement hospitalier, où « sa conduite est irréprochable » . Nombre de cas de guérison morale du même genre se sont produits à la Salpêtrière. Même parmi sa clientèle de la ville, M. Voisin prétend, par la suggestion hypnotique, avoir transformé une femme dont le caractère était insupportable, l'avoir rendue douce, affectueuse avec son mari et désormais inaccessible à la colère. Voilà une belle métamorphbseM «

En présence de ces effets merveilleux , on s'est naturellement demandé s'il ne serait pas possible d'utiliser les suggestions hypnotiques dans l'éducation des enfants et d'instituer, grâce à elles, ce qu'on a appelé une orthopédie morale. A côté de chauds partisans, cette opinion rencontre encore bien des adversaires. Il est certain que « ce serait une mesure très grave de soumettre à des pratiques régulières de suggestion des enfants normalement constitués ; on risquerait forl d'en faire des automates, ce qui n'est pas précisément le but de l'éducation' •. Mais l'application de la suggestion hypnotique aux enfants

(1) Guyau, Ouvr. cité, p. 8. — Pour le texte de ces observations et de quelques autres, voir Azam, Ouïr, cité, p. 320, 322, et la I\€vue de Vhypnolisme (juillet et août 1886).

(2) Binet et Féré, Ouvr. cité, ch. m:i.

L'Er^rCATION DU CARACTÉr.E 167

foncièrement vicieux est plus défendable. « Si l'hypnotisme était le seul moyen efficace de les redresser et de les améliorer, devrions-nous nous l'interdire quand même, et attendre quune faute grave nous oblige à les enfermer pour les empêcher dp nT'irr^'> On parle du respect dû à la liberté^; mais, sont-ils vraiment libres, ces malheureux qui naissent avec une tare originelle et dont les instincts mauvais obscurcissent la raison?... ÎNous nous demandons si l'hypnotisme, au contraire, ne contribue pas, dans certains cas, à affranchir l'enfant, en assurant le lonctionnement régulier de l'appareil cérébral et des facultés mentales qui en dépendent. Par conse'quent, écarter à priori, comme on le fait quelquefois, les services que, sur ce point, la médecine peut rendre à la pédagogie, c'est méconnaître en même temps les droits de la science et ceux de l'enfant. » — Concluons par cette double remarque : « la première, c'est que les suggestions hypnotiques peuvent être non seulement efficaces, mais encore tout à fait légitimes; la seconde, c'est au'il en faut laisser la pratique aux hommes compétents. Les maîtres ne sauraient donc les utiliser eux-mêmes comme moyen d'éducation; la loi d'ailleurs le leur défend -. » Un mot pour terminer. Dans la recherche des

(Il I/objection est de NVundt, Hypnotisme et suggestion, ch. IV.

(2} F. Thomas, Outr. cité. II' partie, ch. v.

168 LES CARÂCTÈEŒ5

moyens les plus propres à réformer le caractère, nous n'avons guère fait appel qu'aux lois psychologiques; les maîtres toutefois se garderont d'oublier qu'il ne suffît point d'écîairer l'intelligence, de développer la sensibilité et de rendre énergique la volonté de l'enfant, mais qu'il faut encore et surtout donner à ces facultés une direction; qu'il est un ordre ide'al, vers lequel elles doivent tendre, parce que seul il peut vraiment réaliser l'harmonie dans l'âme : le devoii\ Quand un enfant aura compris la bien, quand il le désirera et le recherchera, quand il possédera enfin la force de l'accomplir, alors il aura reçu une éducation morale parfaite : son âme, ouverte aux nobles pensées, aux sentiments généreux, aux résolutions viriles, sera désormais capable des plus hautes vertus, des plus grands dévouements.

TABLE DES MATIÈRES

Préface.

Introduction. — L'Ethologie et Stuart Mill. — Aperçu analytique des principales classifications des tempéraments et des caractères 1

Chapitre I". — Le caractère. — Façons différentes dont il est compris par les psychologues et les moralistes. — En quel sens nous l'entendons ici. — Ses facteurs cotistitutifs : i" le naturel; — part du tempérament; — part de l'hérédité ; — 2° l'habitude. — Définition du caractère. — Variété des formes qu'il présente suivant les individus. — Classification des diverses formes du caractère. — Tableau de cette classification i4

Gh.^pitre II. — De la signification à reconnaître à chacune des formes du caractère. — Caractères constitués par la prédominance marquée d'une faculté ou d'une tendance : — 1» Les émotionnels. — Traits essentiels de leur nature. — Exemple : cas observé par Michelet. — 2° Les actifs. — Leurs traits essentiels. — César; — autres exemples. — 3" Les intellectuels. — Innéité du type : témoignage de H. de Balzac. — Nature propre de ce caractère. — Franz Wœpke : — Leibniz ; — Kant ; — Bordas- Demoulin ; — Karl Marx; — autres exemples o8

Chapitre III. — Caractèi'es constitués par la prédominance simultanée de deux facultés : — 1" Les actifs-émotionnels ou les passionnels. — Leurs traits essentiels. — Benvenuto Cellini ; — autres exemples. — 2" Les actifsméditatifs ou les volontaires. — Leur marque propre. — Supériorité de ce type sur le précédent. — Frédéric II; — autres exemples. — o» Les méditatifs-émotionnels ou les sentimentaux. — Leurs traits essentiels. — Virgile et Tite-Live ; — exemples divers bi

Chapitre IV. — Caractères constitués par la pondéralion à une tonalité différente des trois facultés : — 1° Les équilibrés. — Leur nature. — Descartes: — Gœlhe; — autres exemples. — 2" Les amorphes. — Vulgarité du ^ypc. — 3» Les apathiques. — Leurs traits distinctifs. — portrait de Fontenelle tii

queyrat. — Les caractères. 10

170 TABLE DES MATIÈRES

Chapitre V. — Caractères conslitués par l'exercice irréyuller et intermittent d'une ou des diverses tendances : h Les instables ou incohérents. — Leurs traits spécifiques. — Villon; — Casanova; — autres exemples. — 2» Les irrésolus. — Leur marc(,\ie propre. — Coleridge.

— 3° Les contrariants. — Leur portrait par Molière. — Variétés du type. — Exemples 19

Chapitre VL — Formes pathologiques du caractère : — l" L'hypocondrie. — Sa nature. — J.-J. Rousseau ; — autres exemples. — 2» La mélancolie. — Sa nature. — tin quoi elle diiït're de l'hypocondrie. ' — Ses victimes.

— Etude sur Maurice de Guérin. — 3° L'hystérie. — Sa nature. — M"« Bovary 91

Chapitre VII. — Valeur respective des types essentiels du caractère. — Qualités et dél'auts du type émotionnel;

— du type intellectuel; — du type volontaire. — Siipé' riorité du type équilibré. — Qu'il est l'idéal que doit chercher à réaliser l'éducateur Wi.

Chapitre VIII. — Opinions contradictoires des philosophes sur le rôle de l'éducation : Ilelvétius et Spinoza.

— Efficacité de celte dernière. — Cas du duc de Bourgogne. — Avis favorable de divers physiologistes. — Importance de l'éducation par soi-même. — Exemples.

— Nécessité d'un idéal à poursuivre. — Procédés à employer par l'éducateur. — Action possible sur le tempérament. — Méthode à pratiquera l'égard des tendances : suivant les cas, encouragement et culture, ou répression et combat. — Education des seyitimenls : — d» liveiller chez l'enfant la sympathie, en l'amenant à comprendre la souffrance d'autrui, — en lui manifestant soi-même de l'affection, — en ayant recours aussi à des récits appropriés : — 2» Lutter contre l'apathie; — S» Régler la sensibilité, en étouffant le penchant à la colère et à l'orgueil, l'humeur contrariante et instable, — Education de la volonté. — Sa nécessité. — Double précaution à prendre : \'> Respectei la spontanéité de l'enfant: — "1" Ne pas céder à tous ses caprices. — Utilité d'une sage discipline.

— Influence du travail réglé sur le développement de la volonté. — L'attention et l'habitude. — Moyens propres à accroître l'énergie : — \° Faire acquérir à l'enfant la confiance en soi; — 2° Evoquer les sentiments qui lui rendront l'elfort moins pénible ; — 3» Lui donner en exemple la vie des grands bienfaiteurs de l'humanité ;

— 4» Bannir de la classe tout ce qui serait cause d'énervenient, et tirer, au contraire, des matières enseignées des leçons décourage; — 5» Mettre à profit l'éducation physique. — La sur/gestion comme moyen d'éducation morale. — Conclusion 1-1

Page 1