I.KS COMBATS DK GI.ADl A'ITX'RS
dans l'arène. On cherchait ainsi à exciter les nerfs de la foule par les moyens les plus extraordinaires, et les gladiateurs célèbres ne devinrent pas moins populaires que les jockeys du cirque.
Les cadavres, encore palpitants, étaient enlevés de l'arène ; des hommes costumés en Mercure et en Caron les prenaient et, par « la porte de la déesse de la mort » , les portaient dans le charnier ; quant aux gladiateurs grièvement blessés, on les tuait ou on les soignait.
Un gladiateur qui avait honorablement servi était congédié avec une épée de bois comme signe de maîtrise. Il choisissait dès lors un métier paisible; rarement il se laissait tenter à reparaîti^e dans l'arène. C'est à cela que fait allusion Horace dans les vers suivants :
« C'est moi, qui ai tant d'expérience, moi qui ai reçu le bâton du gladiateur, que tu cherches à ramener à l'école? Je n'ai plus le même âge ni les mêmes goûts. Vejanius a suspendu ses armes aux portes du temple d'Hercule, et vit retiré à la campagne; il ne veut plus être forcé de demander grâce au peuple, debout sur les bords de l'arène. »
L'empereur Tibère donna un jour 100,000 sesterces à un gladiateur qui avait terminé son service pour reparaître en public encore une
fois; d'autres revenaient dans l'arène comnit' maîtres d'armes.
De la capitale cette passion des combats de gladiateurs gagna l'empire romain presque tout entier, les provinces d'Europe, d'Asie et d'Afrique; c'est la Grèce qui résista le plus longtemps. Aussi certains écrivains grecs de la
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décadence constatent-ils la répugnance de l'esprit hellénique pour les combats de gladiateurs et de bétes fauves. Cependant, malgré cette première résistance d'un peuple dont la morale était plus élevée, cette passion gagna insensiblement le monde grec.
Cet engouement général pour les jeux de l'amphithéâtre explique le grand nombre de
représentations de gladiateurs que ribus trouvons figurées sur les lampes, les vases et sur d'autres poteries ; mais, de même que les combats de bétes, c'est surtout dans les ornementations des monuments funéraires c^u'on les retrouve.
Même les pères de l'Église chrétienne eurent bien du mal â combattre des exercices si barbares, que la plupart des empereurs protégeaient de leur faveur. Néron fit couvrir l'arène de poussière d'or pour remplacer le sable et fit tomber sur les spectateurs une pluie artificielle d'essences odorantes. L'Église parvint à faire interdire ces combats l'an 32d par le premier empereur chrétien ; mais l'interdiction fut rapidement oubliée. L'an 404 on donna des jeux de gladiateurs à l'occasion du triomphe de l'empereur Honorius îiur les Goths. C'est en 523, s'il faut en croire Cassiodore, que Rome vit le dernier spectacle de ce genre.
C'était également dans l'amphithéâtre qu'on livrait les combats de bêtes fauves, spectacle (|ui n'excitait i^s moins la passion des Romains (jue les combats des gladiateurs.
Il faut peut-être rechercher l'origine de ces combats de bêtes dans les cortèges triomphaux des généraux victorieux cjui revenaient à Rome. En effet, on y voyait figurer près des rois
vaincus et des richesses conquises, les animau.v rares de l'Asie et de l'Afrique. Autrefois, pendant la guerre de Tarente, les Romains, dans leur ignorance, avaient nommé les éléphants de Pyrrhus bœufs de Lucaiiie; peu à peu, dans un espace de temps assez restreint, à mesure que tout pays nouvellement cpnquis dut envoyer à Rome ses betcs les plus rares et les plus sauvages, les Romains apprirent à connaître les animaux : ils en virent même sur l'arène quelques-uns dont nous aurions peine à trouver des spécimens dans les plus grands jardins zoologiques.
« Beaucoup d'écrivains ont décrit les hippopotames, dit Dion Cassius, mais bien peu de gens les ont vus. »
Les animaux domestiques et sauvages étaienl envoyés pêle-mêle îi l'arène; peu de voix se sont élevées ]X)ur flétrir ces combats.
Cicéron écrit cependant : « Quel plaisir peut-il y avoir pour une personne instruite à voir déchirer un pauvre homme affaibli par un(^ énorme bête fauve, ou à voir percer d'un javelot une bête superbe ? »
Ces combats de bêtes furent livrés d'abord dans une partie du cirque ; plus tard, lorsqu'on construisit l'amphithéâtre, on jugea que l'arène serait mieux approjDriée à cette sorte d'amusé-
ment, destine au peuple et qui, le plus souvent, servait de prolo<,'ue aux combats de gladiateurs. On l'esté muet d'étonnement quand on apprend combien de bêtes rares et curieuses furent sacrifiées pour la satisfaction de cette passion publique. On se demande d'où les amphithéâtres, les cages impériales et les jardins recevaient toutes ces bêtes. C'étaient les gouverneurs des provinces d'Asie et d'Afrique qui |)renaient cette entreprise à leur compte. Ils y trouvaient peu de dilTicultés. Beaucoup de leurs sujets se mettaient volontiers à chasser ces animaux, afin de recevoir des récompenses ; en même temps ils en débarrassaient le pays et gagnaient du terrain pour l'agriculture. Des milliers de chasseurs partaient pour les expéditions les plus dangereuses. Toutefois, la chasse à l'éléphant et au lion restait privilège impérial.
Il y avait encore des commerçants spéciaux qui se chargeaient de l'achat et du transport â grands frais des animaux destinés à l'arène depuis les provinces les plus éloignées jusqu'à Rome. Ils négociaient en lioils, en panthères et en léopards. Le long des quais, sur le champ de Mars, se trouvaient des cages où on enfermait provisoirement les bêtes fauves après les avoir débarquées.
Quel assemblage bariolé de bêtes dans cette
capitale du monde! Sous Gordien III on vit dans les ménageries impériales 32 éléphants, 10 élans, 10 tigres, GO lions apprivoisés, 30 léopards apprivoisés, 10 hyènes, 1 rhinocéros, 1 hippopotame, 10 girafes, 20 onagres, et 40 chevaux sauvages. Toutes ces bêtes furent massacrées en une fois, l'an 248, dans les jeux séculaires en l'honneur du millénaire. yEmilius Scaurus fît paraître pour la première fois 5 crocodiles et 1 hippopotame. Sylla, en l'an 93, fit lâcher plus de cent lions en liberté dans le cirque ; ils lui avaient été offerts en présent par Bocchus, roi de Mauritanie. On les fit abattre à coups de flèche par des archers africains.
D'après Pline, c'est Pompée qui amena à Rome le premier rhinocéros et César la premièi-e girafe. Le premier tigre vivant qu'on eût vu à Rome arriva l'an II av. J.-C. Varron considérait comme impossible qu'on pût parvenir à en capturer un. C'étaient surtout des lions^ des panthères et des ours qui étaient à l'ordre du jour. Dès l'an 169 on pouvait voir à Rome 03 lions et 40 ours. Pompée fît paraître en cinq jours 17 éléphants, 5 ou 600 lions, 400 panthères. Auguste éprouvait un profond plaisir à considérer l'innombrable multitude de tous ces animaux et leurs formes variées.
Gordien fît installer dans le cirque une forêt
ai'tificiollc pour 200 cerfs dix-cors, 30 moulions , 10 élans , 100 taureaux de Chypre, 300 autruches, 150 sangliers, 200 antilopes et 200 biches. L'empereur Sévère, en l'an 202, fit transformer l'arène en un vaisseau Cju'on vit subitement s'ouvrir et dont les flancs écartés vomirent un tourbillon bigarré d'animaux étranges. Dans vingt-six spectacles qui furent donnés par Auguste on tua 3.500 bêtes d'Afri([ue.
Quand Titus inaugura l'amphithéâtre et fit célébrer une fête de cent jours, on présenta au public en une seule journée 5.000 animaux sauvages, et pendant toute la durée des fêtes on n'en tua pas moins de neuf mille, sauvages et domestiques. On ne s'avancerait nullement en affirmant que les animaux amenés à Rome pour une seule fête — même en admettant que les chiffres soient fréquemment exagérés — auraient suffi a peupler tous les jardins zoologiques existant actuellement en Europe. On frémit en pensant aux sommes c^ue devaient coûter les soins et l'entretien de ces formidables ménageries.
Les liistoriens s'accordent généralement à fixer en l'an 18G le premier combat de bêtes, organisé i)ar le conquérant de l'Étolie^ M. Fulvius Nobilior. On y fit paraître de nombreuses panthères et un nombre considérable de lions.
Ce fut un spectacle, dit Titc-Live, que l'on peut comparer à ceux c|ue vit répoque impériale. D'après Sénèque c'est Pompée qui, le premier, fit combattre des éléphants contre des criminels condamnés à mort . Voici ce qu'il dit : « Le premier homme de l'Etat et un homme d'une valeur remarquable, à ce que rapporte l'histoire, considéra comme un spectacle intéressant de faire détruire des êtres Inimains d'une manière extraordinaire. Sans doute on les faisait combattre à la vie à la mort? — Ce n'est point assez. — Alors on les faisait mettre en pièces ? — Ce n'est point assez. On les faisait écraser sous l'épouvantable masse de ces animaux. »
Les spectacles de Famphithéàtre se composaient ou bien de combats de bêtes les unes avec les auti-es, ou bien de différents tours qui avaient le caractère d'exercices de dressage ou encore de chasses.
Il est sans doute inutile de décrire avec détail des scènes où on voyait ces bêtes fauves, soufflant des naseaux, se précipiter les unes sur les autres avec une fureur qu'on redoublait encore en frap})ant sur des bassins d'airain. Il est inutile de déciire les acclamations et les retentissants « ave » saluant le lion vainqueur, qui, tout sanglant lui-même, venait
de déclurer les animaux de son espèce qu'on axait lâchés sur lui. Pourquoi contrarier nos sentiments révoltés en montrant ces botes qui se blessent et se tuent, l'arène couverte d'animaux morts et mourants, et les quelques fauves féroces qui demeurent vivants, encore prêts au combat ?
D'après les traditions des anciens, il y avait déjà à Rome des dompteurs de bêtes qui apprivoisaient les animaux les plus féroces et les contraignaient aux exercices les plus rebelles à leur nature : les taureaux sauvages se dressent sur leurs jambes de derrière — le dompteur met sa tête dans la gueule du lion — l'éléphant obéit aux ordres de l'Ethiopien qui le conduit et s'agenouille et danse. Ce qui nous révolte le plus, c'est sans contredit le combat des hommes contre ces bêtes; et, cependant, la foule y af- (luait parce qu'on tirait vanité, comme le dit TertuUien, des cicatrices de moi'sures d'animaux sauvages — il semblait (ju'on en devînt plus beau.
On formait dans l'école, en vue de ces combats, des lutteurs spéciaux nonnnés besiiarii ; ils étaient revêtus d'une tunique simple, portaient la lance et l'épée et combattaient avec des chiens de bonne race contre des bêtes féroces qu'on avait cherché à exciter par tous
les moyens possibles. D'autres couraient complètement nus parmi les bêtes de toute espèce, tantôt combattant, tantôt fuyant. C'étaient encore des criminels condamnés à ce genre de supplice, ou des prisonniers de guerre, ou, comme on l'a dit plus haut, des mercenaires de bonne volonté.
C'est le dictateur César qui montra le premier aux Romains un combat de taureaux.
Cet exercice est d'origine thessalienne ; les historiens de l'empire le citent comme un des spectacles qui ont paru le plus extraordinaire aux Romains. L'empereur Commode tua dans une Journée, de sa propre main, cinq hippopotames ; et de sa place, où il se trouvait en sûreté, il abattit une panthère qui venait de saisir un dompteur. Il s'habillait en Hercule et frappait avec une habileté merveilleuse les animaux les plus variés de coups de flèches et de coups de javelot. Il abattit, entre autres, au moyen d'un javelot dont la pointe tranchante était recourbée en demi-lune, une autruche qui fuyait en courant à travers l'amphithéâtre. Une autre fois on lâcha dans l'arène une centaine de lions : ils succombèrent tous aux .coups que dirigeait contre eux, du haut de sa loge, où il était en sûreté, l'archer impérial.
Sur les bas-reliefs du tombeau de Scaurus
on voit un taureau et un ours liés enscmhle. Le public se délectait au spectacle du combat de ces deux animaux qu'un hcstirtfius achevait ensuite d'un coup de lance. Toutes ces scènes n'avaient que plud'horreur pendant la nuit, éclairées à la lueur des torches.
La foule qui avait perdu tout sentiment humain ne se composait pas seulement de la plèbe malsaine de Rome : les gens de toute position, de toute race, les plus hauts dignitaires, les hommes les plus àgéa étaient charmés par ces spectacles qui durèrent de longs sièj^es. L'exemple des empereurs est là pour nous instruire.
Dans une fête, au temps de l'empereur Caligula, on s'aperrut qu'on manquait de condamnés pour le combat des bêtes. L'empereur donna l'ordre de faire saisir les personnes qui se trouvaient près des barrières de l'arène et de les jeter aux bêtes après leur avoir toutefois coupé la langue pour
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les empêcher de crier ou de l'insulter. Le même empereur nourrissait les animaux qu'on élevait dans ses cages en vue du spectacle avec de la chair humaine — la chair des condamnés à mort — sous prétexte que la viande était trop chère. L'empereur Constantin, qui fit jeter aux bêtes les Bructères vaincus, fut loué par ses panégyristes d'avoir su faire servir à l'amusement du peuple la destruction en masse de ses ennemis.
Au cirque comme à ramphithéâtre, les repos, pauses ou entr'actes, étaient remplis par des exercices de danseurs de corde, de jongleurs et d'éciuilibristes. La patrie de ces casse-cous au corps souple et élastique, de ces maîtres magiciens, paraît avoir été principalement la Grèce ou l'Italie méridionale. Et les Grecs, à leur tour, avaient été les élèves des maîtres égyptiens et indiens. L'apparence du merveilleux avait déjà dans l'antiquité une influence considérable sur les masses.
Les danseurs de corde montaient et descendaient avec ou sans balancier, sur ces chemins qui sont, ainsi C[ue le dit une devinette romaine (( plus étroits que la plante du pied elle-même. » Cet art a dû arriver à son apogée sous l'Empire : quoique des exercices de cette nature fussent bien dangereux, le peuple exigeant devait ra-
pidcnieiit se lasser des sj3cctacles ordinaires et demander toujours de nouvelles merveilles.
Pour réveiller la sensibilité gavée et cmoussée des Romains, il fallut faire danser jusqu'à des éléphants sur la corde raide. Galba, étant préteur, avait introduit ces exercices à la fête de Flora qui. depuis Tan .183 avant J.-C, devint fixe. Quant à Néron, il les perfectionna encore dans les jeux qu'il donna en l'honneur de sa mère qu'il avait fait assassiner. La corde par laquelle devait redescendre l'éléphant fut fixée à l'arcade la plus élevée de l'amphithéâtre ; et un chevalier de vieille noblesse dut monter sur le dos de l'animal.
Sous les derniers empereurs les équilibristes ne dansaient plus sur des cordes, mais sur de simples fils tressés en cordes de boyaux. La ville de Cyzique, dans la province de Mysie, fit frapper, l'an 217, sous le règne de l'empereur Caracalla, une médaille sur laquelle on voit des danseurs de corde en train d'exercer leur art.
La pyramide humaine était également fort connue des anciens. La tradition cite aussi des gymnasiarques qui étaient parvenus à exécuter, au moyen de la i)lante des pieds, des doigts et de l'orteil, tout ce que font ordinairement les mains. Une quantité de balles volaient sans cesse dans l'arène, d'un bout à l'autre de l'am-
pliitliéàtre, et les spectateurs admiraient l'art de ceux qui les lançaient.
Parlant du talent de ces jongleurs, un poète de l'époque écrit :
« Il sait lancer de son pied agile la balle qui vole.
» C'est son pied qui lui tient lieu de main, jouant j
gaiement à la balle.
» Balle sur balle s'envole, lancée par les muscles I
puissants de son bras : '
» Elles reviennent assaillir en bandes les membres de
son corps.
» Autant de membres il a, autant de mains i")Oussent
à ses membres.
>' Elles saisissent les balles et les renvoient, ces balles
ailées, » Qui obéissent toutes à leur maître. »
Puis venaient les prestidigitateurs dont l'art devait paraître fort extraordinaire à cette époque. Ils avalaient déjà des sabres et des poignards, mangeaient du fer, crachaient du feu, passaient à travers des cercles enflammés, des cerceaux de feu, et exécutaient toutes sortes de tours merveilleux.
Sans doute on vit à Rome des prestidigitateurs capables d'exécuter des tours analogues à celui que fit à Athènes "un jongleur, et qu'un ^^ paysan grec rentrant chez lui^ raconta, d'après '| le sophiste Alciphron, de la manière suivante : ■'
(( Il en vint un sur la scène qui mit devant
lui une petite table lï trois pieds avec trois petits gobelets. Sous chacun il cacha des petits cailloux blancs tout ronds, comme nous en trouvons au bord des ruisseaux. Et d'abord il mit un gobelet sur chaque caillou ; et puis après il nous les montra tous ensemble sous un
Fig. 31
seul gobelet ; puis, tout à coup, il les avait dans sa bouche et il les avala. Alors il mit un des hommes qui étaient tout près en face de lui et se mit à lui tirer un des cailloux du nez, un autre des oreilles, un troisième de la tête, et puis, tout à coup, les cailloux avaient disparu encore une fois. » Et le paysan ajoute : « 11
faudrait être bien fin voleur pour lutter avec un célèbre jongleur comme celui-là. Qu'on ne m'amène jamais dans ma ferme une vilaine bète de cette espèce. C'est alors que je pourrais bien dire : adieu maison, meubles et outils ! »
Le public de la capitale abandonna un jour en masse le théâtre^ où on jouait VHécyre, de Térence, pour aller admirer les exercices d'un célèbre danseur de corde.
La figure 31 représente un jongleur; à sa gauche est assis un singe dressé; de l'autre côté un chien savant monte â une échelle.
L'amphithéâtre romain était disposé de façon qu'on put submerger l'arène sous l'eau pour y faire combattre des phoques^ des hippopotames et des crocodiles. C'était là aussi — ou dans des piscines disposées à cet effet — qu'on livrait le combat naval — la naumachie — k laquelle trente et plus de vaisseaux pouvaient prendre part. On donnait souvent des représentations de naumachies célèbres dans l'histoire : ainsi le combat de Salamine entre les Grecs et les Perses, ou un combat qui eut lieu sous le règne de Titus entre les Corinthiens et les Corcyréens. Cette bataille navale nous rappelle les combats qui précédèrent la guerre
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du Pcloponcse. Les coiubatlunts étaient revêtus des costumes de l'époque. César avait déjà fait creuser dans le Champ de Mars un lac artificiel où on vit combattre une flotte tyrienne contre des vaisseaux égyptiens. L'an 2 avant J.-C, l'empereur Auguste fit donner un combat naval sur im lac creusé de l'autre côté du Tibre, sous le mont Janicule : ce lac avait 1800 pieds de long et 1200 pieds de large.
Mais la bataille navale la plus grandiose fut celle que donna Claude, l'an 52, sur le lac Fucin (actuellement Lago di Celano), situé à environ 13 milles à l'est de Rome. La tradition nous a transmis plusieurs relations sur cette représentation ; elles sont malheureusement contradictoires sur certains points.
Ce lac avait pendant des siècles ravagé paises inondations la campagne tout entière qui offrait l'aspect d'un paysage superbe. Les suppliques des riverains n'avaient pas trouvé d'écho dans la capitale. Enfin, Claude osa tenter une entreprise restée unique par son immense difficulté et par les frais considérables qu'elle nécessita.
« Il faut compter parmi les entreprises mémorables de ce souverain, dit Pline l'Ancien, une œuvre qui malheureusement lui fut reprochée plus tard, par suite des sentiments hai-
lieux que *;oii successeur entretint pour sa mémoire : c'est le percement d'une montagne, afin do créer par un tunnel un déversoir du lac Fuciu dans le Liris (Garigliano). Les frais de cet ouvrage furent incroyables ; et une quantité considérable d'ouvriers y furent employés pendant une longue série d'années. Dans les endroits où la montagne était principalement composée de terre, il fallait monter au moyen de machines des réserves d'eau ; ailleurs^ il fallait percer du rocher, et mener dans l'obscurité des travaux à l'intérieur de la masse rocheuse. On ne saurait se faire une idée de ce travail pénible, si on ne l'a vu ; et toute description est impuissante à représenter ses difficultés. ))
Au moment de l'inauguration de cette œuvre grandiose, l'empereur organisa une fête dans laquelle le spectacle principal devait être une bataille navale comme on n'en avait jamais vue. Si l'on peut croire ce que rapporte Tacite au douzième livre de ses Annales, l'empereur aurait équipé des vaisseaux de guerre à trois et à quatre rangs de rameurs, montés par 9,000 hommes ; les bords du lac auraient été entourés de radeaux afin d'empêcher les navires qui fuyaient d'avoir un trop grand champ de course. Le cercle tracé par ces radeaux suffisait
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à montrer la force de l'équipage des rameurs, fart des pilotes, la vigueur d'attaque des bateaux et les autres qualités requises pour les combats de mer. Sur les radeaux on avait placé des manipules et des cavaliers de la garde ; ils étaient protégés par des redoutes, et du haut des retranchements on fit tirer des balistes et des catapultes. Le reste du lac était occupé par des soldats de marine sur des navires pontés.
Les collines et les hauteurs, qui environnent ce lac formaient un gigantesque amphithéâtre où se pressait une foule immense ; des milliers de spectateurs avaient afflué des villes municipales et de Rome pour admirer la représentation ou acclamer l'empereur. Claude lui-même présida à la cérémonie, vêtu du manteau impérial, richement orné, et à ses côtés Agrippine, dans une chlamyde brodée d'or.
Un triton d'argent qui émergea des eaux du lac donna le signal du combat. Bien que les équipages fussent composés de criminels condamnés à mort, ils combattirent avec le même courage Cjue des hommes libres ; et après que de nombreux blessés furent tombés de part et d'autre, on interrompit la bataille avant la destruction complète des flottes.
Cette fête, où parurent, d'après une des
sources liistoriques, 19,000 hommes armés, devait être suivie d'un grand festin en plein air offert par l'empereur. Un pavillon spécial avait été établi au débouclié du canal pour recevoir la famille impériale et les invités. Toutefois ce repas final fut retardé par suite d'un vice de construction des bâtiments auquel on chercha h remédier en creusant plus profondément le lit du canal de déversement. Mais, même après ce travail, la profondeur du canal fut insuffisante. Le courant des eaux se précipita avec \ine violence inouïe par Fouverturc qu'on lui offrait, emporta une partie des baraquements de bois et causa une terreur générale ; l'empereur et sa cour coururent un moment de sérieux dangers.
Il y eut plus tard, à Rome, sans doute, deux emplacements fixes destinés aux naumachies ; le premier établi par Auguste et le second pai' Domitien, sous le Vatican. Le lac creusé par Domitien avait un développement tel que le nombre des vaisseaux qui manœuvraient devant le public était égal à celui des navires d'une flotte régulière. Toute la partie de la ville s'étendant entre le Vatican et le Château des Anges conserva pendant le moyen- âge le nom de Naumachie.
Dans les dernières années de la République,
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les i'onctioiinairos supéri(?ui's et subalternes avaient déjà cherché à capter la laNcur <lii peuple par ces représentations et ces spectacles passionnants. Sous l'Empire, ce fut un véritable rouage du gouvernement impérial. Les empereurs se servirent des jeux pour assurer leur pouvoir. Sous leur règne la plèbe assista, dans les nombreux jours de fête, aux exercices les plus éclatants et les plus variés. Ces fêtes furent au nombre de cent trente-cinq environ sous Marc-Aurèle — oA de cent soixante-quinze vers le milieu du iV' siècle. Sur ces cent soixante-quinze représentations, il y eut dix combats de gladiateurs, soixante-quatre représentations au cirque et cent une au théâtre.
Nous avons, dans les deux chapitres qui précèdent, étudié les jeux importants mêlés à la vie publique des Romains." On a vu qu'ils procédaient des cérémonies religieuses et que les unes étaient d'origine grecque, les autres d'origine étrusque ; ils atteignirent l'apogée de leur splendeur sous l'Empire. Ces jeux n'avaient pas pour but, comme chez les Grecs, un développement harmonieux du corps et de l'intelligence ; ils étaient devenus simplement affaire d'exercice professionnel.
Or, les représentations étaient données tantôt aux fêtes fixées et consacrées, tantôt à des occasions extraordinaires et dans un but religieux. Le chef de l'État les offrait aux dieux.
par exemple, quand un danger menaçait la cité, afin d'apaiser par la gaité de ce spectacle les divinités irritées ; ou bien le Sénat les votait en manière d'actions de grâce, quand l'Empire ou le souverain avaient échappé à un danger, ou à l'occasion d'événements heureux pour l'empereur ou la famille impériale. Ces jeux extraordinaires devinrent fréquemment périodiques et annuels.
Sous la république, le calendrier des fêtes contenait sept fêtes publiques qui revenaient tous les ans et duraient ensemble soixante-six jours. On les cite fort souvent, mais nous n'en avons pas une connaissance bien détaillée ; elles consistaient dans des représentations gymnastiques, scéniques et musicales. Il y en avait qui contenaient des cérémonies mystérieuses. Partout nous rencontrons les édiles ([ui étaient chargés d'organiser les préparatifs, de décorer les places publiques, de faire installer les sièges des spectateurs et de surveiller la police des jeux.
Les empereurs établirent de nouvelles fêtes en l'honneur de diverses divinités : sans doute ces cérémonies durent être accompagnées de jeux donnés dans ces édifices grandioses que nous avons décrits. Les frais étaient devenus incommensurables ; on ne pouvait plus éviter
ces dépenses. Les magistrats, (jiii avaient brigué une fonction par des étalages de luxe et de folles prodigalités, dépassaient souvent leurs moyens : de la des désastres financiers auxquels ils cherchaient à remédier en pressurant les provinces pour s'emplir les poches. Il y avait d'autres fonctionnaires auxquels on imposait comme un dû l'obligation de fournir au peuple ses plaisirs favoris. Ainsi l'aristocratie, opprimée jusqu'aux extrêmes bornes de sa patience, payait un tribut à la plèbe. 11 est peu étonnant, dès lors, que plus d'un lionnète homme, dépourvu de la protection de l'empereur ou d'amis puissants, refusât de briguer la préture ou le consulat et préférât renoncer à sa magistrature que d'aller vers une banqueroute certaine. Le consulat semblait a[>partenir aux plus riches, non aux plus méritants.
Pour la masse du peuple, le cirque était tout ensemble un temple, un lieu d'habitation et un lieu de réunion : c'était le but de tous les vœux. <( Je crois, dit Cicéron dans son discours pour Sextius, qu'il n'y a pas de moment où l'assemblée du peuple soit plus nombreuse que dans les combats de gladiateurs, pas môme aux comices ou aux élections. »
Et quelles sommes effroyables dépensées pour ces jeux ! D'ai)rès un compte datant de
l'an 51 après J.-C, on avait dépense pour les jeux romains 200,250 francs ; pour les jeux plébéiens, 162,500 francs ; pour les jeux apollinaireSj 102,500 francs ; enfin, pour les nouveaux jeux institués ]iar Auguste, 2,700 francs. On ne saurait établir le bilan des subventions que le gouvernement donnait au magistrat qui organisait les fêtes. Le célèbre démagogue Milon, briguant le consulat, sacrifia trois fois sa fortune pour donner des jeux, et un sénatusconsulte de l'an 27 après J.-C. ordonna que tout citoyen qui voudrait donner des combats de gladiateurs devrait avoir une fortune d'au moins 400,000 sesterces.
Nulle part on ne juge plus défavorablement le peuple romain qu'en voj-^ant sa passion croissante pour le jeu et en l'appréciant à un point de vue moral et esthétique. Le peuple apparaît en quelc{uc sorte comme un souverain dont il faut s'occuper : le gouvernement est chargé de veiller à ses plaisirs. Ce même gouvernement, qui prend soin de la multitude, qui fait faire des distributions l'égulières de blé, doit nécessairement distraire la plèbe. Il y a deux choses, dit Ju vénal, que la plèbe réclame avec fureui" : panem et circenses, — du pain et des jeux de ^ cirque. L'attente de ces jeux était la préoccii- '. M pation presqu(^ continuelle de la population ; J
une grande partie de Tannée se passait dans ces fêtes, qui formaient le thème principal de la conversation et servaient d'objets de paris. • De même qu'aujourd'hui encore, en Angleterre, tout jeu, toute scène publique est un sujet de pari, et le pari lui-même parfois un sujet de pari, — de même la passion des paris entraînait les Romains au cirque ; — c'était un des attraits qu'avaient pour eux ces spectacles.
Les meilleurs empereurs ont lutté, avec les ]ilus mauvais, d'éclat et de magnificence dans les jeux publics destinés au peuple ; Tibère seul ne s'occupa point de donner des représentations et fit preuve ainsi de son profond mépris pour la plèbe. Au contraire, Titus donna des fêtes qui durèrent quatre-vingts jours et Trajan, l'an lOG, en donna de semblables qui se prolongèrent pendant cent vingt-trois jours. . Cette môme arène dans laquelle, l'année 64, on avait fait succéder un combat de terre à une bataille navale, fut de nouveau inondée, pour ([u'on pût offrir sur ses eaux un festin somptueux. A mesure que la décadence se prononrait, les combats de gladiateurs et de bêtes fauves se multipliaient ; plus on avait sacrifié d'êtres humains, plus les fêtes semblaient éclatantes, et Martial, panégyriste du règne de
Domitien, dit que les exploits des bestiaires surpassaient les hauts faits d'Hercule.
Peut-être les tueries d'hommes dans ces guerres qui se succédaient si rapidement à l'extérieur et i\ l'intérieur de l'empire, la puissance de l'habitude qui s'exerçait peu à peu, l'éclat et la splendeur enivrante de ces représentations, la composition du peuple romain c|ui avait digéré péle-mèle une moitié de l'humanité, — peut-être toutes ces causes suffisentelles à explic^uer cette passion persistante pour les jeux. *
La promiscuité des spectateurs, née de l'intérêt commun pour ces représentations qui attiraient également les hommes et les femmes, donna occasion à des rendez- vous. Ovide trouve que le cirque est fort opportun à nouer de tendres relations. « Celui qui regarde les blessures, dit-il, a souvent déjà reçu la sienne. Tandis qu'il cause avec sa voisine, qu'il lui touche la main, lui demande son programme, ou parie avec elle sur l'issue d'un combat, déjà il se sent atteint, soupire et souffre, mordu par la flèche empoisonnée de Cupidon ! »
Souvent la représentation était suivie d'un sacrifice, d'une réception et d'une distribution publique. Ceux des organisateurs des jeux qui avaient des raisons particulières pour briguer
LES JKL'X DES FETES HUMAINES .i.i:,
la faveur du peuple dëcrétaicnl l'entrée gra- Uiite des bains et faisaient jeter à la foule des provisions, des fruits, ou des bons contenant rindication d'objets divers et même de propriétés foncières,
Néron, passionément épris de ces spectacles, institua en l'an 60, par amour pour les mœurs et les coutumes grecques, des jeux qui portèrent le nom de Néroniens et où il y eut des concours musicaux et des exercices gymnastiques et hippiques. Les jeux devaient être quinquennaux : mais sans doute ils disparurent d'assez bonne heure. Cette passion du public romain |)our les chevaux de course et les gladiateurs lui laissait pey de place pour de plus nobles intérêts. Parmi le peuple on trouve peu d'exemples d'hommes qui se soient écartés des idées et des conventions générales, encore moins de gens qui aient osé exprimer ouvertement des opinions contraires.
Les jeux séculaires tiennent la première place parmi les jeux des fêtes qui ne se célébraient pas tous les ans. On ignore à quelle époque ils ont été institués; il était rare aussi qu'on mît entre chaque cérémonie l'intervalle exact d'un siècle. D'ailleurs, le siècle à la mode étrusque comptait cent dix ans. La célébration de ces jeux était une affirmation de la suzeraineté de Rome
iS6 LES JEUX DES GRECS ET DES ROMAINS
sur toute l'Italie et une déclai-ation de son intention de persister dans ces avantages. La cérémonie durait trois jours et trois nuits. En raison de quelques scandales qui s'étaient produits, Auguste défendit aux jeunes gens et aux jeunes filles d'y prendre part autrement que sous la surveillance de parents plus âgés ; cette interdiction date de l'an 17. Lors du jubilé millénaire en l'an 248, le peuple resta éveillé durant trois nuits.
D'après les instructions des livres sibyllins, on envoyait par toute l'Italie des crieurs publics et des hérauts afin d'annoncer ces fêtes auxquelles on se préparait par des prières et des sacrifices, La cérémonie commençait par une procession; puis venaient dos jeux de cirque et des combats de bètes. La fin de la cérémonie proprement dite était marquée, le soir du troisième jour, par un grand chœur solennel chanté par deux demi-chœurs de jeunes gens et de jeunes filles dans le temple d'Apollon sur le mont Palatin.
Auguste donna des jeux séculaires en l'an 17 et il sut assurer à ces fêtes une mémoire éternelle en chargeant Horace d'écrire le chœur sacré, ciui porte le nom de Carmen Sœcidare. Le voici :
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