LE COMBAT NAVAL
Les combats de gladiateurs qui nous sont aussi connus par les écrivains que par les représentations des monuments n'étaient à l'origine ({u'une cérémonie privée. On les donnait aux funérailles en manière d'expiation et pour honorer les morts. Originaires de la Campanie et de l'Etrurie, ils furent sans doute à Rome une imitation des coutumes étrangères, un lointain éclio des sacrifices humains qu'on offrait dans les temps préhistori([ues aux divinités souterraines et aux mânes.
Le premier combat de ce genre dont l'histoire fasse mention est celui que livrèrent l'an 264
avant J.-C. les fils de Decius Junius Brutus en l'honneur de leur père mort. Il eut lieu sur le Marché aux bestiaux, et trois couples de gladiateurs y prirent part. Livrés d'abord sur le Forum^ sur les autres places publiques ou au Cirque, ils ne prirent que plus tard un caractère officiel. Depuis la fin de la République on ne les donna plus 'dans un cirque de bois élevé à la hâte, mais dans l'aniphithéàtre. Comme les jeux de cirque, ces combats de gladiateurs n'avaient d'autre but que la distraction d'un peuple blasé et vaniteux à qui il falhiit des édifices somptueux et décorés avec un éclat féerique. Ils devinrent bientôt un moyen de briguer la faveur de la plèbe.
L'an 53 avant J.-C. le tribun du peuple C. Scribonius Curion fit élever, s'il faut en croire Pline FAncien, deux théâtres mobiles en bois ; leur enceinte était divisée en deux parties qui s'adossaient Tune à l'autre, tandis que les deux moitiés de la scène étaient exposées à l'extérieur. Après les représentations dramatiques qui avaient lieu le matin, on faisait exécutei' à ces théâtres pour l'après-midi une rotation autour des pivots sur lesquels ils étaient montés; les deux moitiés se réunissaient ainsi pour former un immense théâtre circulaire qui ])0Uvait contenir cent mille spectateurs. César,
trouvant qu'une arène ainsi disposée était mieux appropriée aux combats de bêtes, fit construire l'an 4(3 av. J.-C. un double théâtre de bois, semblable à celui qui vient d'être décrit : ou lui donne le nom d'amphithéâtre.
C. Statilius Taurus fit bâtir sur le champ de Mars, en l'an 29, le premier théâtre dont une partie fut en pierre. Ce théâtre périt dans l'incendie de Rome sous Néron : du moins, à partir de cette époque on n'en fait plus mention. Auguste fit construire sans doute plusieurs théâtres analogues.
Les différentes villes, suivant l'exemple de Rome, faisaient élever dans tout l'empire romain des amphithéâtres qui témoignent encore par leurs ruines de leur majesté évanouie. Il n'y avait pas de ville un peu importante en Italie qui ne fît combattre de temps en temps quelques gladiateurs ou chasser quelques bêtes fauves dans son amphithéâtre. Toutefois, en Grèce, les traces d'amphithéâtres sont bien moins certaines. D'ailleurs, les plus connus actuellement sont ceux de Rome, de Vérone, de Pola, de Capoue, de Syracuse, de Nîmes et de Pompéi. Les ruines de l'amphithéâtre de cette dernière ville sont conservées. Il contenait environ cinq mille spectateurs ; et le 24 août 79 ap. J.-C, la foule qui y était assem-
blée put voir le panache flamboyant de fumée qui s'élevait à une hauteur prodigieuse audessus du 'N^'ésuve, et qui annonçait l'épouvantable catastrophe qui suivit. La forme de tous les amphitlièàtres, à peu d'exception près, est elliptique.
Caligula et Néron firent construire des amphithéâtres ; c'est à cette époque que remontent les ruines situées à Rome derrière le couvent S. Croce, et connues sous le nom d'Antphitheatrum castrense, ce qui d'ailleurs indique que c'étaient des soldats légionnaires qui y combattaient et non de véritables gladiateurs. Mais l'amphithéâtre le plus grandiose, celui que Martial compare aux merveilles du monde, fût élevé après la guerre contre les Juifs par l'empereur Vespasien : c'est V Amphitheatrum Flavianum. Les proportions immenses de cet édifice ne lui permirent pas de le terminer, et ce ne fut que son fils Titus qui put l'inaugurer.
Plus tard, sous le règne de IMacrinus, cet amphithéâtre fut frappé par la foudre le jour des Volcanalies. Le 23 août 217, sa partie supérieure périt dans les flammes : « malheur, dit Dion Cassius, qui frappa de stupeur non seulement la ville de Rome, mais l'univers entier, dont les habitants la peu]:)laicnt. n Alexandre Sévère le reconstruisit; les réparations furent
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terminées en 357. Beda, écrivain qui est mort en 735, dit qu'à son époque l'édifice était encore intact. « Tant qu'il sera debout, ajoute-t-il, Rome restera debout; quand il croulera, Rome croulera, le monde croulera. »
Après toutes les insultes du temps qui ne les a pas épargnées dans les âges suivants à cette construction gigantesque, la moitié de la partie extérieure du monument subsiste encore.
L'amphithéâtre, nommé également Colosseum, s'élevait au milieu de la ville, sur une plaine, entre le mont Caclius et le mont Esquilin ; son aspect était grandiose.
Il avait 150 pieds de haut et contenait 87,000 places assises et 15,000 debout. Dans sa longueur il mesurait 188 mètres; dans sa largeur 156 ; la longueur de l'arène était de 84 mètres et sa largeur de 54; sous l'arène étaient creusés les cachots des bètos et des hommes.
La fa(;ade du Colosseum mesurait 50 mètres de haut et avait quatre étages; les trois premiers étaient voûtés et décorés de colonnes d'ordre dorique, d'ordre ionien et d'ordre corinthien; le quatrième présentait une muraille percée de fenêtres à angles droits; il était également orné de colonnes en appliques d'ordre corinthien. Chacun des trois étages inférieurs contenait quatre-vingts colonnes et autant de
voussures; le quatrième étage comptait quarante fenêtres. Les corridors étaient voûtés et réunis les uns aux autres par des escaliers de pierre; par les corridors on arrivait dans l'espace consacré aux spectateurs et qui s'élevait graduellement en forme de terrasse.
Au-dessus de l'arène était le joorfm/», galerie surélevée, suffisamment haute pour '♦protéger les spectateurs contre les attaques éventuelles des bêtes fauves. Ce podium renfermait les places destinées à l'empereur, aux sénateurs, aux magistrats supérieurs, aux vestales, aux organisateurs de la fête, et aux autres personnages de haut rang. Les rangées de sièges étaient séparées en divisions semblables à un coin ou à un triangle retourné dont le sommet se dirigeait vers le bas. Les escaliers limitaient ces coins, dont les entrées et les sorties portaient le nom de vomitoria.
Les places d'où on avait la meilleure vue étaient celles qui étaient situées à l'extrémité du petit diamètre de l'arène : aussi c'était là que se trouvaient les entrées réservées à la famille impériale et à l'organisateur de la fête.
Des édifices de dimensions aussi considérables recevaient en raison de leur mode de construction une telle quantité d'eaux de pluie qu'il était nécessaire de ménager à celles-ci un
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dégagement commode et bien réglé. Aux plinthes de l'étage supérieur étaient fixées des tiges métalliques, afin qu'on pût étendre sur l'amphithéâtre une tente pour abriter l'intérieur contre les ardeurs du soleil. La lumière qui passait à travers l'étoffe colorée répandait sur tous les spectateurs une teinte d'un aspect étrange.
Les gladiateurs qui figuraient à l'amphithéâtre étaient des esclaves ou des prisonniers de guerre que les généraux vainqueurs ramenaient à Rome des trois parties du monde pour célébrer leur triomphe. C'étaient aussi des criminels condamnés à ce genre de supplice; et même, sous l'empire, des volontaires pour lesquels les armures éclatantes, les vêtements précieux, les applaudissements retentissants, les belles récompenses qu'on leur distribuait avaient été des attraits suffisants. Peut-être bien y avait-il dans cette capitale du monde des malheureux que le désespoir poiu' une vie gaspillée, une fortune jetée aux quatre vents, les soucis de l'existence future, poussait vers l'école de gladiateurs.
Il y eut en effet â la chute de la République des écoles spéciales où on formait des gladiateurs pour les jeux publics en les mettant au régime et en les exerçant rudement. Parmi ces écoles, sortes d'établissements organisés mili-
tairemcnt, les plus célèbres, après celui de Rome, étaient ceux de Capoue, de Vérone, de Préneste, de Ravenne et de Pompéi. D'ailleurs ces casernes de gladiateurs étaient également l'objet d'importantes spéculations.
« Tes gladiateurs, me dit-on, combattent à merveille », écrit Cicéron à son ami Atticus. « Si tu avais voulu les louer, tu aurais gagné leur prix à ces deux derniers jeux. »
C'était là un commerce de bon rapport quoiqu'on n'eût pas grande considération pour les gens qui s'y livraient. Ces écoles de gladiateurs appartenaient, les unes aux communes, les autres aux personnes privées. La plus ancienne est celle d'Aurelius Scaurus, fondée l'an 105 av. J.-C. Les grandes écoles comprenaient un nombre considérable de bâtiments. Celle de Pompéi formait une place libre oblongue de 173 pieds de longueur et de 139 pieds de largeur; elle était enviromiée de 74 colonnes d'ordre dorique, dont 70 sont encore debout ; sur les quatre côtés, des rangées de petites cellœ à deux étages, mesurant de 10 à 12 pieds, complétaient la construction.
Les compartiments divers — il y en avait sans doute 66 — n'avaient pas de fenêtres. A Rome où les empereurs paraissent toujours avoir possédé en moyenne deux mille gladia^
teurs, il y avait quatre écoles impériales de gladiateurs. Elles étaient situées en demicercle autour de l'Ampliitheatrum Flavianum.
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D'autres écoles de gladiateurs établies dans différentes villes de province étaient également subventionnées par les empereurs.
Dans ces écoles ou casernes la discipline était extrêmement dure; on surveillait les gladiateurs de très près — et ceux en qui on avait peu de confiance étaient, selon toute apparence, mis de temps en temps aux fers. — Du moins parmi les soixante-trois squelettes trouvés dans l'école de gladiateurs de Pompéi il y en avait quelques-uns d'enchaînés : les malheureux avaient été enterrés vifs sous la lente pluie de cendres.
Spartacus et ses compagnons s'échappèrent, comme on le sait, de l'école de Capoue, après avoir terrassé leurs gardiens. Quand les gladiateurs montraient de la crainte pendant leurs exercices, on les forçait au combat par des coups de fouet et en les brûlant au fer rouge. Ils commençaient par s'exercer à l'épée de bois sur un mannequin de paille ou sur un poteau (fig. 24).
Lorsqu'ils avaient réussi dans leur premier début, ils recevaient une tablette (tessera), que sans doute ils devaient porter au cou, et sur laquelle on gravait leur nom et la date de leurs débuts. Les tablettes de ce genre qui nous ont été conservées appartiennent à une période qui s'étend depuis Sylla jusqu'à Claude.
Les gladiateurs qui étaient ainsi sortis triomphalement de l'école, étaient fiers de leur mé-
lier et montraient un surprenant mépris pour la mort. Quant aux volontaires, on leur faisait, avant leur entrée, prêter le serment de se laisser battre avec des verges, brûler avec du feu et tuer par le fer.
Quand les magistrats qui ofîraient la fête avaient loué leurs gladiateurs à un prix fixé, on faisait connaître la date des jeux parles actes officiels et des affiches apposées aux bâtiments publics, aux murailles et aux colonnes \ On faisait de bruyants préparatifs; les armes étaient fourbies, les lames aiguisées. Enfin on offrait aux gladiateurs un somptueux repas qui, pour plus d'un, devait être le festin des funérailles. Mais ils buvaient cependant; ils mangeaient, insoucieux du lendemain. Quant aux chrétiens qu'on avait condamnés à ce combat pour des causes religieuses, ils célébraient leur dernier repas consacré.
Le jour de la fête les gladiateurs, revêtus d'armures éclatantes, se rendaient en proces-
(1) On a retrouvé une annonce de ce genre à Pompéi. La voici :
« Qua dies patientur, Suettii Certi aeclilis familia p:ladiatoria pugnabit pridie kal. jun. Veiiatio et vcla erunt. »
C'est-à-dire : «Si le temps le permet, la famille de gladiateurs de T'-dile Suettiiis Certius livreia un combat le 31 mai. Ce spectacle sera suivi d'un combat de bêtes. Une tente sera tendue sur l'amphiihéâlre. »
sion solennelle à travers la ville jusqu'à l'amphithéâtre. Dans l'arène encore ils formaient un cortège qui en faisait le tour. En passant devant la loge de l'empereur, ils poussaient parfois ce cri :
« AvCj Caesar, moriiuri te scdutant ! y>
« Adieu, César, ceux qui vont mourir te saluent ! »
Les gladiateurs étaient divisés en plusieurs sections selon les armes dont ils se servaient. On cite, par exemple, les Retiarii — la moins estimée de toutes les classes. Ils portaient une tunique simple, une manche de cuir au bras gauche, et dans la main droite un trident en forme de harpon et un filet qu'ils essayaient de jeter sur la tète de leur adversaire pour l'y empêtrer et le clouer ensuite d'un coup de fourche. Ceux qui devaient combattre avec eux se nommaient Secutoi^es ; — ils avaient un bouclier et une épée ; leur nom venait de ce qu'en général ils poursuivaient les Retiarii dans le combat. Les Murmillones portaient le casque gaulois, surmonté, en guise de panache, d'un cimier en forme de poisson.
Les gladiateurs que l'on amenait des pays étrangers introduisirent avec eux leurs armes et leurs manières de combattre. Ceux qu'on appelait Sanmites étaient des gladiateurs cou-
verts d'une armure de soldat samnite ; ils portaient un casque à visière surmonté d'un panache et percé de sept trous ; ils avaient en
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outre un bouclier oblong au bras et la jambe gauche couverte d'une jambière. D'autres qu'on nommait Thraces venaient combattre avec les armes des indigènes de la Thrace ; ils
étaient munis d'un poignard recourbé en manière de faucille, du petit bouclier tliracc et de cnémides ; ils attendaient généralement leur adversaire dans une posture accroupie ou à s-enoux.
Fig. 26
Le même Caligula que nous avons vu paraître au cirque dans les courses combattit aussi comme Thrace et à armes tranchantes.
Il faut citer encore les gladiateurs qui portaient une manche en mailles au bras droit, un casque presque dépourvu d'ouvertures^ un bouclier rond et une lance ; ils étaient montés sur
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des chevaux numides débridés. Il y avait encore les gladiateurs nommés hoplomaques, revêtus de pesantes armures ; les d/rnachè/'cs, qui portaient deux courtes dagues ; les essedarii qui
combattaient du haut de chars de guerre bretons ; les chevaux attelés ;i ces chars étaient conduits par un coclier, placé debout à côté du gladiateur. — Tels étaient les gladiateurs, leurs armures et leurs armes diverses.
Pendant que l'organisateur des jeux se fai-
te
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sait apporter les armes pour les examiner, on
exécutait, dit-on, au son de la musique, une sorte de prélude avec des armes émoussées : ceux qui prenaient part à ces exercices étaient surtout des Samnites et des Tliraces, qui paraient avec la rapidité de l'éclair les coups de leurs adversaires.
Puis commençait le combat sérieux, le combat de vie ou de mort au son sinistre de la tuba, à la fanfare des trompettes, à la musique des ilùtes et des cors. Du bout de sa baguette le directeur du combat traçait sur le sable des cercles que les couples de combattants, gladiateurs appartenant à différentes armes, ne devaient pas dépasser.
Les directeurs du combat leur tendaient aussi les armes nues, qui bientôt étincelaient dans l'air, tantôt s'élevant pour frapper de taille, tantôt s'élançant par des coups dépeinte.
Alors retentissaient des cris de joie dans tout le théâtre ; et il était bien rare qu'on en restât, comme sous le règne de l'empereur Marc-Antonin, à la simple joute d'épée. Les Romains, étrangers à toute idée de droit des gens, aimaient trop passionnément les spectacles sanglants, pour se contenter à l'amphithéâtre, d'un jeu inofïensif,mèmeà main armée. Des cris, des applaudissements frénétiques s'élevaient quand un coup heureux venait de
blesser l'un des combattants, de façon que le sang coulât aux yeux de tous. Il n'était pas rare que le blessé dissimulât sa douleur et continuât à combattre aussi longtemps que ses forces le lui permettaient.
Dans les premiers temps c'était l'organisateur de la fête qui décidait s'il fallait tuer ou épargner le gladiateur vaincu : plus tard ce jugement fut abandonné au caprice de la populace. C'était elle qui donnait le signal du pardon ou du coup de grâce. « Il est permis au gladiateur, dit Sénèque, de chercher à exciter la pitié du peuple. » Le blessé implorait sa grâce en élevant l'index ; le public l'accordait en montrant le poing fermé, le pouce rentré ; l'ordre de tuer se donnait en étendant la main gauche ouverte. Si c'était l'empereur qui donnait les jeux, le malheureux qui demandait grâce tournait ses regards vers la loge impériale. Si le souverain ne manifestait sa clémence par aucun signe, le vainqueur coupait la gorge au vaincu et allait recevoir la palme et les couronnes ; souvent aussi l'organisateur de la fête lui envoyait dans l'arène des coupes remplies de pièces d'or. Mais il n'était pas rare qu'on tirât au sort un nouvel adversaire pour le vainqueur.
On croyait voir dans cette résistance impassible du gladiateur l'idéal de la force humaine
s'opposant à la douleur et aux calamités, (i Quand tu vois, dit Cicéron avec humeur, à Sparte les enfants, à Olympic les jeunes gens, dans Tarène les barbares, supporter les coups les plus rudes et souffrir sans mot dire, vas-tu donc crier comme une femme pour la moindre douleur ? Ceux qui combattent avec les cestes ne crient même pas quand ils sont écorchés au vif par les courroies cinglantes, eux à qui une victoire aux jeux olympiques ne paraît pas une moindre dignité que le consulat à nos aïeux. Quelles terribles blessures supportent les gladiateurs? Ne préfèrent-ils pas la plaie la plus profonde à une vie méprisable? Combien souvent on voit qu'ils ne veulent rien plus que plaire à leur maître, à l'organisateur des jeux, ou aux spectateurs ! Déjà à demi-morts ils envoient demander à leur maître quels sont ses ordres, et sont prêts à mourir. Le gladiateur le plus médiocre a-t-il jamais poussé un soupir, a-t-il jamais fait une grimace ? Y en a-t-il un qui soit jamais tombé d'une manière honteuse? Quel est celui qui a retiré sa gorge sous le fer, au moment de recevoir le coup fatal? tant l'exercice, la pratique et l'habitude ont de pouvoir ! Il n'y eut jamais sans doute de meilleures leçons, sinon pour les yeux, du moins pour les oreilles,
que celles de ces condamnés qui luttaient avec l'épée à la vie à la mort et qui nous enseignaient ainsi à supporter la douleur et à attendre notre fin ! »
La victoire et la défaite se succédaient au son des malédictions et des acclamations des spectateurs qui suivaient avec une extrême anxiété les péripéties des combats de couples singuliers de gladiateurs. Sous César déjà 320 couples parurent en public. Ce nombre varia énormément plus tard. Auguste ordonna aux préteurs, l'an 22 avant J.-C. , de ne donner par an que deux combats de gladiatem^s ; il réduisit le nombre des couples à 60; mais plus tard ce nombre atteignit de nouveau et dépassa la centaine.
Même Trajan, un des meilleurs empereurs romains, présenta au public en l'espace de quatre mois, 10,000 gladiateurs — ce qui lui valut une immense popularité dans la plèbe. Les spectacles offerts par les magistrats n'étaient pas moins grandioses parfois. Souvent le public demandait aux empereurs les débuts de gladiateurs célèbres qui sortaient des écoles impériales où on envoyait après les brillantes campagnes de l'Empire une immense quantité de prisonniers de guerre.
Il y eut même des femmes qui combattirent