‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 102 sur 117 · ODI' IV · texte numérisé non relu

ODI' IV

J'ai vu le Printemps nu rire à travers l'avril

Avec un rire

Si doux, si tendre^ si puéril

Que l'écho l'a voulu redire

D'arbres en arbres, d'heure en heure et d'aube en aube,

Et chaque rose

S'en est épanouie au faîte du vieux mur

Derrière qui passait avec ce rire pur

Le clair printemps léger de brises en ses ailes

Et s'en allant par le chemin.

Prompt à répondre à qui le hèle

De la voix ou de la main,

Enfant qui chante ou vieillard qui chantonne.

Il portait pour bâton un cep de l'autre autonme,

Noueux, mais qu'enguirlande l'an nouveau;

Il allait vers l'étang où près des vertes eaux

Sont les roseaux,

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El, pour bien l'accueillir, j'ai fait, et pour lui plaire, Du plus vert des roseaux la flûte la plus claire.

Été, tu dors. En l'ombre douce à qui est las Repose, car ta joue est moite sur ton bras. Et dans la paix en fleurs de l'herbe jaune et verti Un épi tremble encor à ta main entrouverte. Ta faucille d'acier finira la moisson Pas à pas, jour par jour, avant qu'à l'horizon Ce croissant incurvt!- soit une lune pleine. Mais le temps passe, vois déjà dans la fontaine Une feuille séchée et vois la fleur flétrie; L'ombre des peupliers tourne sur la praii'ie ; La nuit s'achève, et le soleil, Eté qui dors. De ma flûte d'aro;ent va faire un roseau d'or.

J ai vu l'Automne souriant à travers l'ombre De son voile de brume et de soie

En robe longue

Mains lourdes, pieds saignants, front qui ploie, Elle marchait le long du mur des treilles hautes, Et, quand ceux qui cueillaient la grappe Et les autres

(^ui l'eulassaient aux corbeilles larges

Ou allaient, deux à deux, en ployant sous la charge,

L'appelaient en passant et lui montraient la grappe,

h]lle baissait la tête et ne répondait pas ;

Kt, lentement, mystérieuse et souriante,

Demi-morte, demi-vivante,

Et comme toute à quelque songe

Elle levait la main et faisait signe

Vers l'ombre

Et elle allait de vigne en vigne,

De fontaine en fontaine.

Toujours plus grave et plus hautaine,

l'écoutant par delà la saison et le soir

La bouche de l'hiver pleurer aux roseaux noirs.

2ôf; LES JEUX KUSTIQUKS ET DIVINS

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