‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 35 sur 117 · LES REGRETS · texte numérisé non relu

LES REGRETS

Au crépuscule mauve au delà de la haie

Où l'épine à la fleur survit avec la baie,

La Colère a passé, ce soir, sur le chemin.

Hautaine avec la torche et le glaive à la main.

Et l'Orgueil la suivait pas à pas et la Haine

Et l'Amour qui fit signe à mon âme incertaine;

Il a tourné la tête et j'aurais pu le suivre...

L'heure du sablier sonnait à la clepsydre

Dans ma calme maison par la porte entr'ouverte ;

Et j'ai vu, sur le sable pâle et l'herbe verte,

Avec l'ombre du toit, l'ombre du vieux cyprès;

Et toute la douceur juste du jardin frais

Est jusqu'à moi venue avec l'odeur des mousses,

Et j'ai pensé, parmi la paix des choses douces,

A ma flûte d'ébène et à ma flûte d'or

Et à mon verre de cristal où jusqu'au bord

L'eau fraîche fait perler une sueur de givre;

J'ai vu le sablier auprès de la clepsydre

100 I.ES JKUX nVSTIQUE ET DIVINS

Et la vie à jamais la même et j'ai pleuré De ce que seul d'entre eux l'Amour ne fût entré, Car la flûte, la faulx, la serpe et l'arrosoir Sont tristes quelquefois à qui marche, le soir, Silencieux et que la fontaine s'est tue. Autour du buis taillé qui borde les laitues.

AnÉTiiiSE loi

IIKROÏDE

Quand j'eus cueilli la fleur qui pousse au rameau d'or

Et qu'il faut respirer pour aller vers la Mort

A Perséphone en pleurs réclamer Eur\'dice,

Sans que la main tressaille ou que le front pâlisse

De revoir femme encor celle qui fut une ombre;

Ayant passé le fleuve et nourri les colombes

Qui volent vers l'Amour et mènent vers l'Espoir,

Je m'arrêtai, parmi les arbres du bois noir.

Attendant que la nuit fît face à mon Destin

Où rien n'avait condjlé le désir de mes mains,

Ni la fleur d'or' ni l'eau du fleuve et les colombes

Ni l'amour, ni l'espoir enfuis avec cette Ombre

Qui détourna la tête et ne répondit plus.

C'était le soir dans la forêt, quand j'aperçus,

Parmi le tourbillon, là-bas, d'un feu qui fume,

La flamme d'une forge ardente où, sur l'enclume,

On forgeait au marteau, sonores, des épées!

Et j'en pris une, et la branche que j'ai coupée

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?se refleurira plus sa fleur de songe et d'or,

Et j'ai tué les colombes et j'ai encor

Frappé du glaive clair l'Ombre mystérieuse,

Et mon âme, depuis, est cette furieuse

Qui, dans le bois tragique et près du fleuve sombre.

Erre, odieuse aux fleurs et funeste aux colombes.

ARKTHUSr 103

LE VOYAGEL'Il

Vers la douce maison dont j'ai fermé la porte,

Un soir, sur l'àtrc en cendre et sur la lampe morte,

Je reviendrai, car l'aube est triste sur la mer,

y rallumer la lampe éteinte et l'àlre clair;

La forêt est si vaste au bout des marais mornes

Que l'an aura déjà décliné vers l'automne

Quand mes pas oubliés ranimeront l'écho

Qui répond, en entra-nt, à gauche de l'enclos.

Anxieux qu'au jardin les Faunes sous les treilles

Aient, la ruche rompue, emporté les abeilles

Et les Satyres bu les outres du cellier

En dansant et pillé les plants et l'espalier

Et, avec les roses mortes, dans la fontaine

Jeté des fruits pourris, des caïeux et des graines.

lO'l l.KS JF.rX KVSTIQUES F.T DIVINS

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