ÉPITAPHE PASTORALE
il a conduit jadis, sur le chemin qui mène
A la prairie en fleurs où chante une fonfaine
Fraîche entre les joncs verts que reflète son eau,
Les grands bœufs indolents et le rude taureau
Qui paissent l'herbe haute et meuglent vers le soir,
Et, par l'âpre sentier que borde le houx noir,
Il a guidé, parmi l'odeur des toisons rousses,
Ses chèvres A'ives, ses boucs et ses brebis douces
Qui bêlaient en marchant, une à une, à la file.
Patientes comme des âmes qu'on exile.
Le fouet et l'aiguillon, la serpe et la charrue.
Tour à tour, ont durci ses mains pauvres et nues
Que rougissait le sang de la grappe pressée.
Grave et sobre, au milieu des rustiques pensées,
Il a vécu son heure et vieilli solitaire.
Son pas est lourd; son dos se courbe vers la terre ;
Il surveille la meule et visite les ruches.
Car sa main s'engourdit et son pied las trébuche.
LES ROSEAUX DE LA FLVTE Î6ît
Et, le soir, il s'assoit aux portes des potiers, Longuement, il les voit pétrir et manier L'argile funéraire et cuire l'urne molle Lt bientôt — préparez le bûcher et l'obole ! — Sa vie ira dormir aux flancs creux que façonne La main industrieuse à la glaise, et l'automne Fera ramper son lierre au cippe et l'été d'or Fendra l'argile rouge où cette cendre dort; Et toi qui passeras à l'ombre des cyprès, Arrête-toi, écoute et t'approche tout près, Et l'urne s'emplira, sonore à ton oreille, Gomme d'un bi"uit lointain de feuilles et d'abeilles.
l'O LES JEUX KCSTIQUES ET DIVINS