‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 71 sur 117 · LE PASSANT · texte numérisé non relu

LE PASSANT

Tu es belle d'avoir aimé secrètement

— Non comme les mortels qui parlent dans le vent

Et qui passent sans voir et qui n'écoutent pas

L'écho mystérieux qui répond à leurs pas —

Mais, attentive et toute en toi silencieuse,

La terre épanouie et la mer monstrueuse,

Les sillons de la houle et les vagues du blé

Et l'aurore indécise et le soir étoile

Et le chemin qui fuit le long de l'eau qui passe,

La Vie en pleurs qui rit et s'endort et que lasse

La changeante saison ou le changeant amour

Et l'éternel adieu et léternel retour;

Et ta bouche, à jamais souriante, est éclose

D avoir été pareille au sang fleuri des roses,

Et tu es belle, ô douce Amie aux yeux d'espoir.

De toute ta douceur à jamais et d'avoir

Écouté, lentement, rire dans le bois frais

Une flûte d'argent derrière les cyprès.

l.c grand Cheval ailé dormait dans l'ombre bleue. Parfois, il caressait les Jierbes, de sa queue Eparse, et je touchai, lentement, en silence. Sa croupe nue avec la pointe de ma lance. Et le monstre couché se leva et hennit Vers l'orient; et je l'enfourchai et lui dis : Viens, c'est l'aube déjii et bientôt c'est l'aurore ; Je sais le sentier calme et la route sonore Oii cède l'herbe longue et roule le caillou ; Partons, Le clair soleil séchera ton poil roux; Je sais la grève, et les cliemins, et le bois noir Et la fontaine fraîche oit nous boirons le soir Et le palais oii dans une auge de sardoine S'amoncellent pour toil'orge blonde et l'avoine. Et nous sommes partis, Pégase ! mais depuis. Groupe d'or le matin et bloc d'ombre la nuit. Obstinés à jamais devant la haute porte Fermée au pied divin comme a Méduse morte. En face du ventail d'airain rude et de fer. De ma lance d'argent et de mon poing de chair

Je lâche d'ébranler les gonds et les verrous, Tandis que Toi, saignant du poitrail aux genou.r, T'acharnes du sabot à rompre le battant Et de l'aube à la nuit, furieux, dans le vent, Agites, tour à tour, sombres ou embrasées. Les plumes d'ombre et d'or de tes ailes brisées!

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