LR FAUNE AU MIROIR
Tristesse, j'ai bâti ta maison, et les arbres
Mélangent leur jaspure aux taches de tes marbres,
Tristesse, j'ai bâti ton palais vert et noir
Où lif du deuil s'allie aux myrtes de l'espoir;
Tes fenêtres, dans le cristal de leurs carreaux,
Reflètent des jardins de balustres et d'eaux
Où s'encadre le ciel à leur exactitude;
L'écho morne y converse avec la solitude
Qui se cherche elle-même autour de ses cyprès;
Plus loin c'est le silence et toute la forêt,
La vie âpre, lèvent qui rôde, l'hei'be grasse
Où se marque, selon la stature qui passe,
Un sabot bestial au lieu d'un pied divin;
Plus loin, c'est le Satyre et plus loin le Sylvain
Et la Nymphe qui, nue, habite les fontaines
Solitaires où près des eaux thessaliennes
Le Centaure en ruant ébrèche les cailloux,
28 i.F.s jnrx rustiques et divins
Et puis des sables gris après des sables roux,
Les monsti'es du Désir, les monstres de la Chair,
Et, plus loin que la grève aride, c'est la Mer.
Tristesse, j'ai bâti ta maison, et les arbres
Ont jaspé le cristal des liassins comme un marbre;
Le cygne blanc y voit dans l'eau son ombre noire
Comme la pâle Joie au lac de ma mémoire
A'oit ses ailes d'argent ternes d'un ci'épuscule
Où son visage nu qui d'elle se recule
Lui fait signe, à travers l'a jamais, qu'elle est morte;
Et moi qui suis entré sans refermer la porte
J'ai peur de quelque main dans l'ombre sur la clé;
]']t je marche de chambre en chambre, et j'ai voilé
Mes songes pour ne plus m'y voir; mais de là-bas
Je sens encor rôder des ombres sur mes pas,
Et le cristal qui tinte et la moire que froisse
Ma main lasse à jamais préviennent mon angoisse.
Car j'entends dans le lustre hypocrite qui dort
Le bruit d'une eau d'argent qui rit dans des fleurs d'or
Et la stillation des antiques fontaines
Où Narcisse buvait les lèvres sur les siennes
Par qui riait la source au buveur anxieux;
El je maudis ma bouche, et je maudis mes yeux
D'avoir vu la peau tiède et touché l'onde froide,
Et, quand mes doigts encor froncent l'étoffe l'oide,
J'entends, de mon passé bavard qui ne se tait,
AKKTIllSE 20
Les feuilles et le vent de la vieille forêt;
l'^t je marche parmi les cliambres solitaires
Où quelqu'un parle avec la feinte de se taire,
Car ma vie a des yeux de sœur qui n'est pas morte;
Et j'ai peur, lorsque j'entre, et du seuil de la porte,
De voir, monstre rieur et fantôme venu
De l'ombre, avec l'odeur des bois dans son poil nu,
Quelque Faune qui ait à ses sabots sonores
De la boue et de l'herbe et des feuilles encore,
Et, dans la chambre taciturne, de le voir
Danser sur le parquet et se rire aux miroirs!
PERORAISON
0 lac pur, j'ai jeté mes flûtes dans tes eaux,
Que quelque autre, à son tour, les retrouve, roseaux.
Sur le bord pastoral où leurs tiges sont nées
Et vertes dans l'Avril d'une plus belle Année !
Que toute la forêt referme son automne
Mystérieux sur le lac pâle où j'jibandonne
Mes flûtes de jadis mortes au fond des eaux.
Le vent passe avec des feuilles et des oiseaux
Au-dessus du bois jaune et s'en va vers la Mer;
Et je veux que ton acre écume, ô flot amer,
Argenté mes cheveux et fleurisse ma joue;
Et je veux, debout dans l'aurore, sur la proue,
Saisir le vent qui vibre aux cordes de la lyre
Et voir, auprès des Sirènes qui les attirent
A recueil où sans lui nous naufragerions.
Le Dauphin serviable aux calmes Arions.
DAXS UNE VIGNE VENDANGÉE
Je chanterai, ce soir, Automne, tes pensées !
La vendange repose aux corbeilles tressées;
La grappe qui rougit la lèvre est à la main
Lourde comme la Vie et comme le Destin,
Et la pluie a gonflé de larmes les fontaines;
Les flûtes avant de se taire sont lointaines
Déjà et tristes et déjà le souvenir...
Et c'est avoir vieilli déjà que de sentir,
Derrière le coteau et par delà les plaines
Et le fleuve, qu'il est à jamais des fontaines
Où nos faces verraient chacune son passé,
Et de calmes chemins où nous avons passé,
Et des ombres qui sont notre Ombre, et des années
Qui, la main dans la main, sur nos heures glanées,
Marchent, tournant la tête et ne vous voyant plus;
Et cependant ce soir est beau, et des Dieux nus
LES JKL'X RL'STIQL'F.S F.T DIVINS
S'en viennent en dansant peut-être en nos pensées, Car la vendange est belle aux corbeilles tressées Et tu pleures pourtant l'Eté qui t'abandonne, 0 triste, ô Ariane éternelle, ô Automne !
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