‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 90 sur 117 · ODE I · texte numérisé non relu

ODE I

Septembre !

D'entre tes frères, du fond de l'an,

Qui dorment, côte à côte, et attendent,

Visages d'ombre ou profils clairs,

Septembre !

Tu t'es levé, heureux et lent,

D'entre les heures endormies,

Tu t'es levé d'entre tes frères, les mois morts

Qui séjournent et qu'on oublie,

L'un avec sa couronne d'or

Et l'autre son bandeau de feuilles mortes,

Et l'autre avec son sceptre de fer.

Et l'autre avec ses corbeilles.

Et Mai, le blond, qu'en souriant réveille

Avril qui, fleur à fleur, l'enlace de guirlandes;

Septembre !

Tu t'es levé vers moi qui marchais en pleurant

Le long de l'an.

Les pampres roux saignaient au-dessus de la porte

De ton verger d'arbres et de vignes;

Les feuilles montraient l'or des fruits ;

Le vent semblait le pas de l'heure qui senfuit

Sur les bassins d'argent que son pied égratigne,

Et les Jours, à seaux clairs, puisaient au puits

L'onde du Temps où se miraient leurs faces lentes ;

Et l'on voyait s'épanouir dans le silence

Les palmes des jets d'eau et les cols blancs des cygnes.

Si j'avais su qu'ainsi, au détour de ma vie,

Tu te tenais debout, là-bas,

Au seuil de ton verger de vie,

Sous tes pampres en entrelacs,

Avec tes fruits de pourpre et ta bouche bonne,

0 fils calme de mon Automne,

Si j'avais su

Le doux chemin de tes fontaines,

Le doux chemin au bout des haltes de la vie

Si j'avais su !

Je n'aurais pas trempé mes mains

Dans la cendre des crépuscules,

Ni heurté de mon front la porte de l'hiver,

Ni pleuré des soleils tro]) rouges sur la Mer,

Ni sangloté du chant des flûtes

Qu'Avril rieur gonflait de son souffle nouveau,

Ni compté, or à or, la chute Des feuilles lentes dans les eaux.

Ni suffoqué de tes soirs chauds, Eté que le Désir baise sur la bouche, Avec sa bouche Amère et douce.

Mais j'aurais dit: Septembre, Septembre,

Ta douceur est là-bas qui me sourit dans l'ombre

Et l'Amour sur le seuil avec toi vient m'attendrez

Je vois votre ombre

Double et charmante et qui s'enlace sous les pampres

Et j'entrerai,

0 doux Septembre,

En tes vergers

\)c cygnes blancs, de fleurs, de fruits et de silence.

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