‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 92 sur 117 · REFRAIN · texte numérisé non relu

REFRAIN

Douces pensées !

Gomme la mer chantait, ce soir-là, sur la grève

Le refrain éternel des Heures brèves ?

Douces pensées,

Pareilles à des algues enlacées,

Algue d'argent souple et bleui,

Algue d'or que le flot verdit,

Double serpent du caducée,

Thyrse d'oubli.

Joie éparse, douleurs passées

En mes pensées.

Celle-là qui sourit est venue.

Sur sa barque de fleurs, qui penche.

Des jours lointains de mon enfance;

Je l'ai connue

Assise jadis à la porte

De la vieille maison ouverte sur la mer,

Elle m'apporte

Son rire clair...

Le flot roule, parmi les algues,

Des conques d'émail et de nacre;

On y entend toute sa vie,

On y écoute son passé vivant,

l^lcume, marée et vent,

Sa joie et sa mélancolie,

Te voici donc, o Songeuse !

(Jui t'accoudes en robe pâle;

Ta barque pleure,

Lentement, sur la nier étale,

De tous ses avirons qui s'égouttent dans l'eau:

Je t'entendais jadis du fond des soirs d'ennui

Gémir avec le câble et la mâture

Et les grands et calmes oiseaux

Dont l'aile frôle le silence.

Je t'entends au fond des soirs d'ennui

Pleurer dans l'ombre où l'Heure a fui

Avec les ailes du Silence.

Douces pensées,

Murmure du flot sur la grève.

Remous du sable, frissons d'aile,

Pas lointains et voix lointaines,

Arabesques d'algues enlacées,

Sang terrestre qui, de veine en veine.

232 LES .Ti:i;x rustiques et divins

Coule au granit et le fait chair,

Douces pensées,

Furtives et vaines,

Qui chantez de nous dans les choses.

Bercez en moi les conques closes,

Où s'endorment mes heures passées;

Douces pensées !

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