ODELETTE VI
Si tu disais :
Voici l'Automne qui vient et marche
Doucement sur les feuilles sèches,
Ecoute le heurt de la hache
Qui, d'arbre en arbre, dans la forêt
Sape et s'ébrèche ;
Regarde aussi sur le marais
Les oiseaux tomber, flèche à flèche,
Les ailes lâches,
Avec des taches
De doux sang frais.
Si tu disais : Voici l'Hiver.
Le soleil saigne sur la mer,
J>a barque est prise aux glaces du port,
L'âtre fume, le vent halète
Ou ricane, glapit ou guette
Et jappe et mord;
Le jour finit en soir amer...
Si tu disais .' Je suis la douleur et l'hiver ;
Je t'aimerais, mais tu m'as dit en souriant :
Regarde cette aurore à l'orient
Rose et verte sur les prés et l'eau ;
Avril aux doux pieds nus court sur l'herbe qui tremble
Et le Printemps sonore et l)eau
Tressera tes jours en guirlandes
Et la rose à la rose et la joie à la joie;
Je suis l'aube qui naît et l'aile qiii s'éploie.
Je suis souriante et ma bouche]
Est fraîche et douce,
Et je te tends
Mes mains de chair en fleur qu'embaume le Printemps.