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ODE II

Les Heures de la Vie chantent et passent

Debout et doubles, en guirlande

De joie ou de tristesse,

Fortes ou lasses,

l']t leurs mains tressent

La couronne des jours, un à un, et s'enlacent.

Une, parfois,

D'un geste qui sourit ou d'un geste qui pleure.

Porte à ses lèvres qui les baisent

La fleur de son extase ou la fleur de sa fièvre,

Durable ou brève;

Et toutes chantent

Et passent, par les mains unies.

Ce sont les heures de la Vie.

Les Heures du Passé songent dans l'ombre.

Les diadèmes d'or cerclent leur cheveux sombres;

2'lO LES JEUX RUSTIQUES ET DIVINS

Leurs robes sont graves de pourpres anciennes;

Assises dans l'ombre, elles tiennent

De vieux miroirs pâles et ternes

Où elles se mirent longtemps

Et se cherchent toujours et ne se revoient pas .

Parfois, elles parlent tout bas ;

On les entend

Chuchoter comme un bruit de feuilles mortes ;

Elles ont des clefs qui n'ouvrent plus de portes

Elles ont froid comme d'être nues;

Chacune se sent seule ensemble,

Et la plus vieille boit de sa lèvre qui tremble

Au cristal d'une coupe fendue

Une eau de larmes et de cendî»e.

Les Heures d'Amour sont jeunes et belles.

Les voici toutes,

Regarde-les !

Que leur importe l'ombre ou les cieux étoiles,

Le doux soleil au fleuve et l'averse à la route,

Les roses d'autrefois, les épines d'alors,

Et les robes de pourpre et les couronnes d'or?

Que leur importe

Le miroir, la corbeille et la clef el la porte ?

Regarde-les.

Elles sont toutes là, couchées,

Chacune seule en sa pensée,

Aveugles, immobiles et belles;

Mais l'Amour est au milieu d'elles.

Debout

Et mystérieux, tout à coup,

Dans l'envergure de ses ailes ;

11 chante nu au milieu d'elles,

Et toujours

Chacune en sa pensée entend chanter l'Amour

m:s jeux rustiques i.t divins

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