MAI
Les mois comme les cœurs ont leur jeune saison. Sang de l'arbre, la sève écume au bout des branches; Les jours nouveaux sontbleus, lescollinessontblanches: Les fleurettes partout pointent dans le gazon.
Nos hivers de Paris ont peut-être raison De n'avoir pour l'azur ni fêtes ni dimanches, Puisque Mai prend sur eux de pareilles revanches. — Un cercle de clarté dessine l'horizon.
Nos cœurs comme les mois donnent des primevères; Pourquoi sont-ils régis par des lois plus sévères? Les belles fleurs d'amour qui naissent sous nos pas
Nous les cueillons le long de nos jeunes années, Mais bien avant le soir elles se sont fanées, Et, malgré les printemps, ne refleurissent pas.
A Albert-Emile Sorel.
Nos hivers sont des grelotteux, Des fainéants, des pas grand'chose, Qui font, pour qu'on s'occupe d'eux.
Le corps souffrant et l'âme close.
Allez vous-en ! mes yeux sont las Et se fermenta vos hantises.
O le sourire des lilas Et l'or en grappe des cytises !
L'air clair, les bois ressuscites La vie errante dans les branches, L'aube adorable des étés Et ses bouquets d'étoiles blanches ;
Les soirs qui durent, blonds et doux.
Et qui prolongent la lumière!
La saison neuve vient à nous, Presque à son heure coutumière.
Dans le concert harmonieux De la terre, grâce éternelle, Ouvrons notre cœur et nos yeux A la caresse maternelle.
ijsr
Dans le printemps qui va venir, Par qui la terre est courtisée, Mène les jours doux à tenir Et mène ta jeune épousée,
Tu peux ne t'aperçevoir pas Que les heures d'avril sont brèves ; Allez aussi loin que vos pas S'accorderont avec vos rêves.
Un souffle jeune et caressant Déplisse les pousses câlines ; Allez sous le ciel bleuissant Vers la blancheur de nos collines;
C'est Verrières ou c'est Meudon :
C'est tout près d'ici que les fées Jouèrent et nous firent don De ces sentes de fleurs coiffées.
80 IMPRESSIONS ET NOTES d'aRT.
Bien sur, elles y sont encor; Marchez doucement sans rien dire Dans la sràce de leur décor Mon oreille les entend rire.
PRINTEMPS. 8l
Si vous n'êtes pas avisés (J'en eus comme un coup de folie, En d'anciens jours favorises i Que notre banlieue est jolie,
Allez-y, vers les jours premiers De ses blancheurs roses et gaies, Qui sont la neige des pommiers, Faire des bouquets dans nos haies.
L'aubépine rit aux buissons, Elle est là pour que tu la cueilles ; — Écoute. Entends-tu les chansons Qui se cachent parmi les feuilles ?
Ce sont les chansons de chez nous, Qui sont si belles et si douces Que les oiseaux en sont jaloux Dans leurs nids d'herbes et de mousses.
82 IMPRESSIONS ET NOTES d'aRT.
Vois, il n'est pas besoin d'aller Par une route au loin choisie Pour faire à leur aise voler Les ailes de ta fantaisie.
Après les jours affreux et noirs Qui lassent même l'espérance, Si vous saviez comme les soirs Sont doux dans notre Ile-de-France !
Bien que je garde le souci
Nostalgique de l'Italie,
La pauvre lumière d'ici
Est moins belle, mais plus jolie.
Elle a des façons de clarté Des demi-mots si l'on peut dire, Plus délicats que la gaîté, Étant le charme et le sourire ;
Des nuances comme en mineur Dans une fraîche symphonie, Et c'est ce qui fait au bonheur Une extase presque infinie.
Puisque voici les jours venus Que notre ciel enfin renaisse, Cueillez dans nos sentiers connus Les roses de votre jeunesse.
Voici le mois délicieux Des verdures bientôt profondes :
Le ciel est doux comme les yeux Des jeunes femmes qui sont blondes.
Ses paupières, vers le matin, Étant à peine réveillées, Dans une odeur d'herbe et de thym, Ont des perles ensommeillées.
Parmi ces brumes de fraîcheur, Où l'on voit poindre le sourire, C'est le rose et c'est la blancheur De la lumière qui va luire.
Notre vieux ciel n'est plus vermeil:
On dirait que l'aube l'ennuie. Après le rire du soleil, Voici les larmes de la pluie.
Bien que Mai ne soit pas clément Aux pousses en Avril écloses, Aucune bise heureusement Ne peut geler toutes les roses.
Tremblante à cet ombre de jour, La plante frissonne affaissée :
Telle cette autre fleur, l'amour, Sous le ciel gris de la pensée.
Mais l'âme a beau, comme le ciel, Se couvrir de lourdes nuées, L'été suit son ordre éternel De floraisons continuées.
Dans le cœur et dans le buisson Il ne manque, malgré ce voile, Pas une note à la chanson, A la branche pas une étoile.
Ainsi le temps peut s'assombrir Et faire peur aux brises folles :
Un rayon suffit pour ouvrir Les lèvres comme les corolles.
Notre âme, selon les saisons, Est pleine de lumière ou d'ombre.
C'est la couleur des horizons Qui nous fait voir riant ou sombre.
Au mois d'avril, tout est désir :
Les violettes sont écloses ; Mais en été l'on peut choisir, Et le cœur gai choisit les roses.
Le ciel à peine ouvre les fleurs Que déjà c'est, avec l'automne, L'effacement de leurs couleurs Au souffle du vent monotone.
On veut encore retenir
Un regard vague, une caresse.
L'hiver est là qui va venir,
Et la fuite des jours nous presse.
Voici le froid, il fait tout noir...
Avec les belles nuits passées Nous remettons, quand vient le soir, Des étoiles dans nos pensées.
Lequel vaut le mieux, être aimé Plus qu'on ne peut aimer soi-même, Ou bien vaincu, meurtri, charmé, Endurer seul un mal suprême?
Recevoir un baiser tremblant, Et ne pas pouvoiry répondre, Ou sentir son désir brûlant Près d'une glace sans la fondre?
Écouter un aveu d'amour,
Et ne trouver que des paroles
Indifférentes en retour,
Ou bien crier des phrases folles?
Attendre sans hâte, le soir, Son petit pied vif et fidèle, Ou, troublé de peur et d'espoir, Courir en pleurs au devant d'elle?
Accepter l'adieu sans pâlir, D'une âme froide et préparée, Ou prolonger, à défaillir, Une étreinte désespérée ?...
Car l'amour est un divin mal Qui nous écrase ou nous effleure.
Le partage n'est pas égal :
Il faut que l'un ou l'autre pleure,