GEORGETTE VER NET
Un Saint-Georges en jupons, avec la peau plus blanche.
Elle tire l'cp-'e et le pistolet, monte à cheval et joue du violon à l'instar du célèbre mulâtre.
Un dragon... de vertu !
On prétend qu'elle a rebuté jusqu'à présent tous ses adorateurs.
Insensible à tous les hommages, les lettres d'amours, les fleurs les plus rares, les offres les plus brillantes n'ont pu parvenir à toucher son cœur de glace.
X..., un enthousiaste de ses charmes^ a été rencontré hier avec un paquet sous le bras.
— Qu'est-ce que vous avez donc là? lui dcmanhiit-on.
— C'est une paire de patins.
CELESTINE GALLI-MARIE
OPKR A-COMIQUE
Dans la rue de Navarin, — non loin de Ja place Breda, — il ya une grande maison à laquelle sert de préface une sorte de Jardiq anglais tout égayé d'eaux jaillissantes, de pelouses et de charmilles...
Théophile Gautier l'a habitée; Anaïs Fargueil l'habite...
Cest dans ce morceau du paradis.. . perdu — au fond des Paphos parisiennes — qu'en novembre 1840 naquit Célestine Marié.
Son père. Mécène Marié de l'Isle, cousin de l'astronome Davy qui partagea à l'Observatoire les importants travaux de M. Leverrier, était sorti du Conservatoire avec un premier prix de contre-basse. Puis, ou l'avait xu, un matin, tort de quelques leçons de Choron, jeter l'archet sur le pupitre et déserter Torchestre I. -2.
de rOpera-Comique pour aller chanter les lenors à Toulouse, à Bordeaux, en Italie, et, sur la tin, à l'Opéra. Il en resta dix ans le pensionnaire ;\l en est aujourd'hui \q pensionné. En outre, l'ëglise de la Trinité l'a choisi pour maître de chapelle et il y utilise, aux fêtes carillonnées, de copieux restes de voix.
Marié fut le professeur de Céline. Celle-ci, si j'ai bonne mémoire , débuta à Strasbourg au mois de septembre 1859. Peu de temps après, elleépousait, à Paris, le sculpteur Galli, un gars de belle prestance et d'un certain talent. Devenue veuve en 1861, elle tenaitson emploi — les contralti — à Rouen avec infiniment de succès, lorsque M. Perrin y vint entendre — en 1862 — la Bohémienne, de Balfe.. .
Madame Galli-Marié fut aussitôt engagée à la salle Favart.
La Servante maîtresse la révéla aux Parisiens comme une soubrette infiniment plus vive que TAlboni...
Vinrent QnsmXtlQs, Amours du diable...
A cette époque, j'écrivis dans la Presse théâtrale :
« Madame Galli-Marie semble avoir retrouvé les bras de la Vénus de Milo, et, si elle n'a pas dérobé à la déesse ses seins hardis et ronds comme deux coupes, c'a été tout simplement de peur qu'ils ne fissent double emploi avec les crâneries harmonieuses qui saillissent sous le surcoi de velours cerise du page-diablotin.
■n Dans leur collant de soie gris perle, ses jambes rap" pellent celles du jeune homme pantalonné de rouge qui casse sur son genou la baguette symbolique sur la
CKLliSriNK GALLI-MMMI, M
toile de Raphaël, le Mariage de la Vierge.Là passion jaillit de ses yeux en Hèches magnétiques. Ses traits, coupés pour l'expression des grands sentiments héroïques, sont éclairés d'un sourire tout féminin, qui en tempère la robustesse virile.
» Sa chevelure est noire comme un morceau de houille. Elle porte le nez haut et redresse la tête avec la bravoure d'un cheval de race. Je ne saurais reprendre en elle que la tournure et les attitudes: elle martèle sa marche d'une façon mécanique dont toute sa personne ressent le contre-coup, et son corps, presque toujours rejeté en arrière, casse disgracieusement, en les tordant outre mesure, les lignes nobles de sa plastique.
» Douéed'une organisation musicale exceptionnelle, comédienne hors ligne, pianiste de talent, l'artiste qui nous occupe est encore, à ses moments perdus, une pinturlureiise amateur qui a signé quelques croûtes d'un bon style... »
Plus tard M. Albert Vizentini a écrit dans l'Eclair :
« Tout dans le jeu de madame Galli-Marié trahit le peintre, le dessinateur. Sa recherche de la ligne, de la couleur est évidente ; chaque pose, chaque geste est réfléchi, scruté, travaillé; e.'le n'étudie pas un rôle, elle le fouille. Excellant dans ces physionomies de caractère qui brillent assez au second rang pour éclipser le premier, elle porte le costume comme elle soutient le personnage, avec une originalité consciencieuse : jusqu'à sa façon de se mettre à genoux qui ne change pas ; aussi fait-elle le désespoir des camarades journaliers. Les
sautillements de Vendredi, l'abandon de Mignon, le bras de Picinina passé derrière sa tête, sont à l'appui de mon dire. S'impatientant facilement et se calmant de même, surtout aux répétitions où elle n'a pas trouvé a la couleur voulue «, madame Galli est très-gamine au foyer, rit, plaisante et commet des calembours que ne renierait pas monsieur son papa. Le caractère de la femme est tout entier dans le contraste que j'esquissais tout à rheure. Ainsi, elle quittera une soirée agréable, une causerie quelconque pour aller, de dix heures à minuit, se promener dans un bois, cueillir des violettes, ou chercher des vers luisants, près d'un clair ruisseau. En dehors du théâtre elle adore sa petite fille, la musique et le dessin.
» D'ailleurs, vit retirée au boulevard deClichy et ne sort que très-rarement. Comme petite manie de théâtre se préoccupe beaucoup du cheveu, et quel que soit son costume, a toujours un petit peigne de poche pour se rarranger en sortant de scène.
» Détails intimes : des toilettes très-simples, des fleurs à tous ses chapeaux, et une bague en brillant à laquelle elle tient tellement, qu'elle donne un coup de ciseau à son gant pour bien la laisser passer. -■>
Autres détails non moins intimes :
A des talons de vingt-cinq centimètres à ses bottines et porte un pince-nez en toute saison. Plus myope que Jouvin, Marc Fournier et Paul Foucher réunis. Un soir, au foyer de l'Opéra-Comique, elle se dirige vers un fauteuil occupé par Ponchardj et se dispose à s'y installer :
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— l^icncz i;arde, madame^ s'ccric le chanteur^ vous allez vous asseoir sur moi.
— Fichtre! fait madame Galli-Maric, en se reculant vivement, je n'ai pas envie d'être empalée !
Vint de Lyon avec Neuville fils, son excamnrade au théâtre des Gelestins.
Jolis yeux, bouche fine et fine bouclic, — une taille sans déformation, ainsi que dit l'enseigne de certain photographe du portrait de Suzanne Lagier.
Ingénue — jadis — au théâtre, coquette au foyer, aimable à la ville.
A toujours une rose dans les cheveux depuis quon lui a affirmé qu'elle ressemblait à un pastel de Latour.
Un appartement doré du haut en bas, — une voiture, — deux chevaux.