LIA FÉLIX
Une famille qui n'a pas volé son nom^ ces Félix !
Entendons-nous : je ne parle point des mâles.
Rachel, Rebecca, Dinab^ Lia !...
L'immortalité et la mort nous en ont pris deux, — la Tisbe, laCatarina à'Angelo!
Celles qui restent personnifient dans un double talent le masque antique qui rit par un côté et pleure par l'autre.
M. Paul de Saint-Victor a consacré à mademoiselle Lia Félix bon nombre de ses pyrotechnies.
Un jour, en parcourant un feuilleton de ce Ruggieri de la Presse i madame L... s'écria :
— Ah I par exemple, c'est trop fort î Qu'il lui trouve I, 5
du mérite, je ne m'y oppose pas; mais des... épaules, je l'en détie !...
— Que voulez-vouSj ma chère? tit la petite D..., qui écoutait, on prône toujours le saint quon adore.
Mademoiselle Lia Félix s'est révélée à la Porte-Saint- Martin, en i85o, dans Toussaint Louverture, dans Claudie et dans la Poissarde.
A la Gaîté, elle a créé \z Fille du paysan, le Château de Pontalec, la Maison du Baigneur, le Marquis caporal, \q. Mousquetaire du Roi, les Trei:{e, etc., etc., etc.
Elle a le do;i des larmes; elle en verse et en fait répandre, en dépit du paradoxe de Diderot sur le comédien, où il est avancé que, pour faire éprouver, il ne faut rien sentir. Jamais sensibilité plus communicative n'a soulevé les baleines d'un corset.
M. Raphaël Félix disait à un de nos confrères :
— Vous voyez cette bague?
— Oui.
— Cest un cadeau de feu la reine de Prusse à notre chère et regrettée Rachel.
— Ah!
Ici, un pleur imaginaire.
— Pauvre sœur! Quelle perte pour la France! Deuxième pleur non moins apocryphe que le premier.
— La mémoire de ses bienfaits vivra éternellement dans nos cœurs !...
Troisième pleur aussi fantastique que les deux autres.
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— Tenez, cette bague, c'est un souvenir — de gloire et de famille...
La Dhuis de pleurs se change en une Seine de sanglots.
— Elle a coûte cinquante louis, cette bague... Eh bien, là, vrai, foi de négociant, je la céJerais volontiers pour quarante-cinq.
On prétend que mademoiselle Lia apporte dans son intérieur ces habitudes commerciales.
Son babj' — qui avait cinq ans à peine — rencontre Luguet dans les coulisses de la Portc-Saint-Mariin pendant une représentation de la Voie sacrée.
Luguet, qui jouait un sergent de zouaves, s'était grimé le front d'une énorme balafre.
— Qui est-ce qui l'a lait ca sur la figure ? demande l'enfant.
— Les Autrichiens à Palestro. Tu ne les connais pas. n'est-ce pas, les Autrichiens?
— Les Autrichiens!... Oh ! si fait : ils ont monté de cent sous ce soir à la Bourse.