J U L I A BARON
— FOLIES- DKAMATIQUES —
On lit dans la Veilleuse du] samedi 12 décembre dernier :
« C'est l'ange des costumes courts, la providence des directeurs en mal d'exhibitions plastiques. Quand la Porte-Saint-Martin reprendra la Biche an Bois ;on la redemande déjà), Julia n'a qu'à se présenter au directeur, je suis sûr qu'on rengagera ses jambes. A dire vrai, elles n'ont pas eu trop mauvais air à côté des jambes de Delval, ces merveilles ! et c'est un grand point. Delval a plus de modelé, Julia plus de finesse dans les attaches. C'est l'avis des experts qui ont scrupuleusement examine les deux produits. Et le public a ratifié leur jugement. Ces quatre tibias ont long-
temps soutenu h théâtre. Ils ont tenu en échec le spectre menaçant du concordat.
T) Julia ne pouvait échapper à sa destinée. Il était écrit qu'elle prêterait la complicité Je son torse ou de sa voix aux deux insanités les plus fructueuses du théâtre contemporain. La Biche an Bois est morte, vive l'Œil crevé ! Nous devons constatera ce moment, en critique impartial, une modification remarquable dans le talent de mademoiselle Julia Baron. La Biche au Bois avait révélé les jambes de Giroflée. UŒil crevé mit en relief les dents de Fleur de Noblesse.
» A tout momentj à tout propos, soit qu'elle entrai en scène^ soit qu'elle se retirât dans les coulisses, Julia n'avait garde d'oublier les trente-deux quenottes blanches et pointues que lui avait départies la nature et que l'art n'avait point négligées. Et vraiment c'était un spectacle agréable et qui, parfois, consolait des tristesses du libretto. Elles étaient blanches et bien rangées, ces petites dents, et bâties, petits crevés, pour croquer les dots de vos sœurs. Par malheur, le reste n'est pas à l'avenant. Dans cet Œil crevé, cette démence pour laquelle il n'y a pas assez de douches à Charenton, Julia, frappée d'une flèche dans l'œil, venait se planter devant le trou du souffleur et débitait ses doléances dans un déluge de notes fausses. On avait alors tout le loisir d'examiner l'œil qui lui restait. C'était un petit globe vert, relevé sur les coins, papillotant de ci et de là sans expression et sans chaleur. On demandait une seconde flèche qui achevât l'œuvre.
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» Je ne veux pas faillir à mon rôle de justicier. J'ajouterai.'que Fleur de Noblesse ne sait ni [marcher en scène, ni s'asseoir. Ses mouvements sont brusques, saccadés, je dirai presque masculins. Est-ce là ce qui a séduit M. Hervé, auquel elle a du, à ce qu'on rapporte^ son en2a2ement ?
» Julia peut se consoler aisément de mes rigueurs. Ses rêves de jeune tille, ces pieuses effluves qui s'échappent des couches virginales où l'on veille à quinze ans^ ont pris corps et se sont réalisés au gré de ses vœux. Elle possède un hôtel à Neuillv avec écuries et remises. Je sais bien que dans ces écuries p'atfent ou plutôt ne piaffent plus deux bctes étiques qui ne seraient point primées chez l'équarisseur, et que les remises ne contiennent qu'une respectable guimbarde qui a servi, dit-on, au sacre de Chilpéric ; mais l'intérieur de l'hôtel vaut le pesant d'or qu'il a coûté. Cent quatre-vingt mille francs de glaces, à ce que dit la légende, et des bronzes, et des dorures, et des salons vastes et spacieux! De temps en temps, Fleur de Noblesse éprouve le besoin de donner des bals pour rendre un peu de vie aux splendeurs monotones dj son intérieur. Elle invite deux cents amis. Quatre cents danseurs généralement sonnent à sa porte à l'heure dite, sans lettre d'invitation ; mais cela se passe en famille. Us se présentent les uns les autres à Fleur de Noblesse, ébahie; puis, sans autre forme de procès, se précipitent dans le tourbillon du cavalier seul. S'ils sont de bonne humeur, il goûtent le punch, dévorent les gâteaux, et, vers le matin, permettent à la maîtresse de la maison
8o LES JOLIliS ACTRICES DE PARIS
de les tutoyer. Q.ue j'en ai vu de ces bals-lù ! Du reste, chez Fleur de Noblesse, la gaieté la plus bruyante règne sans partage; ses invités peuvent à leur guise casser les verres ou les vider. Les mauvaises langues prétendent que Julia prélève sur eux une taxe dont la nature varie suivant ses besoins d'organisatrice de la petite fête. Celui-ci doit passer chez Potel, cet autre chez Guerre ; un troisième enverra le Champagne, et ainsi de suite : ce n'est plus un bal, c'est un piquenique.
» Tout cela n'est point de Tart pur, et nous voilà bien loin de Rachel. Et dire pourtant que Julia pouvait faire quelque chose! Mieux dirigée, elle serait devenue, avec du travail, une bonne seconde étoile au théâtre intermittent de Pont-à-Mousson. »
— PAL AI s- ROY AL —
Unana, plus vieux que mademoiselle Boisgonthier, raconte qu'un bourgeois et son fils ayant été présentes à Franklin, le père, au sortir de l'entrevue, administra à sa progéniture un souftiet magistral et retentissant...
Et comme l'enfant Jetait les hauts cris :
— Mon tils, prononça gravement le cockney, je vous ai infligé cette brutalité afin que vous conserviez éternellement la mémoire du jour où vous avez contemplé Tinventeur du paratonnerre — et des États-Unis.
Je n'oublierai jamais le soir où j'ai aperçu mademoiselle Lovely pour la première fois.
Ce soir-là, M. Harmant m'asséna sur le crâne les cinq actes de Philidor le Comédie», — une pièce à tuer un bœuf.
Mademoiselle Lovely succédait — à la Gaite — à cette actrice de quinze onces qui répond au nom d'Adorcy et qui s'est démenée à squelette perdu à l'Ambigu, aux Folies-Dramatiques, à la Porte-Saint- Martin...
Celle-ci écrivait sous chaque trait de ses rôles une basse d'intentions qui en doublait la valeur et en exagérait la portée.
— Où prend-elle tout le sel qu'elle met dans le dialogue ? s'écria un spectateur en l'applaudissant.
— Dame! repartit un voisin en lorgnant les épaules de la fillette, ce ne sont pas les salières qui lui manquent.
Mademoiselle Lovely n'a pas — heureusement — de bouts de table au bout des bras.
C'est une brunette qui m'a toujours paru dodue — suffisamment.
On annonce pourtant qu'elle vient de partir pour Menton à l'effet de rétablir sa poitrine com^ro;n/^e...
Par qui ?
LOUISE PERIGA