NAPOLÉON
On craignait sa jeunesse, lorsqu'il fut question de le placer à la tête de Tarmée d'Italie.
« Qu'on me laisse faire ! aurait-il dit, ceux qui me trouvent trop jeune reconnaîtront bien vite leur erreur, car^ -dans six mois, j'aurai Milan. •
On lui présente le baron VoHant.
« Voilant ! Un beau nom pour un commissaire ordonnateur. »
La plaisanterie était mauvaise, & le baron Voilant ne pouvait en rire que de mauvaise grâce. Il se contente de se retrancher derrière les deux L de son nom.
(34) a Deux L! raison de plus^ continue impitoyablement Napoléon. — Avec deux ailes, on n'en vole que mieux ! »
On lui prête une intention dans les choix de certains fonctionnaires dont les noms cadraient avec leurs charges^ tels que Lannesj colonel général des Suisses & Grisons; — Gardanne, gouverneur des pages, — Bigot de Préameneu, ministre des cultes ; — • Jean Bon, préfet de Mayence ; — Perrin, duc de Bellune, — Etant simple soldat, ce dernier avait reçu de ses camarades le sobriquet de BeausoleiL
Lorsque l'Empereur fit duc de Dantzick le maréchal Lefebvre, il voulut que l'huissier de son cabinet annonçât le premier ce titre au nouveau dignitaire. Tout surpris de s'entendre ainsi nommer, Lefebvre s'ar-
rête en interrogeant du regard l'Empereur, qui lui tend la main en disant :
« C'est bien de vous qu'il s'agit.
Quand je fais un duc, ce n'est pas un comte. »
En une autre occasion, Napoléon commit un calembour sans le vouloir. Lors de la discussion du Code civil au Conseil d'Etat, on en était arrivé à la question de savoir comment une femme, ayant abandonné le domicile conjugal, pourrait être contrtûnte d'y rentrer. Le grave & savant Merlin était le premier à donner son avis.
« D'abord, dit-il, on la sommera.
— Comment! reprit l'Empereur; mais nous ne plaisantons pas ici; discutons serieusement.
— Je ne plaisante en aucune manière.
>- Vous ne plaisante2 pas ! Et , quand
on l'aura assommée, on sera bien avancé. »
A ce mot, rien ne put arrêter Thilarité du conseil que TEmpereur ne tarda point à partager lui-mèms. La gaieté fut telle qu'il y eut nécessité de renvoyer la discussion au lendemain.
 plusieurs versions connues de ce fait, j*ai préféré celle du comte Real comme la plus sûre. On la retrouve dans le tome I*' de ses Indiscrétions,