UN SUICIDÉ
On a peine à croire que le calembour et le suicide aient jamais pu marcher de front.
Cet accouplement monstrueux a cependant eu lieu. La preuve n'en est pas éloignée; elle remonte aux journaux de i865, dans
lesquels chacun a pu lire ce fait-divers :
« Le sieur Gracnmont, employé à un bateau remorqueur, aperçut, avant-hier matin, des habits d*homme déposés sur la berge du canal Saint-Martin, non loin du bassin de la Villette. Un bout de papier, fixé à l'aide d'une épingle au parement d'un habit, attira , tout d*abord son attention : il le détacha, et lut le quatrain suivant, dé|à fort connu, qui avait été grossièrement copié au crayon :
Oriad nink Mftrklii, par ton etnal,
Au ciel obtiendrai'jo une place ?
Puisque pour m*y rendre /ë passe
Far tOti éafiah •
« Les sergents de ville, prévenus de cette découverte, crurent à une mystification.
Néanmoins, on fouilla dans le canal, et on ne tarda pas à trouver le cadavre d'un individu qui a été reconnu pour être celui d'un nommé Lefoy, demeurant rue Popincourt.
Apres les constatations légales, il a été porté à la Morgue. »