LE DRAME DU 30 JUILLET
« Cest un malheur que le ^ Galilée ait mis tant de hâte à débarquer ces soixante héros qui ont traversé la plage. »
A. RiBOT.
(Discours prononcé à la Chambre des députés, le 12 novembre 1907.)
Témoin direct de la plus grande part des faits qui font la matière de ce livre, j'apporte ici la relation authentique de TafFaire de Casablanca.
Elle est complète, et je Taffirme exacte. Tous les événements essentiels en ont été soumis à un contrôle rigoureux. Et si quelque erreur est relevée dans ce long récit, ce sera sur un détail secondaire et négligeable ; le témoignage humain est sujet à s'abuser soi-même, et je prie que Ton tienne compte de ce qu'il comporte d'incertitude. Mais il y aurait de l'imprudence, à essayer, en me reprenant sur l'un
DE
CASABLANCA
liberté, en les encourageant dans leur résistance à de nécessaires réformes, ils leur ont donné à penser que, tout désormais leur étant permis, ils trouveraient à côté d'eux, contre toute action française, la protection allemande. Ceci n'est pas à nier, et, dégagée de cet élémient, l'agitation qui présentement secoue tout le Maroc serait incompréhensible.
Convenablement préparées, les tribus de la Çhaouïa, province dont Casablanca est, sinon la capitale, du moins le port et la ville la plus importante, n'eurent pas de peine à se découvrir des raisons précises dé se mettre en mouvement. Ou du moins des caïds intéressés surent à propos les leur sugg-érer. Elles en exprimèrent de deux sortes. D'abord il leur déplut que le contrôle de la douane de Casablanca fût exercé par des fonctionnaires français. Le Sultan n'était-il pas maître chez lui? Est-ce que les chrétiens l'avaient acheté ? Ou bien le chassaient-ils de son propre empire?... Ainsi parlaient les exaltés.
Protestation un peu moins spontanée qu'il ne semble. Quand un inspecteur français surveille la douane, la douane est consciencieuse et stricte ; entre les mains d'un indigène, elle devient intermittente et paresseuse, car la main de l'indigène est toujours ouverte à certains raisonnements. Par la grâce des « oumanas » de la douane, des arrivages bénéficiaient clandestinement de détaxes exorbitantes, qui allaient