‹ Les journées de CasablancaChapitre 41 sur 139 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

pillage font un sol artificiel, glissant et mou, que bordent des cases dévastées qui furent les humbles boutiques de pauvres marchands, dans ces régions du désordre et de la désolation, où la fumée d'un incendie finissant ajoute, par endroits, du tragique, et qui, hier encore, image d'une Pompéi dénuée du prestige du temps, semblaient le sombre domaine du silence et de la mort, je rencontre aujourd'hui, de place en place, un être humain, accroupi au bas d'un mur, ou bien qui s'avance avec timidité, et salue, de loin, un Européen qui vient.

Le calme qui enveloppe à présent la ville commence de rassurer ceux qui se terraient au fond de leurs logis. Quelques-uns aussi, qui, dès le début des troubles, avaient fui dans les campagnes, rentrent par groupes de deux ou trois, pour aller gémir désespérément sur ce qu'il reste de leurs habitations.

C'est par eux que l'on a des lueurs sur ce qui se passe aux camps marocains, que l*on connaît les palabres qui s'y tiennent, que Ion a appris, par exemple, qu'une vaste assemblée doit se tenir, aujourd'hui même, pour contraindre les tribus, fût-ce par la force, à se ruer sur nos soldats, que l'on sait enfin que les gens de la Chaouïa nous narguent. « Ils font les forts, ces chiens de Français, parce que les protègent les canons de leurs diaboliques « frégates ». Mais qu'ils sortent donc

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de leurs abris, qu'ils viennent sur nos terres, qu'ils osent se mesurer à nous, visage contre visage!... Ils ne l'oseront pas, et vous les verrez qui trembleront de quitter la côte protectrice! »

Ainsi, par des paroles, le Marocain prend sa revanche de nos obus.

Parmi les décomlnnes et dans fe ptenùer

désordre d'une occupation à coups de canon et de baïonnette, un coin charmant est la maison du docteur Merle. C'est un des rares logis où, en ces jours dramatiques, il soit possible de goûter de la quiétude. C'est son hôte qui l'y distribue. Cet homme brave, qui accomplit son devoir avec tant de simplicité, ce médecin paradoxal, venu ici de Chalon-sur-Saône, il y a trois ans, avec sa femme et son enfant, pour soigner chaque matin les indigènes du dispensaire installé par la France, est aussi un compagnon jovial, qui a les joues roses et jeunes, des lèvres qui rient, et, sous son lorgnon, de grands yeux gris étonnés.

A lui seul, il est une providence. La maison qu'il habite, appuyée à la muraille même de la ville, qui n'a que quelques mètres de hauteur, regarde la mer, et, pour y parvenir, il faut s'engager dans une sorte d'impasse étroite, fermée par une grille et protégée par le voisi-

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