AOUT
nage du consulat de France. Elle n'a donc pas eu la visite des pillards, et le docteur Merle a conservé ses meubles, des lits, de la vaisselle, des serviettes. Rare fortune. Mais il n'entend pas en jouir seul, et, sa famille étant à Tanger, oii il la conduisit dès le premier jour, sa maison, depuis une semaine, est en vérité la inat-
son de France.
J'ai déjà noté qu'elle abrite le consul, chassé de chez lui par l'ouragan des défenseurs. Mais ce jour-ci est le dernier de son confortable exil. M. Malpertuy a fait laver, frotter, gratter, cirer son consulat du haut en bas. Il a rassemblé ses meubles épars, soigné et consolidé les infirmes, rappelé son pauvre piano en faction derrière la porte du jardin, raccroché aux murs de vieilles poteries mai-ocaines, reprises à l'ambulance où les infirmiers les trouvaient tout à fait convenables à la préparation des pansements, et, dans ce logis lessivé et récuré, il se réinstalle demain.
. C^est au consulat que la « popote » va se continuer, car si le docteur Merle fournit le logement, les officiers qu'il accueille à sa table contribuent à la chère et envoient toucher à l'intendance des bons de vivres- et de boisson. Que mangeraient-ils sans la tutélaire intendance ? Leur hôte n'a pas le pouvoir de susciter des poulets ou d'improviser des gigots de mouton. Or ces viandes précieuses manquent à Casablanca. On y attend chaque jour qu'un
i6o LES JOURNEES DE CASABLANCA
vapeur de commerce, venu de Tanger, apporte des provisions, fût-ce des boîtes de conserves. Mais le vapeur ne paraît pas, et, dans cette disette, la cuisine des hôtels est quelque chose de bien singulier. Intendance, prestigieuse intendance, débonnaires et magnifiques « rizpain-sel », que d'excuses ne vous devons-nous point P9ur nos railleries passées, et combien de dactyles et de spondées nous faudra-til produire pour chanter décemment votre louange ?
Un marin de la Gloire est le cuisinier de la ce popote » ; un autre fait le maître d'hôtel : tous deux sont les ordonnances d'officiers à terre. Le docteur était servi par une juive.
Mais, au premier massacre, la juive s'est terrée. La paix revenue, on s'est mis à sa recherche, et on Ta découverte au fond d'un réduit sombfe. La tirer de là? Illusion. Elle tremble éperdûment, et montre des yeux hagards à la lumière du jour. Comment la persuadera-t-on jamais que les Mediouna ont été chassés de la ville, que les Français l'occupent, que nos soldats sont ici pour la protéger, elle et toutes les victimes ? Il faudra des jours pour que cette croyance entre dans son cerveau et que la confiance y refleurisse. Pauvres gens ! Les uns ont été massacrés, les autres emmenés sous les tentes : de ceci ou de cela, quel est le pire malheur? Tous sont ruinés, même ceux qui n'avaient rien, car ils ont