AOUT
un palais, que Ton annonce, depuis des mois, qu'il y doit venir faire un séjour, qu'il s'y rendra sans nul doute, sous peine de se voir confisquer son empire par son frère Mouley- Hafid, enfin que Ton cherche quelle ville, sinon celle-là, pourra donner des garanties au souverain, à ses oncles, à ses serviteurs.
Cependant il faut que ce fonctionnaire avunculaire fasse appel au roumi détesté, et pourquoi? Pour l'entreprise que le fils de Tislam est habituellement le plus jaloux de lui cacher: pour déménager un harem ! . . .
Vives alertes, la nuit dernière, à Toccident. Pour la troisième fois, les Marocains avaient fait, dans la muraille d'enceinte, un trou, déjà bouché à deux reprises, et par lequel ils se proposaient de pénétrer dans la ville, soit pour y établir une communication avec les gens du dehors, soit pour y venir quérir des objets précédemment pillés et déposés en des cachettes. Ils étaient une soixantaine, mais naïfs comme deux cents, car une lune éclatante baignait alors les campagnes et les éclaira, quand ils se présentèrent, à dix heures, comme s'ils se fussent avancés sous le soleil de midi. Précédés de fanfares, ils ne se fussent pas signalés avec plus d'ostentation.
Un poste de trente-cinq tirailleurs, établi à cet endroit, et bien à Tabri derrière le mur, les reçoit congrûment, à trente mètres, par des décharges nourries. Ils laissent des morts, se dispersent, fuient, disparaissent.
Trois heures plus tard, les malins se disent : <( A cette heure de nuit, les honnêtes gens dorment. Ces Français nous croient tous occis. C'est le moment de réussir. » Ils reviennent, toujours sous la lune. Même jeu, aggravé, cette fois, d'une charge à la baïonnette de nos tirailleurs.
Et, toutes les nuits, la même histoire recommence, plus ou moins variée, plus ou moins nourrie. Mais ceci donne une idée de la candeur de ces simples.
En dînant, nous parlons des opérations militaires — car de quoi parlerait-on? Chacun raconte ce qu'il sait, ce qu'il a vu. On vante la bravoure de nos adversaires. On discute sur la tactique d'immobilité du corps d'occupation. Les uns la regrettent ; les autres affirment que le général a raison de ne vouloir rien risquer avec ses faibles effectifs.
Un de ses officiers les plus brillants et les plus hardis, et qui a fait ses preuves, nous dit tout à coup :
— Donnez-moi deux mille cavaliers maro-