‹ Les journées de CasablancaChapitre 59 sur 139 · AOUl · texte numérisé non relu

AOUl

sidèrent tristement les pastèques allongées et les raisins jaunes... Voilà, dans Casablanca, les premières lueurs de la vie. Et voilà, avec la vie, l'appareil social qui se réinstalle. On était des naufragés, que le péril et le besoin rendent [égaux. Le commerce revient. Il y a des riches et des pauvres...

Ce soir, un marchand qui, dans une boutique abandonnée, a placé des bouteilles sur des rayons, et s'est procuré des tables et des chaises, inaugure dans une rue sombre une terrasse de café. C'est le second de Casablanca. Le premier, ouvert il y a trois jours^ est espagnol. Sur le pavé, on a tiré tout à l'heure un piano, et soudain la Marseillaise retentit.

C'est la première fois qu'on l'entend à Casablanca. Un marché, deux cafés, un piano et \dL Marseillaise..', Oui, oui, les mauvais jours sont finis, et il n'y a plus qu'à vivre et qu'à rire.

... Pan ! pan ! On tire du côté des remparts. Qui sait si l'un des nôtres n'est pas blessé ? Mais une troisième, une quatrième Marseillaise continuent à déferler.

Notez que le premier individu qui, dans la ville morte, ait montré une boutique où l'onvendait quelque chose, ce fut cet Espagnol, quand il ouvrit son café. L'absinthe e^t le véhicule de la civilisation.

2i8 LES JOURNEES DE CASABLANCA

Vendredi 23 août.

L'un des oncles du Sultan, Mouley-el-Amin, est, à Casablanca, depuis le début deTafiFaire, notre hôte et notre protégé. Par loyalisme peut-être, par nécessité certainement, il s'est, dès le premier jour, montré pour nous un allié fidèle. N'oublions pas que la Chaouïa était en révolte contre l'autorité du Sultan, lui refusait l'impôt, n'acceptait plus ses caïds, et que nous sommes, pour ce monarque sans Etats, une providence. Imaginons les embrassements dont Louis XI, roi de l'Ile-de-France, eût étreint l'Anglais, si celui-ci eût amené ses archers contre le Bourguignon rebelle .> Quiconque négligera cette circonstance ne comprendra rien à l'affaire de Casablanca.

Malgré que l'on soit instruit de cette situation, certains faits ne manquent pas cependant de quelque saveur. Celui-ci, par exemple. Ce matin, Mouley-el-Amin, oncle et authentique représentant de Sa Majesté Chérifienne, a fait demander au consul, M. Malpertuy, s'il ne serait pas possible d'envoyer à Rabat un vaisseau de guerre afin d'y embarquer sa famille, c'està-dire ses femmes et ses enfants, qu'il juge n'y être pas en sûreté.

Observons que Rabat, voisine de la ville sainte de Salé, participe quelque peu de la sanctification de celle-ci, que le Sultan y a

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