‹ Les journées de CasablancaChapitre 62 sur 139 · AODl · texte numérisé non relu

AODl

— Quoi de nouveau ?... Quand noUwS allons en expédition ?

Son compagnon est grand et mince. 11 a le teint pâle et les yeux bleus, une distinction aisée, une souple élégance, un air de jeunesse, d'audace et de sérieux à la fois. A certains jours, il porte une jaquette grise bien coupée. D'autres fois, il a une culotte de cheval en peau havane, des jambières de cuir, une ceinture de soie rouge bottante, une chemise de flanelle, une jumelle en sautoir, un large chapeau de feutre, et, de la poche droite de son pantalon, émerge la vaste crosse d'un terrible pistolet.

Comme Tautre, il essaye de secouer un présent qu'il juge maussade et plat, et, vivant dans l'espérance d'un lendemain fiévreux, son premier mot est :

— Eh bien !• qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?

Ce sont deux Anglais. Le jeune homme en culotte de cuir est M. Bartlett, et représente V Agence Reuter. Son camarade est M. Hands, venu ici pour le Daily Mail. La guerre et l'aventure sont leur passion. M. Hands a reçu en Mandchourie deux balles. Pendant ce.temps, M. Bartlett subissait, dans Port-Arthur, le siège fameux, sur lequel il a publié ensuite un gros livre de cinq cents pages.

Tous deux sont des publicistes distingués.

Mais ils ne sont venus à Casablanca que pour

s'y battre, et ils -attendent sans patience le signal des héroïques randonnées et des terribles combats, dont ils veulent leur part. Nous avons ensemble de grandes controverses. Ils exigent de moi que je leur désigne ^ans délai la date où le général Drude partira pour la conquête de Fez. Et, comme j'essaye de les convaincre qu'il n'est pas question pour la France d'annexer Ife Maroc, ils sourient d'un air entendu. J'ai, eu hier la témérité de leur opposer la convention d'Algésiras. M. Hands a levé le doigt au ciel et m'a arrêté :

— Oh ! cela, c'est de la politique... Je ne comprends pas la politique. Et je crois aussi que personne ne comprend. . . Vous non plus, je pense... Mais je comprends bien la guerre, et, ici, c'est la guerre.

Puis, ayant abaissé son doigt, il frappait doucement le sol de sa canne. M. B^rtlett est spirituel et mordant ; M. Hands pratique l'humour à la façon d'un Mark Twain ; mais tous deux ne seront heureux véritablement que si on leur donne du Marocain. Ils aiment la guerre comme les chasseurs la chasse. Les mêmes passions servent l'une et l'autre ; mais, au jeu, le guerrier, du moins, risque sa vie.

Spécimen des histoires auxquelles se laisse prendre la crédulité des Arabes.

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