AOUT
ici même que caracolaient nos gens des tribus. Nous les avons donc déjà poussés de deux kilomètres.
Ces lieux sont pleins des témoignages de leur défaite. Des trous profonds indiquent les points de chute des obus de la Gloire. Des chevaux éventrés, dont les boyaux coulent, et dont on voit, figées dans la mort, les hennissantes grimaces de douleur, gisent, les sabots en Tair, et dégagent alentour une odeur terrible de pestilence, qui fait reculer de dégoût jusqu'à ma mule. J'en ai compté six dans un espace de cinq cents mètres carrés.
L'un d'eux portait sur son ventre un indifférent corbeau qui picorait ses entrailles. Un second corbeau, hiératique et dominateur, méditait, perché à l'extrémité d'une jambe de derrière, raidie et pointée vers le ciel.
Pas un seul corps humain. Les Marocains emportent leurs cadavres, et c'est pour nous, chaque jour, un sujet d'étonnement et d'admiration, que le tranquille courage avec lequel ils les viennent relever sous nos balles et nos obus. Personne n'ignore qu'après leur mort, le Prophète, attentif, les fait entrer au paradis en les soulevant par la touffe de cheveux que tout musulman laisse pousser au milieu de son crâne ras. Mais comment entreraient-ils au paradis, si leur corps n'est pas intact ? Aussi % appréhendent-ils, par-dessus toute chose, que leur tête ne soit coupée, et c'est en effet le
tour qu'ils se jouent dans leurs batailles intestines. Ils nous attribuent les mêmes façons, et font en sorte que pas une tresse ne manque à la main bienveillante du Prophète.
Hier, début des goumiers, qui, d'emblée, se sont révélés. Quand ils sont rentrés au camp, vers cinq heures,' avec la colonne envoyée en reconnaissance après déjeuner, on les a vus poussant devant eux huit ânes et deux mulets, razziés dans quelque ferme, plus deux prisonniers attrapés dans un champ. Ah ! voilà des gaillards qui ne perdent pas leur temps, et pour qui une campagne est aussi une opération lucrative ! . . . Ces poètes du désert sont les positivistes de la guerre.
Mercredi 28 août.
Dur combat aujourd'hui, le plus important et le plus grave que nous ayons livré jusqu'ici. Il est encore remarquable en ceci, que les Marocains l'ont voulu, cherché, préparé, et que nous nous sommes gentiment laissé prendre à leur subtile manœuvre.
Une petite colonne avait été formée, comme chaque jour, pour explorer les environs. A deux kilomètres du camp, elle découvre à' longue distance de petits groupements. Elle