SEPTEMBRE
fois, en voie de se réaliser. Un certain Maaïzi, cheikh de la tribu des Chtouka, lui a écrit en vue de Tinformer que les tribus, décimées, sont à bout d'efforts et demandent la paix. A quoi le consul, réfrénant les manifestations de son allégresse, a sagement répondu qu'il ne consentirait à causer qu'avec des délégués authentiques de chaque tribu. Rendez-vous avait été pris ce matin au consulat. La délégation n'y a point paru, et les fronts se rembrunissent.
Elle n'y paraîtra point, voilà qui est ceriain pour moi, et j'en ai fait hier le pari. Le gain le plus assuré de la merveilleuse combinaison du Maaïzi aura été d'immobiliser pendant deux jours nos soldats, car le général Drude, afin de ménager sans doute « l'élément civil », a eu la bonne grâce de consentir une sorte d'armistice de quarante-huit heures. Si les Marocains ne parviennent pas à nous faire reculer dans les combats, ils réussissent assez bien, on le voit, à nous faire toucher les épaules dans les feintes de la diplomatie, et cette aventure n'illustrera pas les fastes de Casablanca.
Si pressé que l'on soit, ainsi qu'il paraît, de faire- la paix ou quelque chose qui y ressemble, ne pouvait-on, du moins, prendre le temps de réfléchir, et, sur les seules œuvres de la diplomatie^ la logique est-elle sans prise? Cette tribu des Chtouka, à laquelle appartient le
Maaïzi, est Tune des plus faibles et les plus négligeables de la Chaouïa. Elle se compose de pauvres diables fort peu guerriers, qui ne songent qu'à vendre le charbon de bois dont ils sont grands 'producteurs, leurs poules et leurs œufs, et la guerre actuelle a ruiné leur commerce. Leur désir le plus certain est de reprendre en paix les relations avec Casablanca et d'y pouvoir amener des marchandises sans dommage. Qui les en blâmera?... Mais quoi! Maaïzi n'est même pas le caïd des Chtouka ; il y est cheikh, c'est-à-dire seigneur de deuxième catégorie, et, si bien intentionné qu'il puisse se montrer, ce ne sont pas des guerriers de bonne humeur ou des commerçants débonnaires que nous pouvons rechercher à présent comme interlocuteurs ; ce sont, s'il leur convient, des personnages qualifiés de tribus notoires et capables de traiter en leur nom.
Il ne s'agit pas, dans la controverse qui s'est élevée entre nous et ces messieurs de la Chaouïa, de taxer le prix du stère de charbon ou du quarteron d'œufs de poule, mais de quelque chose de plus important, à savoir s'il sera permis aux Européens de faire en paix le commerce aux côtes marocaines. Sur cette question , nous ne pouvons discuter qu'avec des gens autorisés à le faire, et nous n'avons pas de temps à perdre aux palabres dilatoires du charbonnier du coin. Le prin-