‹ Les journées de CasablancaChapitre 96 sur 139 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

l'histoire des parures qui la déforment, et le n'être point crus. Résignons-nous à cette mauvaise chance. Le témoignage impassible le la vérité n'a de prix que pour des âmes exceptionnelles. L'orgueil humain, le goût de L'autorité veulent des faits qui se plient aux volontés, aux passions, aux intérêts, et, pour la foule ignorante, frivole et serve, l'infini de l'illusion et du mensonge a des attraits que ne possède point le vrai, austère et limité. Mais il n'importe pas à qui n'a d'autre souci que d'être véridique : celui-là n'attend rien des hommes, et nul hommage ne peut balancer à ses yeux celui qu'il se rend à soi-même. Une légende commençait d'envelopper ce nom de Taddert. Obsédant les esprits, il exprimait Tespoir des amoureux d'aventure, le rêve des batailleurs, et, autour de lui, se dessinait la première trame des critiques inspirées à des juges sévères contre la stratégie du général, jugée par eux trop hésitante. Le général ne demeurait pas indifférent à la grandissante rumeur qui déjà montait vers lui, et voilà pourquoi, avant-hier, dans un accès d'impatience, dont j'ai eu la discrétion de ne point ïioter.tous les termes, il me parlait du « petit Complot » et des « histoires » qu'il sentait tt rôder autour de lui ». Qu'il se rende du ^oins ce témoignage d'avoir agi avec discernement et prudence, et de n'être pour rien ians la naissante « légende » de Taddert. Mais

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comment retenir la langue de militaires à qui un chef circonspect n'offre pas toutes les occasions qu'ils ont souhaitées de se manifester dans l'action, ou réfréner les critiques de civils de qui la hardiesse des. conceptions se mesure à Tirresponsabilité de fait?

L'opération de Taddert, au début estimée assez simple, avait semblé devoir être la première entreprise du nettoyage méthodique et total de la Chaouïa. Quand on en aperçut les difficultés, elle s'enfla dans les esprits, et apparut alors comme la conclusion d'une première série de mesures militaires et le point final d'une phase de la guerre. Comme elle tardait encore, et qu'en même temps s'attestait sans équivoque le dessein gouvernemental d'en finir au plus tôt avec l'affaire de Casablanca et d'en réduire les risques avec l'éclat, on voulut y voir l'aboutissement d'une campagne guerrière, l'effort dernier à la suite i^duquel il y aurait à dire si l'on entendait borner là les opérations ou poursuivre ses avantages.

A ces trois périodes, on se trompa.

ïaddert n'est ni une ville ni un villag'e, pa même un douar, ni une agglomération d'ui caractère permanent. ïaddert n'était rien d'au tre hier, et ne demeure, qu'une expression gép graphique, un « lieudit», selon le vocable d actes notariés, où, non loin de trois marabou qui dressent dans la campagne leurs co pôles blanche^, les tribus levées pour la chas

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