SEPTEMBRE
aux roumis ont établi un campement. Mais ce campement était une formation essentiellement guerrière et provisoire, où les combattants n'avaient amené que l'indispensable de leur vie errante, et dont la destruction n'équivaut point pour eux à la ruine que serait Vincendie de leurs villages. Battre les Marocains à ïaddert, ou les battre, ainsi que nous le faisons chaque jour, sur les crêtes, sont deux opérations presque pareilles. Car ce camp où ils se reposent n'est même pas le seul où se tiennent leurs assemblées : n'ont-ils pas aussi celui de Tit-Mellil? Et d'où vient que Taddert a pris sur les imaginations un crédit que ne possède point celui-ci?
Quoi quHl en soit, nos troupes reviennent de Taddert, et, pour certains, il semble déjà qu'elles aient conquis une part du monde.
C'est d'ailleurs par une heureuse surprise qu'elles y sont allées, et qui me faisait songer tout à l'heure à ce mot que me dit un jour le général Drude : « Moi, j'ai de la veine! » Le brouillard, aujourd'hui, fut sa chance ; imaginez un soleil de flamme dans un ciel bleu, et ce soir, le couscous, sans doute, attendrait encore, sur des feux de braises, aux tentes de Taddert, le retour des cavaliers guerroyant sur les crêtes.
Imprévue, la marche sur Taddert n'en était pas moins préparée. Elle le fut à loisir, de-' puis plusieurs semaines, par Tétude raisonné©
de la carte, par les questions posées aux indigènes amenés chaque jour au camp, par les observations du ballon ; elle le fut surtout par toutes les reconnaissances exécutées depuis un mois autour de Casablanca. A Tépreuve, on a découvert avec étonnement que les difficultés étaient médiocres, que Topération était plus facile et plus simple que ne furent à coup sûr celles du 28 août, du i'^'' et du 3 septembre, que le fait d'armes est nul, et j'aperçois des militaires qui ne s'en font l'aveu qu'avec chagrin. Que ne pensent-ils bien plutôt à s'en targuer ! C'est par l'excellence de leurs travaux antérieurs, que l'opération est devenue aisée. C'est en battant chaque jour, depuis un mois, les Marocains, qu'ils ont amolli leur résistance, discrédité leur force/ brisé l'arme entre leurs mains. Accomplie il y a ç[uinze jours, sous la pression des donneurs de conseils, l'affaire eût pu être meurtrière à nos troupes. Bien loin que l'aisance avec laquelle elle vient de se conclure accuse un excès de temporisation, j'y trouve au contraire la justification d'une tactique. Je tiens du général ce mot : « Plus qu'il n'en faut, et agir à coup sûr, voilà mon principe. » Il songeait alors au nombre d'hommes à mettre en ligne ; mais la formule est bonne aussi pour le nom- .bre de journées nécessaires à l'achèvement d'une entreprise.
Néanmoins, comment douter qu'il ait hésité