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I. Rapports au ministre de la guerre, parle baron Stoffel

laissent plus rien à désirer à notre curiosité, et dont nous devons tirer les plus énergiques motifs d’émulation. Ne nous plaignons pas trop de la rude leçon que nous avons reçue, si nous aussi nous en savons proüter comme la Prusse a profité, il y a soixante ans, de celle qu’elle avait reçue de nous.

Pour cela, croyons et agissons. Croyons à la patrie; ne laissons plus s’éteindre en nous, sous le souffle glacé des systèmes, cette flamme, principe des mêles vertus et de l’héroïsme qui relèvent les peuples. Eux aussi, les philosophes de l’Allemagne, avant léna,. dans la jouissance tranquille de leurs spéculations et de leurs travaux, dans la sérénité de la théorie pure, en étaient arrivés à cette suprême indifférence pour la patrie qui se confond trop souvent avec l’amour de l’humanité. Il régnait dans les sphères philosophiques je ne sais quel cosmopolitisme béat et vague qui ressemblait singulièrement à celui dont nous a réveillés ce coup de foudre. On sait que, la veille encore des grandes épreuves de la race germanique, Herder flétrissait « le patriotisme, indigne de citoyens du monde. » Lessing déclarait aux applaudissements des beaux esprits « qu’il n’avait aucune idée de l’amour de la patrie, et que ce sentiment lui paraissait tout au plus une faiblesse héroïque dont il se passait volontiers. » Schiller s’écriait dans un distique célèbre : « Vous espérez en vain. Allemands, former une nation ; contentez-vous d’être hommes. »

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Fichte lui-mêDie réclamait trois ans à peine avant léna, dans les Traits du temps, contre les prétentions étroites du sentiment national, — Fichte, qui en 1807 adressait à la nation allemande vaincue et dispersée ces Discours où il osait lui annoncer les plus sublimes destins, qui dans les salles de l’université de Berlin, pendant l’occupation française, répandait avec sou ûme dans celle d’un auditoire frémissant les ardeurs de sa philosophie vengeresse. — C’est que toutes les théories humanitaires, si belles dans l’idéal, s’évanouissent comme une vaine fumée quand l’ennemi est là, devant vous, en armes et vainqueur.

Nous avons sous la main les éléments de notre régénération. Le principal de tous, c’est le renouvellement de l’armée. Je ne suis pas de ceux qui accusent de trahison nos généraux vaincus, et jusqu’à preuve du contraire je ne veux pas admettre qu’il puisse y avoir des mains assez criminelles, quand elles ont reçu en dépôt la fortune de la France, pour la laisser volontairement échapper ou la livrer à nos mortels ennemis; mais ce qui est aujourd’hui démontré jusqu’à l’évidence, c’est que le système de nos institutions demande à être complètement refondu dans ses instruments matériels comme dans ses éléments moraux , dans ses méthodes comme dans l’esprit qui l’anime. Le mot du chancelier du Nord nous trace les conditions du salut : « La Prusse est une nation armée contre une nation qui a une armée. » Excellent

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avis qu’il faut mettre à profit non pas seulement aujourd’hui, dans la crise formidable qui nous étreint, mais dans l’avenir, quand nous aurons le loisir de l’organiser. — L’armée tendait à se séparer de nous , elle devenait insensiblement une nation dans la nation ; pis que cela, elle devenait une carrière. Il faut remettre nos institutions militaires en contact avec l’esprit vivant de la France. Le service sous les armes ne doit plus être une fonction pour quelques-uns, il est un devoir pour tous. Non, sans doute nous ne devons pas désarmer : cette belle utopie doit disparaître devant les leçons que nous donne la Prusse, devant l’état fiévreux et inquiet de l’Europe, où l’on s’aperçoit de ce qui manque dès que la France, véritable justicière, n’y fait pas régner l’ordre en imposant aux forts le respect des faibles; mais nous devons armer toute la nation, imposer à la jeunesse dès le collège ce rude apprentissage, la préparer au métier qu’elle fera plus tard. Nous ne détrui-

rons pas les cadres de notre armée, nous y ferons passer à grands flots toujours renouvelés le peuple entier pour le rendre capable non de conquête, mais de résistance à la conquête, pour n’être plus un jour surpris à l’improviste, comme nous l’avons été par des millions de voisins tranquilles, studieux, pacifiques en apparence, levés soudain comme par un coup de baguette magique et se ruant à travers nos bataillons broyés jusqu’au cœur de la France.

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En même temps notre armée renouvelée deviendra, elle aussi, comme l’a été l’armée prussienne après léua, une école de patriotisme. Elle l’est déjà, même dans l’organisation hâtive que les circonstances et le péril public lui ont donnée. N’est-ce donc rien en effet que ce mélange déjà réalisé des divers éléments dont se compose ta nation : la garde nationale, qui représente tout le monde et dont on aurait pu, avec un peu de discipline et quelque autorité, tirer un meilleur parti; la garde mobile, qui représente plus spécialement les jeunes générations tirées des écoles, des ateliers ou des travaux des champs ; l’armée régulière enfin, dont les débris combattent aujourd’hui près d’elle et prendront à ce contact les germes de l’esprit national, qui seul peut soutenir leur dernier élan ? — Cette expérimentation bien que hâtive et tumultueuse, faite dans le danger suprême, cet appel fait aux énergies individuelles le lendemain des catastrophes, cette mission de sauver la France donnée à la France elle-même après la destruction de ses armées, tout cela aura, il faut bien l’espérer, une conséquence du plus haut prix : le rapprochement des classes et des partis sous le même uniforme, dans la rue, sur les remparts, aux tranchées, partout. C’a été un spectacle unique dans l’histoire que de voir ainsi se mêler sur le champ de bataille toutes les conditions, toutes les habitudes, les professions les plus diverses. Les religieux, les prêti’es, ont eu leur large part au péril

L’IDEli DK LA l’ATUIK.

et à ia 5>loire. Personne, même dans les quartiers perdus, n’oserail insulter maintenant à la robe de bure des frères de la doctrine chrétienne , depuis que cetle robe a été trouée par les balles prussiennes sur le plateau de Cbampigny, dans ta plaine du Bourget, sous le drapeau des ambulances. Personne, même parmi les penseurs les plus hostiles, n’oserait révoquer en doute le patriotisme du clergé depuis qu’on a lu l’éloquente lettre de l’évêque d’Orléans quelques jours avant l’invasion de sa ville épiscopale, ou celle de l’évêque d’Angers à ses jeunes séminaristes, leur mettant à la main un fusil et tes poussant à faire leur devoir. — Ainsi tomberont, j’espère, bien des préjugés et des haines, ainsi se préparera l’ère de la vraie liberté, qui ne peut exister que par la tolérance réciproque des opinions et le respect des convictions d’autrui. Tout cela doit amener, si la logique gouverne les choses, une ère de concorde, une paix définitive entre les classes. Quand des habitants de la même ville, étrangers les uns aux autres avant cette dernière épreuve, auront vécu ensemble des 'mêmes privations et dans le même péril, comment serait-il possible qu’un jour la haine politique s’emparât de ces frères d’armes et tournât le fusil de l’un contre la poitrine des autres? La guerre contre l’étranger, soutenue d’un commun accord, aura désarmé à tout jamais la guerre civile. Je veux le croire. Et si cela n’est pas, quel peuple sommes-nous donc? Dans un

des plus tristes jours de la triste histoire que nous traversons, vers le 31 octobre, à l’une de ces heures néfastes où un simple hasaM, un mot mal compris, un geste mal interprété, peuvent amener les plus épouvantables conflits dans les foules inquiètes, enflammées par d’odieux soupçons, je traversais sur la place de l’ Hôtel-de-Ville un de ces groupes qu’un orateur sinistre excitait à voix basse et poussait à l'action. Un ouvrier lui répondait et je recueillis en passant cette bonne parole : « C’est cependant bien dur d’échanger des coups de fusil quand on a passé des jours et des nuits ensemble au rempart. »

Fasse Dieu que cette réconciliation provisoire sous les armes rende possible plus tard l’union des partis dans un seul parti qui sera la nation 1 A ce prix, nous n’aurons pas perdu inutilement ces torrents de sang qui depuis quatre mois coulent sur notre sol envahi ; mais il faut que la foi patriotique l’emporte dans l’âme de la France sur le feu révolutionnaire. Cette distinction est de toute nécessité, et si elle triomphe des confusion^ que l’on voudrait créer entre ces deux sentiments si différents, j’ai bon espoir pour l’avenir de mon pays. Jusqu’à cette heure, c’est la foi patriotique qui heureusement domine. C’est elle qui, de tous les coins de nos malheureuses provinces, appelle sous les mêmes drapeaux la vieille France monarchique et la jeune France républicaine. La foi patriotique accepte provisoirement le gouverne-

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ment nouveau, sans discuter son origine, parce qu’elle sent avant tout le besoin de concorde et d’unité, ne lui demandant qu’une chose, de sauver le pays, et prête à accepter de grand cœur 1a république, si la république nous ramène la victoire. Elle consent, sans penser à se plaindre, à tous les sacrifices de parti pour le bien de la France; elle subordonne toutes les questions qui divisent à celle qui réunit, la question unique, celle de l’honneur national et du salut. Elle lève des armées, elle les organise, elle les jette toujours renouvelées sous l’elTort de l’ennemi étonné; elle inspire les plus pures ardeurs, les plus nobles dévouements, celui des jeunes gens qui vont mourir le front haüt, l’éclair sublime dans les yeux, et celui des hommes politiques dont la gloire est faite depuis longtemps, qui pourraient la mettre en sécurité et comme à l’abri dans un repos que le monde entier honore, et qui n’hésitent pas à jeter leur vieillesse illustre sur tous les grands chemins de l’Europe pour aller plaider la cause de leur patrie et imposer le respect de ses malheurs aux grandes puissances égoïstes, annonçant les justices infaillihles de l’avenir, qui châtiera cette indifférence. Voilà ce que fait la foi patriotique. Le feu révolutionnaire est d’une action moins sûre et d’une inspiration moins haute. Il excite les passions plus que les dévouements; il divise par ses dangereuses ardeurs plus qu’il ne concilie; il recommence éternellement, à des épo-

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ques foi t diiïcronles, la même liisloii'C; il rofait les mêmes discours, il édile les mêmes tirades, il s’épuise en proclamations; il ne déteste pas l’effet IhéiUral. Il installera sur les places publiques des estrades avec tentures et drapeaux pour l^s enrôlements de volontaires devant les populations plus étonnées que sympathiques; il décrétera la victoire, tandis qu’il vaudrait mieux l’organiser ; il instituera des commissaires civils près des armées pour surveiller les chefs; il destituera les généraux malheureux, proclamant que la république ne peut être vaincue que par la trahison. Il effraye les populations plutôt qu’il ne les attire ; il trouble le pays, qu’il aurait suffi d’émouvoir; il fait si bruyamment tout ce qu’il fait, avec de si grandes déclamations et des gestes si furieux, que les gens calmes mettront en doute s’il ne place pas les intérêts d’un parti avant ceux de la France, et qu’on se demande quel serait son choix, s’il fallait en faire un.

Mais on peut espérer que le bon sens de In nation se prononcera et que .son action salutaire ramènera l’équilibre dans plus d’un esprit où il semblait d’abord en péril. La foi patriotique a déjà fait bien des miracles dans notre histoire. Je n'en connais pas de plus grand que celui qu’elle est en train d’accomplir. Il se produit dans la France entière un de ces mouvements prodigieux qui soulèvent un peuple et le précipitent tout entier, frémissan et armé, au-devant de l’en-

valiisseiir. Nous ne savons pas tout ce qui se passe derrière cette muraille de fer élevée entre la province et nous; mais on ressent une grande joie et un noble orgueil à deviner la vérité à travers la colère de nos ennemis et à reconstruire avec les indications qui leur échappent le tableau de nos chères provinces réunies dans un sublime élan. — Un de ces journaux rédigés pour l’armée ennemie et qui sont le léger, mais précieux butin de nos victoires d’avant-poste, se plaint en termes irrités du soulèvement de ces paitvres populations fanatisées. Il paraît que c’est très-mal fait ù nous de nous défendre, que cette obstination est de mauvais jeu, qu’après Sedan et Metz, n’ayant plus d’armée, nous ne devions plus lutter; tout le mal que nous leur faisons maintenant est pure malice et méchanceté noire. Le, bon roi Guillaume nous le dit avec une sorte de tendresse : « Pourquoi arracher vos paisibles populations à leurs ateliers ou à leurs champs? Je ne demandais pas mieux que de les laisser travailler en paix ; » mais ce qui est monstrueux, c’est que nous ayons songé à organiser des légions de francs-tireurs. Avec ces gens-là, fort incommodes pour « les vaillants Allemands, » on ne sait vraiment plus distinguer le soldat du handit. Où cesse le combat honorable, où commence l’assassinat, on l’ignore. Il est trèsdésagréable d’être exposé à trouver la mort derrière un buisson ou au coin d’un bois, quand on vient exercer dans un pays vaincu les justes droits

de la conquête. Enfin, car la liste des griefs est longue, dans quel pays a-t-on jamais vu gaspillage pareil des deniers publics? En une autre circonstance déjà, nos aimables ennemis avaient doucement blâmé le gaspillage incompréhensible que nous faisons de notre poudre; ils nous en avaient charitablement avertis. Aujourd’hui il s’agit de nos finances, et le conseil marque la môme bonté d’àme.

Nous n’assistons qu’en imagination à ce grand spectacle de la France ressuscitée ; mais nous avons sous les yeux celui de Paris. Je voudrais, dans un tableau rapide qui serait la conclusion naturelle de cette étude, montrer à nos détracteurs de Berlin ce qu’est devenu sous la rude discipline du malheur ce Paris que ces hommes graves ont jugé si légèrement sur la foi de quelques mauvais romans, et où il leur plaisait de voir l’auberge élégante de tous les vices de l’Europe. Je voudrais qu’ils le vissent maintenant, tel que l’a fait une longue et terrible guerre, calme sous une pluie de feu, plus résolu que jamais dans ce quatrième mois du siège qui va s’accomplir. Le voir ainsi, ce serait le châtiment de nos plus cruels ennemis. Quatre mois de siège, ce n’est pas de l’héroïsme encore, je le veux bien, et ce n’est que depuis peu de temps que nous commençons à mériter celte admiration de l’univers qu’on nous décernait dès les premiers jours, dans des proclamations presque ridicules ; mais enfin il y a eu, il y a surtout maintenant de grandes souffrances supportées par une

population iinraense avec un calme ni q ne se serait peut-être pas démenti, si des vanités sinistres, d’atroces ambitions ne venaient par instant le troubler, l’irriter et menacer de soulever le chaos où s’engloutirait ce qui reste de la fortune et de l’honneur de la France.

La situation est unique dans l’histoire. Depuis le 18 septembre au matin, un cercle de fer s’est fermé impitoyablement sur une ville de deux millions d’habitants, que le même coup a retranchés du reste du monde; ce n’est plus qu’à de bien rares intervalles qu’il nous est donné, par des moyens primitifs qui seraient risibles s’ils n’étaient touchants, quelques nouvelles de nos chers absents et ces échos du dehors qui nous apportent les dernières palpitations du cœur de la France. Oui, ce que l’on croyait impossible s’est vu. A la même heure, sur tous les points de la vaste circonférence, les mailles de ce réseau immense se sont rejointes avec une rigidité et une justesse mathématiques. Jusqu’à ces derniers jours, c’était moins un siège que nous subissions avec ses émotions actives qu’une sorte de séquestration morale destinée à nous infliger ce double supplice, la famine et le découragement. Maintenant la voilà qui avance ses batteries pour nous couvrir de ses feux, cette prudente armée. Au fait, est-ce bien une armée? n’est-ce pas plutôt une gigantesque machine dirigée par d’habiles ingénieurs, quelque chose comme une usine à meurtre, le plus merveilleux instru-

L'IÜKF, DF, LA PATRIK.

que nous font nos professions diverses, nos goûts, nos études. La vio de chacun a été celle de tout le inonde, et quelle vie, traversée par ce flux et ce reflux des impressions les plus diverses, saturée jusqu’à l’excès d’électricités contraires, tour à tour exaltée et défaillante, fiévreuse dans ses langueurs mornes, comme dans ses surexcitations aiguës! Tout ce tumulte des armes, ce bruit de paroles et d’idées, ce choc des émotions contraires, celte agitation, tout ce que nous avons rêvé, es*pér<‘, soulTert, tout ce que nous avons vu ou ce que nous avons fait, l’iiis.toire de chacun de nous enfin, ce sera de l’histoire un jour.

11 y avait bien d’abord, quand a commencé la grande épreuve, quelque agitation inutile dans la rue, je ne sais quelle gaieté malséante en de si tristes jours, et le courage n’était pas lui-même sans quelque pointe de forfanterie. Tout cela est changé à l’heure qu’il est, et quelqu’un qui aurait vu Paris dans le cours de septembre ou d’octobre ne le reconnaîtrait pas deux mois après. Les parties légères et vaines de l’esprit parisien se sont évaporées dans les dèrniers soleils d’automne. 11 n’en est resté que ta meilleure part et la ptqs solide, la résolution, le patriotisme obstiné, la foi dans le génie de la France. Nous avons fait voir au inonde, qui contemplait nos premiers désastres avec une pitié sans bienveillance, ce qu’il y a de ressources dans les forces et le cœur de ce peuple, et que sa volonté intrépide a pu s’égaler à son immense

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désastre. Ah! je le sais, ce sont là sentiments peu politiques que la raison positive condamne ; mais c’est l’impression du grand cœur de Paris, grand à travers ses passions mômes et ses misères, — c’est cette impression que je traduis ainsi. En vain vient-on lui dire : « Soyons sages. Faut-il absolument être héroïque? » Il repousse celte politique de la prudence, si elle ne s’offre pas à lui avec des conditions qui n’humilient pas le présent et n’imposent pas à l’avenir le devoir de revanches sans fin. Combien je préfère à cette sagesse des conseillers de tant d’esprit et de résignation la folie que l’honneur inspire et qui n’est après tout que le sentiment exalté du devoir! Celte folie aussi peut avoir sa claii’voyance, et que de fois n’est-il pas arrivé que les gens raisonnables ont eu tort contre elle!

La voilà faite dans l’épreuve et le sacrifice la réconciliation de la France entière! Maintenant, quoi qu’il arrive, l’ûme de la patrie est retrouvée; la France recommence. Nous avons senti ce qu’est la patrie en la voyant souffrir. Avec quelle exaltation nous le sentirions le jour où nous la verrions triomphante et délivrée! Cette guerre qui aura épuisé notre plus généreux sang, il est possible qu’elle fasse l’unité de l’Allemagne; mais ce ne sera jamais que l’unité de territoire et de caserne. A coup sûr, cette guerre aura renouvelé l’union de la France, son union indissoluble et sacrée dans'la liberté et dans l’amour.

P.-S. — J’ajoute ce post-scriptum un an après, pour expliquer le ton d’optimisme qui règne dans ces dernières pages. J’y ai laissé subsister toutes les illusions d’un patriotisme exalté, si cruellement démenties par les événements. Le spectacle de la France ressuscitée, nous ne l’apercevions alors qu’à travers le mirage officiel de la délégation de province. Combien il y avait à rabattre de ces télégrammes emphatiques et ce que nous a coûté cette déclamation perpétuelle, adoptée comme instrument de règne, nous ne le savons que trop aujourd’hui. — Quant à la situation morale de Paris, si tristes qu’aient été les événements ultérieurs, le tableau que je trace de cette grande ville pendant la dernière partie du siège n’en garde pas moins sa vérité. Nous ne devons pas être injustes rétroactivement pour certaines parties de cette étrange histoire. Dans cette absence de tout pouvoir régulier et de toute administration sérieuse , par la force de l’opinion publique qui faisait de son mieux pour y suppléer et malgré d’abominables excitations au désordre, depuis le 31 octobre jusqu’au 22 janvier, Paris est resté calme et uniquement dévoué, en apparence, à l’œuvre patriotique de la résistance. Sans doute, bien des influences pernicieuses et des habitudes déplorables préparaient l’explosion prochaine; la Commune germait dans les rangs de la garde nationale, à la faveur de cette anarchie politique et militaire qui s’est appelée le gouvernement de la

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délense nationale. Déjà bien des appréliensions secrètes s’élevaient dans les esprits réfléchis. Mais quand j’écrivais les pages qui précèdent, vei’s les " derniers jours du siège, j’essayais de repousser de ma pensée ces craintes néfastes qui l’auraient accablée. C’était un suprême appel que j’adressais au patriotisme, au bon sens, à la raison d’un peuple. .

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