‹ Les JoyeusetésChapitre 4 sur 6 · SOMPTUEUX RÉCIT · texte numérisé non relu

SOMPTUEUX RÉCIT

— Sous la magnificence d'un dôme flottant de hautes palmes vertes, de plumes d'autruche, de plumes de casoar et de plumes de paon, aux yeux chargés de pierreries, devant l'agenouillement de cinq cent esclaves nues dont les bras ceints d'anneaux d'or soutenaient cet ondulant et multiple panache, dans le décor féerique à l'azur sombre comme celui du lapis et de montagnes au loin élincelantes de

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Qeige, sur quatre pieds d'or massif incrustés d'émeraude, s'élève le trône royal, honneur du palais de bambous.

— Pardon, dit mon savant ami, le docteur Igitur, mais j'ai les meilleures raisons de croire que les fameux palais de bambous dont tu parles, d'après tes romanciers ordinaires, n'ont jamais existé. En effet, au point de vue des bois de construction, le bambou jouit de deux propriétés qui me semblent deux inconvénients des plus graves. D'abord il pousse en terre par simple bouture, sans racines, et tu vois d'ici les bambous de la maison se remettant à croître à la première ondée. Ton chapeau que tu avais accroché à un clou s'est élevé si haut que tu ne peux plus l'atteindre, et les rideaux de ton lit en balaient maintenant l'oreiller. Avantage peut-être pour les propriétaires qui voient leurs immeubles se surmonter spontanément de nouveaux étages, mais incommodité manifeste pour les simples locataires. Déplus, le bambou est comestible. Imagines-tu une maison construite en nougat de Montélimar ? Charge-toi donc d'empêcher les enfants d'en croquer les murs. Pour le coup, c'est les locataires qui sont les mieux partagés, puisqu'ils n'ont, quand ils veulent dîner chez eux, qu'à couper une tranche de leur appartement. Mais les propriétaires sont absolument sacrifiés. Tu vois donc, mon vieux, que tes palais de bambous sont des rêves.

— Aussi bien cela ne m'importe guère, lui répondis-je, et n'y eût-il rien de réel dans mon récit, je le tiendrais encore pour plus vrai que toutes les billevesées scientifiques, parce qu'il est conforme à

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l'immuable logique des choses de l'âme, laquelle prévaut sur les iueptes lois de la matière. Et je continuai.

— S'élevait le trône, ai-je dit, le trône aux bras d'ambre, laqueté d'un superbe et résistant travail, le trône large et profond qu'avait occupé la défunte reine Kanumbotutu, celle qui avait porté si haut et si loin la gloire nomade de la tribu toujours victorieuse. Son fils, le jeune roi Bouldazor, était une façon d'Hippolyte, chaste comme un jeune éléphant, rebelle aux faciles caresses des belles filles dç sa race prosternées devant la beauté de sa personne et la splendeur de son nom. Ce jobard de prince se voulait marier dans la fleur de ses années, contracter quelque noble alliance assurant encore la sécurité de ses Etats. Mais, respectueux avant tout d'une grande mémoire, il entendait que celle qui, partageant avec lui sa couronne, occuperait, à ses côtés, le siège de son auguste mère, le remplît aussi dignement de sa majesté. C'est pourquoi, dans ce butconjugal, avait-il convié les jeunes princesses royales des tribus voisines à venir subir la redoutable épreuve, et toute la contrée que fermait d'un côté la large clé d'argent de la mer, que ceignait de l'autre une chevauchée de montagnes s'escaladant dans l'azur, était traversée de caravanes escortant les héritières des noms les plus renommés et des plus fameux.

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