RAISON ET FOLIE
— Maître, disait un jour à Esquirol un de ses disciples, indiquez-moi un critérium sûr pour distinguer la limite qui sépare la raison de la folie.
Le lendemain, le maître réunissait à la même table son disciple et deux personnages; l'un,
correct jusqu'à la perfection dans sa tenue et son langage, — l'autre exubérant, plein de luimême et de son avenir. En prenant congé, le disciple rappela au maître le critérium qu'il lui avait demandé la veille.
— Prononce^ vous-même, lui dit Esquirol, vous vene\ de dîner avec un fou et avec un sage.
— Oh! le problème n'est pas difficile; le sage c'est cet homme si distingué, si accompli; quant à l'autre, quel étourdi! quel casse-tête! Il est vraiment à enfermer.
— Eh bien ! lui dit Esquirol, vous êtes dans l'erreur ; celui que vous prene\ pour un sage se croit Dieu le père; il met dans son attitude la réserve et la dignité qui conviennent à son rôle: c'est un Pensionnaire de Charenton. Quant au jeune homme que vous prene^ pour un fou, vous pouve^ saluer en lui l'une des gloires de la littérature française : c'est M. Honoré de Balzac.
{France médicale.)
UN INCURABLE (i)
Quand l'ivrogne Martin fut vieux, Le médecin qui le conseille Lui dit un remède à l'oreille, Pour guérir le mal de ses yeux :
(i) Cette épigramme est citée en note, sans signature, dans les œuvres de C. Marot, tome II, page 463. Elle présente une grande analogie avec le Cure borgne, de Grécourt. et le Cure
« Mon pauvre compère Martin,
« Ta maladie m'est connue;
« Tu n'auras tantôt plus de vue,
« Si tu bois encore du vin. »
Lors, Martin, fermant ses paupières, « Adieu, dit-il, adieu lumière; « Le bon Martin n'a que trop vu, « Et n'a pas encore assez bu.
« Aveugle, je ferai connaître
« Cette véritable leçon,
« Qu'il n'importe de la fenêtre,
« Pourvu qu'on sauve la maison. »