‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 117 sur 132 · FRANÇOIS VILLON A LA COUR D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS VILLON A LA COUR D'ANGLETERRE

Par le roi d'Angleterre, Edouard cinq, Villon Fut reçu quand il eut été banni de France. Il avait échappé deux fois à la potence. Ceci, vous le voyez, n'annonçait rien de bon. Tl était débauché, maraudeur, grand ivrogne, Et pourtant Edouard du bandit sans vergogne Fit son inséparable et joyeux compagnon.

Pourquoi? C'est que François Villon était poète; Ce titre seul couvrait d'un manteau protecteur Les vices peu cachés de l'impudent auteur. Est-ce de notre temps qu'un roi lui ferait fête?...

Villon suivait le roi partout, même au privé ;

Or, un jour qu'Edouard s'y trouvait en posture,

Le regard vaguement vers le plafond levé,

Il indiqua du doigt à Villon la peinture

Des armes de la France, en lui disant : — Tu vois

Le grand cas que j'en fais : c'est là leur place unique.

— Vous êtes, sacrebleu ! le plus sage des rois, Et votre médecin n'est pas une bourrique ! Le finaud vous connaît à ce point constipé, Qu'il vous faut chaque jour prendre un apothicaire (La langue m'a fourché : je veux dire un clystère) ; Et c'est sans doute lui qui, de cela frappé, Vous a fait mettre ici les armes de mon maître, Afin qu'à leur aspect, la peur qu'elles font naître, En votre esprit troublé, vous servit à l'instant D'un puissant laxatif. Elles ne sauraient être Autre part, ou sinon, vous et tous vos valets, D'épouvante saisis en les voyant paraître, En un retrait puant changeriez le palais !

Frère Jean.

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