‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 17 sur 132 · VOL AU MALADE · texte numérisé non relu

VOL AU MALADE

M. C***, atteint de la petite vérole, transpirait abondamment entre trois couvertures de laine et un lit de plume, selon l'ordre formel de son médecin. Entre dans sa chambre un particulier convenablement vêtu qui lui dit avec la plus exquise politesse :

— Monsieur, ne remuez pas, je vous en prie, je sais que le moindre mouvement pourrait vous être mortel : dites-moi vite où sont vos bijoux et votre argent.

— Comment! mes bijoux et mon argent?

Malheureux ! . . .

— Ne remuez pas! Au nom de votre santé, ne remuez pas! Vous n'ignorez pas combien cette maladie est dangereuse...

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— Sortez, ou j'appelle!

— N'en faites rien! j'ouvrirais la fenêtre toute grande : un courant d'air vous tuerait ou, tout au moins, vous enlaidirait considérablement Ah! voici votre montre; très bien. Et

l'argent?

— Misérable !

— Ne remuez donc pas! ou gare le vent! Eh bien, ce magot?

— Là , dans ce secrétaire ! murmure le pauvre malade, qui voit son homme poser la main sur l'espagnolette.

— Très bien, vous êtes raisonnable. J'aurais été désolé d'aggraver votre état. Adieu, monsieur, je vous souhaite une prompte guérison.

Et, là-dessus, l'ingénieux grinche, muni de son butin, s'esquive lestement.

(L'Esprit de tout le monde.)

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