‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 52 sur 132 · PAR -DEVANT NOTAIRE · texte numérisé non relu

PAR -DEVANT NOTAIRE

Par-devant maître Amour, notaire au pays bleu, Ont comparu, suivant usage dudit lieu, Sieur Jehan du Moulin, écolier en Sorbonne, Très assuré docteur es faculté ; mignonne

Et gente demoiselle Agnès de Poussepain,

De bonne vie et mœurs, mais sans métier certain,

Lesquels ont déclaré, par volonté commune,

Unir pour un printemps leurs biens et leur fortune

Dont l'inventaire suit, par nous dûment dressé,

A savoir : Un logis quelque peu lambrissé

Immédiatement sous les tuiles faîtières,

Avec vue alentour sur toutes les gouttières ;

Une table boiteuse et tout ce qui s'ensuit :

Un lit, et ce qu'il faut pour peu* dormir la nuit ;

Un éclat de miroir cloué sur la muraille;

Un tableau figurant une antique bataille;

Un flacon au long col, coiffé d'un éteignoir,

Bouteille le matin et chandelier le soir ;

Quelque chose ayant l'air d'une bibliothèque

Et différents objets sans valeur intrinsèque,

Le tout constituant l'avoir particulier

Dudit sieur du Moulin en tant que mobilier.

La demoiselle Agnès, en ce qui la regarde,

Apporte les trésors de sa beauté mignarde,

Le gentil capital de ses dix-huit printemps, »

Et le rire éternel de ses trente-deux dents ;

Item, de longs cheveux couleur de grain d'avoine,

Des yeux de velours noir à damner saint Antoine,

Et maints appas secrets dont nous aurions voulu

Nous-méme constater la valeur de visu,

Faute de quoi passons sous silence audit acte.

Interrogés tous deux quant à la somme exacte

Des apports pécuniaires de chaque contractant,

Ont déclaré ne pas avoir un sou comptant

En dehors de châteaux sis aux pays d'Espagne,

Et d'espoirs fondés sur un oncle de Bretagne.

Lors avons demandé promesse aux deux conjoints

De suivre, respecter, observer en tous points

Les saints commandements de la loi naturelle

Concernant les devoirs d'une foi mutuelle,

Tels que fidélité, bons soins, et cœtera,

Et de s'aimer autant que faire se pourra.

Tous deux nous répondant de manière conforme,

Les avons déclarés unis, sans autre forme,

Et les avons requis, en vertu de la loi,

A signer en cet acte, afin de faire foi.

Ledit sieur du Moulin a posé son paraphe ;

Et demoiselle Agnès, moins forte en orthographe

Qu'en matière d'amour, a, pour légaliser,

Approuvé d'une croix et scellé d'un baiser.

A. Masson (JLe Moniteur de la polyclinique.)

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