‹ Les Joyeusetes de la medecineChapitre 103 sur 127 · V. FOURNEL · texte numérisé non relu

V. FOURNEL

(^Histoire anecdotique. des quarante fauteuils.)

M de Talicyrand ayant envoyéchercherM..., célijbre finaiicier-munitionnaire, on vint lui dire qu'il était allé prendre les eaux de Barèges : « Je le reconnais bien là ! s'écria le ministre, il faut toujours qu'il prenne quelque chose. »

Quand Madame Douairière (veuve de Gaston, frère de Louis XIII) commença à vieillir, elle devint souffrante, malingre et comme hébétée. Elle avait l'habitude d'aller aux lieux d'aisance dès que le maître d'hôtel, avec sa baguette, venait pour annoncer que l'on avait servi. Un jour. Madame avait M. Gaston à table, et elle courut ainsi dès que le maître d'hôtel entra. Celui-ci s'arrêta, et examina sa baguette par les deux bouts. M. Gaston dit : <c Saint-Remi, que cherchez-vous à votre bâton? » Il répondit : « Je

cherchais si mon bâton était fait de rhubarbe ou dt; séné; car aussitôt qu'il paraît devant Madame, je vois qu'il purge. »

M™e la duchesse d'Ûrléaks.

( Correspondance .)

Dans une visite faite chez le médecin Duplanil, les commissaires, en fouillant les rayons de la bibliothèque, trouvèrent, parmi des liasses de papiers, quelques lettres de Louis XIV, de Turenne, de Bossuet, etc. : « Ah! s'écrièrent-ils, tu prétends que tu n'es pas aristocrate, et tu entretiens des correspondances avec ce tj-ran et ces suspects. » (Aiieries révolutionnaires.')

M. Dangeois, homme de qualité, aimait Santeuil à cause de ses plaisanteries. Il le mena un jour avec lui à sa maison de campagne, et, voulant lui jouer un tour, il dit au laquais qui le conduisait à la chambre oii il devait coucher, de prendre adroitement son haut-de-chausse et sa soutanelle et de les lui apporter. Le laquais ayant réussi i s'en emparer, il les apporta à son maître, qui les fit rétrécir; ensuite on les rapporta dans la chambre où dormait Santeuil. Dès qu'il fut jour, M. Dangeois vint heurter à sa porte, et Santeuil s'éveillant en sursaut : « Q.ui est là? dit-il.

— C'est moi, répondit M. Dangeois en entrant : avez-vous bien dormi?

— Pas trop, repartit Santeuill

— Vous êtes donc malade? continua M. Dangeois.

— Point du tout, ajouta le poète.

— Assurément, vous l'êtes, car vous avez un fort mauvais visage.

— Je ne sens pourtant point de mal , dit Santeuil. Il se leva en disant ceh, et prit son haut-de-chausse qu'il ue put jamais mettre, et ensuite sa soutanelle, qu'il déchira en voulant la vêtir. Cela surprit Santeuil, qui, à force d'entendre dire qu'il était malade, le crut véritablement, et se remit au lit.

M. Dangeois envoya chercher un médecin, qu'il avait prévenu d'avance. Ce dernier tâta le pouls à notre poète, demanda à voir sa langue et son urine, et dit qu'il était plus mal qu'on ne croyait. Santeuil assurait cependant qu'il ne sentait point de mal : « Tant pis, repartit le médecin, c'est signe que le mal vous accable et vous ôte le sentiment. Il faut prendre ce soir un lavement; demain matin ou vous saignera. » Ce qui fut fait.

Le médecin, étant revenu voir Santeuil le jour de la saignée, lui demanda comment cela allait.

— Assez bien, il faudra me purger demain?

— Oui, monsieur, ajouta le médecin, et on lui donna le jour suivant un grand verre de vin de Canarie, qu'il but jusqu'à la dernière

goutte. Ayant pris cette agréable médecine : — Mais, dit-il, elle ne me semble pas comme les autres; elle est meilleure, et j'en prendrais bien davantage si l'on m'en donnait.

— C'est assez pour aujourd'hui; on verra demain s'il vous en faudra encore.

Une heure après, le médecin vint voir l'effet de la médecine, et ayant demandé au prétendu malade en quel état il était : « J'ai besoin, ditil, d'une médecine, et vite une médecine, monsieur le docteur.

— Que sentez-vous?

— Beaucoup de chaleur, dit Santeuil.

— Il faut vous rafraîchir, et en même temps il lui fit boire une bouteille de vin blanc en guise de limonade. Pendant qu'il buvait, il disait qu'il s'accommoderait fort des médecins et des médecines du pays, et qu'on ne traitait pas ailleurs les malades avec d'aussi belles méthodes : « Nous usons ici, dit le médecin, des remèdes propres aux maladies des malades.

— Parbleu ! dit alors Santeuil en se levant brusquement de son lit, je crois qu'on se moque de moi, je me porte bien. 11 se met aussitôt à chanter, danser, et faire mille postures qui égayèrent son hôte, le médecin et tous ceux qui étaient avec eux.

(SanloUana.')

M. de Tavanes, le jour de la Saint-Uarthé-

lemy, se montra fort cruel; et se promenant tout le jour par la ville, et voyant tant de sang répandu, il disait et criait au peuple : « Saignez, saignez; les médecins disent que la saignée est aussi bonne en tout ce mois d'août comme en mai. »

Brantôme (Hommes illustres).

On conte dans les Vosges qu'un certain Fleuret, fameux rebouteur, dont ' les descendants existent encore au Val-d'Ajol, fut appelé près d'un roi de France pour lui remettre la mâchoire, qu'il s'était démontée en bâillant, dit la légende. Les médecins de la cour y avaient perdu leur latin. Le père Fleurot arrive avec ses gros souliers ferrés. On l'introduit au milieu des seigneurs et des chirurgiens, qui riaient sous cape de son air de paysan. Fleurot passe d'abord silencieusement près du roi, en l'examinant à la dérobée, puis il revient sur ses pas, et, sans faire semblant de rien, il lui décharge un maître coup de poing sous la mâchoire. Les spectateurs se jettent sur lui pour l'arrêter: « Lnbéciles! crie le roi, je suis guéri. » C'était vrai.

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