‹ Les Joyeusetes de la medecineChapitre 104 sur 127 · V. FOURNEL · texte numérisé non relu

V. FOURNEL

(Excursions dans les Vosges.)

Sully s'étant présenté à la porte du cabinet du

roi, qui lui avait donné parole qu'ils passeraient ensemble la matinée à travailler, le roi lui fit dire de s'en retourner, et de revenir l'aprésdinée; qu'il avait la fièvre, et n'était pas en état de se lever. Sully se défia de ce qui pouvait être, attendit dans l'antichambre, et vit passer, quelques heures après, une jeune personne mise galamment, et habillée en vert, qui sortait de la chambre de S. M. Le roi parut ensuite luimême et affecta d'être incommodé. « Sire, lui dit Sully, je pensais que votre fièvre était passée. Au moins l'ai-je vue descendre l'escalier habillée de vert. »

Dreux du Radier.

{Récréations historiques.)

Eu grasseyant, la divine Chloé

Disait un jour : n Qu'importe un œil, un nez,

Est-ce le corps? c'est l'àme que l'on .lime.

L'étui n'est rien. « Voilà dans l'instant même

Que de l'armée arrive son amant,

Taffetas noir étendu sur sa face.

Il couvre un nez qui fut jadis charmant.

Ou bien plutôt n'en couvre que la place.

11 voit Chloé, veut voler dans ses bras ;

Chloé recule, et sent mourir sa lîamme.

(1 Mon Dieu I dit-elle, est-il possible, hélas!

Qu'un nez de moins change si fort une amel

M. Henri Erskiue, écossais et fameux avocat,

ayant rencontré un jour au spectacle, à Édimbourg, lady Wallace, lui fit compliment sur sa brillante santé. « Commint, lui dit-elle, mais je suis grosse comme une baleine. — Hélas ! reprit-il, je voudrais être Jonas. — Quoi! trois jours et trois nuits, monsieur Erskine? i

Le docteur Hugb, mort évcque de Worcester, était le savant le plus doux et le plus aimable qu'il y eût. Il possédait un baromètre très curieux : il l'avait payé 200 guinées. Un jeune liomme dont la famille était très attacbée à ce prélat, passant un jour à Worcester, crut devoir lui foire une visite : il fut très bien accueilli. Or, il arriva que le laquais qui lui avança un fauteuil fît tomber le baromètre : l'instrument fut brisé en mille pièces. Le jeune homme, au désespoir d'être la cause innocente de l'accident, cherchait à excuser le domestique auprès de son maître, qui lui dit en souriant : « N'en parlons plus; le temps a été très sec jusqu'à présent; j'espère qu'enfin nous aurons de la pluie : je n'ai jamais vu mon baromètre si bas. »

Un courtisan, grand dissipateur, voulant se moquer de M. de Lort, méJccin du cardinal de Richelieu, le pria de lui dire quelle maladie il pouvait avoir, et pourquoi, ne sentant aucune

douleur, buvant bien, mangeant bien, dormant tout de même, ses excréments étaient toujours verts : « Il ne faut pas s'en étonner, dit le médecin, c'est que vous avez mangé tout votre bien en herbe. »

Blanchard (École des mœurs).

La dernière dauphine ("la duchesse de Bourgogne) était horriblement sale : quelquefois elle s'est fait donner un clystère dans le cabinet du roi, où il y avait beaucoup de monde; elle se tenait debout devant le feu, derrière un écran, et la femme qui le lui donnait se tenait à genoux, après s'être avancée sur les pieds et les mains. Cela passait pour une gentillesse.

Mra« la duchesse d'Orlé.\ks.

Correspondance.')

Une dévote à Saiut-Landri Faisait, dit-on, une ueuvaine Pour la santé d'un sien mari.

Attaqué de fièvre quartaine; Il mourut... Lors la femme dit :

« Du saint que la faveur est grande I C'est justement qu'on le bénit.

Il fait plus qu'on ne lui demande. »

Asker-Khan, ambassadeur persan venu en

France sous Napoléon l", se sentant malade depuis plusieurs jours, ordonna qu'on fit venir M. Bourdois, l'un des plus habiles médecins de Paris, dont il connaissait le nom, ayant toujours soin de s'informer de toutes nos célébrités dans tous les genres. On s'empresse d'exécuter les ordres de l'ambassadeur; mais, par une singulière méprise, ce n'est pas M. le docteur Bourdois qu'on prie de se rendre auprès d'Asker- Khan, mais le président de la cour des comptes, M. Marbois, qui s'étonne beaucoup de l'honneur que lui fait l'ambassadeur persan, ne voyant pas d'abord quels rapports il pouvait y avoir entre eux. Cependant il se rendit avec empressement auprès d'Asker-Kkan, qui put sans peine prendre le costume sévère de M. le président de la cour des comptes pour un costume de médecin.

A peine M. Marbois est-il entré que l'ambassadeur lui présente la main, lui tire la langue en le regardant. M. Marbois est un peu surpris de cet accueil; mais pensant que c'était sans doute la manière orientale de saluer les magistrats, il s'incline profondément, serrant humblement la main qu'on lui présentait. Il était dans cette position respectueuse, lorsque quatre des serviteurs de l'ambassadeur lui apportent et lui mettent sous le nez, à titre de renseignements, un vase d'or i signes non équivoques. M. Marbois en reconnut l'usage avec une surprise et une indignation inexprimables. Il regarde avec

colère, demande vivement ce que signifie cela, et s'entendant appeler M. le docteur : « Commentl s'écria-t-il, M. le docteur? — Mais oui, M. le docteur Bourdois. » M. Marbois est confondu. C'est la parité de désinences de son nom et de celui du docteur qui l'a expo.sé à cette désagréable visite.

C0NST.\NT {Méiiioiics).

Un chirurgien français est chargé de saigner le Grand Seigneur. Soit timidité, soit maladresse, la pointe de la lancette reste dans la veine. Le sang ne peut couler. Il était question de faire sortir cette pointe. L'Esculape ne perd pas la tête. Il applique un soufflet à Sa Hautesse, qui, par le mouvement que lui fait faire la surprise et l'indignation, facilite le jet du sang et la sortie du bout de la lancette. Cependant on veut se saisir du chirurgien. «. Laissez-moi, dit-il, achever la saignée et bander la plaie. » Cette opération terminée, il se jette aux genoux du sultan, raconte le fait. Le sultan lui pardonne et le récompense de lui avoir conservé la vie, en gardant son sang-froid en un semblable danger.

{Bibl. dis romans.')

Bembow , amiral anglais, s'avança par son

seul mérite. Il avait commencé par servir en qualité de matelot, sans se douter de ce que la fortune devait un jour faire pour lui. Dans sa seconde campagne, il n'occupait encore qu'un poste sur un vaisseau de guerre; il servait un canon dans une action avec un de ses compagnons à qui un boulet emporta la jambe : « Je ne puis plus rester debout, lui cria celui-ci. Porte-moi, je te prie, au chirurgien » Bembow le charge aussitôt sur ses épaules et l'emporte. Il n'était pas encore auprès du chirurgien qu'un second boulet enleva la tête du blessé. Bembow, qui ne s'en aperçoit pas, appelle à tue-tête le chirurgien, qui sort, et qui, voyant sa charge, lui dit : « Que diable veu.'i-tu que je fasse d'un homme dont la tète est emportée? — La tète, répondit Bembow, il m'avait dit que c'était sa jambe. » (L'Abeille de Montmartie.)

Dernièrement, un préfet écrivait à un maire de prendre ses précautions en prévision du clioléra, qui commençait à sévir dans le département. Le maire, fort embarrassé d'instructions qui lui semblaient si vagues, après de longues méditations, écrivit à M. le préfet que ses précautions étaient prises et qu'il attendait, lui et les siens, le fléau de pied ferme.

On s'informa des mesures prises par le digne maire, afm de juger de leur efficacité, et l'on

apprit qu'il avait fait creuser dans le cimetière assez de fosses pour y loger au besoin tous ses administrés. (Le Nord.)

C'était dans je ne sais plus quel musée de curiosités. Un bon bourgeois voit deux langues sous verre, une grande, l'autre petite, et il demande au cicérone de l'endroit ;

a A qui donc ont appartenu ces deux langues, s'il vous plaît?

— La plus grande est la langue de l'empereur Charlemagne, répondit le cicérone.

— Et la plus petite ?

— Du même Charlemagne quand il était enfant. I GuÉRARD (Dict. d'anecdotes).

On racontait un accident récent...

Une dame, ayant imprudemment laissé des fleurs dans sa chambre, a été asphyxiée pendant la nuit.

— Diable I fit X***, c'est ce qu'on peut appeler mourir d'une fleiirèsie.

Plusieurs lords étaient dans une taverne de Londres : tout à coup un homme tombe à leurs pieds, avec des symptômes d'apoplexie. « Je parie qu'il ne vivra pas vingt minutes, dit l'im

d'eux. — Cinquante guinées qu'il est mort sous un quart d'heure. — Cent qu'il meurt avant dix. — Cent qu'il est mort. — Cent qu'il respire encore. » Tous les paris sont aussitôt acceptés que proposés. L'un de ceux qui avaient parié pour la vie se joint à la foule assistante, et porte au moribond un flacon sous le nez : « Milord I milord! s'écrie un de ceux qui pariaient pour la mort, un instant! les flacons n'en sont pasl »

(L« Spectateur.')

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