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UNE VISITE PAYÉE PAR LE MÉDECIN

On croit généralement que ce qui peut arriver de pire à un médecin qui fait une visite à un malade, c'est de ne pas en être payé. Il paraît qu'il peut y avoir plus fort que cela, et l'Alger médical nous cite à cet égard une histoire intéressante :

Un de nos confrères, médecin en chef d'une des ambulances de l'intérieur, recevait dernièrement chez lui un père de famille éploré qui venait réclamer son aide pour un de ses enfants très malade. Le médecin lui répondit : « Je suis moi-môme atteint d'une fièvre intense; de plus, n'étant pas médecin de colonisation, je ne possède pas de cheval, mais si vous pouvez ni'amener une voiture, je ferai tout mon possible pour vous rendre service. » Le père de famille revint avec une voiture et le médecin eut le bonheur de pouvoir sauver le malade; mais lorsque le praticien envoya une note de lo francs pour sa visite, le client lui répliqua en lui communiquant une facture de complaisance s'élevant à la

somme de 15 francs qu'il s'était fait délivrer par un voisin qui lui avait prêté sa voiture.

Le cas fut porté devant le juge de paix, qui condamna le médecin à rembourser la somme de 5 francs représentant la différence de sa noie avec celle du client.

Espérons que notre collègue eût été plus heureux devant une juridiction supérieure.

VIEILLERIES

Un ivrogne tombe au coin d'une rue. Sa face est tellement enflammée qu'on croit à une apoplexie et qu'on lui plonge les pieds dans un seau d'eau bouillante.

Il revient à lui. a De quoi? de quoi? s'écrict-il avec indignation, un bain de pieds et pas de petit verre ! »

X Utt Bébé. — Pourquoi donc qu'on lui a coupé les bras, m'man?

La Maman. — Parce qu'elle se fourrait toujours les doigts dans le nez.

M. Lorry, médecin, racontait que M^ne de Sully, étant indisposée, l'avait appelé et lui avait conté une insolence de BorJeu, lequel lui

avait dit: « Votre maladie vient de vos besoins; voilà un homme. » Et, en niûme temps, il se présenta dans un état peu décent. Lorry excusa son confrère, et dit à Mme de Sully force galanteries respectueuses. Il ajoutait : « Je ne sais ce qui est arrivé depuis, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'après m'avoir rappelé une fois, elle reprit Bordeu. »

Lieutaud, premier médecin de Louis XVI, étant atteint d'une pneumonie aiguë, qui l'emporta en cinq jours, maladie dont il reconnut immédiatement tout le danger, refusa tous les remèdes qui lui furent présentés.

« Laissez-moi, disait-il à tous ceux qui l'entouraient et qui le pressaient d'en faire usage, je mourrai bien sans tout cela. » Lorsque la médecine cesse d'être utile à un malade, elle doit en effet cesser de lui être importune. On respecta les derniers moments de Lieutaud, qui furent consacrés à la distribution de ses bienfaits, et sa mort fut aussi paisible que sa vie avait été honnête.

Lorsque Louis XIV tomba dangereusement malade à Calais, on fit venir d'Abbeville un bon médecin picard, qui, sans se gêner, s'assit sur le lit du roi et lui dit, en le caressant de la main :

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« Nous guérirons ce gros garçon-là, mais je lui ordonne de se taire. »

Propos d'une grossière familiarité, dont la cour s'indigna, et dont le jeune monarquo se souvint toute sa vie, au point que, l'ayant répété un jour devant la Faculté, il affecta de dire que lui seul avait le droit d'ordonner, et que le mot ordonnance lui déplaisait souverainement de la part des médecins, à quoi l'un d'eux, le vieux Delorme, répondit qu'il avait fait des ordonnances à Henri IV et à Louis XIII, ses prédécesseurs, et qu'au reste un roi qui avait besoin de son art n'était pour lui qu'un malade.

Les médecins, toutefois, continuèrent d'ordonner, même à la cour, et Fagon ne voulut pas en démordre, malgré les satires et les menaces du duc de Gramont; il fit même si bien que, le roi étant atteint de la fistule à l'anus, on ne manqua jamais de publier dans le bulletin de sa santé qu'il avait été purgé ou saigné par ordonnance de M. le premier médecin, ce dont Louis XIV ne se formalisait plus , se sent.nit sous la dépendance de cet archiâtre.

Mareschal, premier chirurgien du roi, fit en 1726, avec le plus heureux succès, eu préseui-c de Morand, qui était jeune alors, et de plusieurs consultants, l'ouverture d'un abcès au foie à M. Leblanc, ministre de la guerre.

Dans l'instant où Mareschal portait le bistouri sur la tumeur pour en faire l'ouverture, Morand y posa le doigt; Mareschal lui fit signe de l'ôter; Morand le réappliqua en regardant fixement Mareschal, et lui indiquant des yeux que c'était là qu'il fallait ouvrir.

Mareschal fit l'incision au lieu marqué et pénétra dans lè foyer de l'abcès.

Le ministre, parfaitement rétabli, donna un grand repas à sa famille et y invita Mareschal et Morand.

Dans ce cercle, où la joie était peinte sur les visages, le ministre prit Mareschal par la main et dit à ses convives :

« Voilà celui à qui je dois la vie 1

— Vous vous trompez, monseigneur, répondit Mareschal, et en montrant Morand : c'est à ce jeune homme que vous la devez, car sans lui je vous tuais. »

Ce grand homme, plein de justice et de vérité, ne rougit point, dans une circonstance glorieuse, où le ministre lui témoignait sa vive reconnaissance, de lui faire le détail de son opération, et de lui apprendre que, sans Morand, il aurait fait en l'opérant une faute grave.

Tycho-Brahé étant un jour dans le carrosse de l'empereur Rodolphe, et se trouvant pressé d'un besoin qu'il n'osait déclarer, on l'en retira

presque mourant, et il mourut, en effet, quelques heures après, d'une rétention d'urine, à l'Age de cinquante-cinq ans. On lui fit cette Opitaphe relative à la circonstance de sa mort :

Ci-git qui, possédant les plus hautes sciences,

Fut victime des bienséances, Et dont le vrai portrait se l'ait en un seul mot : 11 vécut comme un sage, et mourut comme un sot.

(Improvisateur français.) *

Lyonnais avait été mis en vogue par la guérison de la diienne de M™"' de Pompadour, ce qui lui avait valu le titre de médecin consultant des chiens de Sa Majesté Louis XV, avec un traitement de douze cents francs. Il savait s'apprécier à sa valeur, et traitait de collègue à collègue avec les membres de la Faculté. C'est de lui cette réponse magnifique à un docteur célèbre, dont il venait de guérir le toutou malade, et qui insistait pour lui p.iyer ses soins :

« Allons donc, monsieur le docteur, voulezvous m'humilier? Entre confrères, vous savez bien que ce n'est rien. «

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