‹ Les Joyeusetes de la medecineChapitre 49 sur 127 · HISTOIRE D'APOTHICAIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'APOTHICAIRE

Plâtreux comparaît aujourd'hui devant la Cour. Le motif nous en est donné par la Galette des Tribunaux :

Il est cntrii chez un phannacien (et vous allez voir que ceci nous reporte au temps de Molière); là, on lui demande ce qu'il désire. Or, ce qu'il désirait était bien autrefois de la compétence de M. Diafoirus, mais a, depuis très longtemps, cessé d'être administré par ses successeurs. Vous voyez d'ici l'accueil fait à ce client d'un autre âge, par l'élève pharmacien, blessé de ce qu'il croyait être une mystification voulue, alors que la demande était faite avec une entière bonne foi, au dire du moins de Plâtreux.

M. le Président. — Vous avez donné un soufflet à un pharmacien dans l'officine duquel vous êtes entré. Vous aviez commencé par une plaisanterie de mauvais goût?

Le prévenu. — Mon président, pour ce qui est du goût, croyez bien que ça n'était pas le mien ; étant depuis longtemps très patraque, que

l'estomac n'allait plus du tout, et des coliques !... enfin, qu'on me dit : va donc à la consultation. Donc, pour lors, je vais à la consultation. Le médecin me dit : — Qu'est-ce que vous avez? Je lui réponds. — Je ne sais pas. — Moi non plus, qu'il me dit. Alors je lui conte comme quoi l'appétit n'allait pas, du tout et des coliques qui me coupaient la gueule à vingt pas.

M. le Président. — Tâchez de vous exprimer plus convenablement.

Le prévenu. — Enfin des coliques qui me tortillaient : — C'est bon, il me dit. C'est de réchauffement; vous faut des bains et des lavements et ça se passera. — C'est bon, je m'en vas, me disant : Des bains, c'est peut-être cher, vu que j'en ignorais le prix. Je parle de ça à ma soeur qui est domestique dans une bonne maison; alors elle nie dit : — Il y a monsieur qui prend un bain tous les jours à dix heures; viens à onze heures, quand il a fini; tu te mettras dedans après lui...

M. le Président. — Voyons, arrivez donc au fait!

Le prévenu. — Bon; ayant mon affaire pour les bains, je vais donc, pour l'autre chose, chez le pharmacien...

M. le Président. — Vous étiez ivre.

Le prévenu. — Oh! au moins; mais mon président, je vous assure que j'y allais bon jeu

bon argent, ayant toujours cru qu'on avait ça chez les apothicaires, et que j'ai demandé ça très poliment. Alors le jeune homme me traite de goujat, de pochard, et me prend par le bras pour me bousculer à la porte. — Je lui disais : Je ne vous ai pas fait de sottises, pourquoi que vous me bousculez? C'est donc de là que voyjuit qu'il me fichait dehors comme si j'étais un rien du tout, même un malfaiteur, que je lui ai posé une simple gifle.

Le témoin entendu confirme le fait et reconnaît que le prévenu n'avait l'air ni goguehard, ni provocateur.

Le prévenu. — Je vous dis : bon jeu bon argent; je croyais que ça se faisait, foi d'homme; pensez! étant veuf, j'ai pas chez moi ce qu'il faut pour ça...

Bonne foi admise, il n'en reste pas moins le soufHet donné également de bonne foi.

D'où condamnation à 50 francs d'amende. Et voilà un homme qui apprend aujourd'hui seulement la disparition d'un usage de nos grandspères.

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