L'ANE RETROUVÉ
Jadis le pays de Bourbonnais était renommé pour ses bonnes et plaisantes aventures. Ou s'j' ressouvient encore d'un certain maître Jean qui passait dans tous les villages du canton qu'il habitait pour un célèbre médecin. Aucune maladie, disait-on, ne pouvait résister à ses ordonnances; et cependant, peur les guérir toutes, il n'ordonnait que les mêmes drogues en pilules ou en clystères. Si vous aviez mal à la tète ou ■lux jamljes, à la poitrine ou aux reins, l'ordonflance était toujours un clystère ou des pilules; et ce qu'il y avait de singulier, c'est qu'on guétissait. Sa renommée s'accrut si fort, qu'on reliait à lui pour toutes les maladies, et que non
seulement on le consultait comme habile médecin, mais même comme devin et sorcier. Advint qu'un jour un paysan bien bonace, bien simple, ayant perdu son ane dans la l'oire du village, s'adressa à lui, afin d'en avoir des nouvelles. Il était alors entouré de beaucoup de monde, et, dans le dessein de se débarr.isser d'un pareil importun, il dit à ceux qui l'aidaient ordinairement dans ses opérations : « Donnez un clystère à ce bonhomme, et il retrouvera son âne. » L'ordonnance fut aussitôt exécutée, au grand étonnement du rustre qui, jusque-là, avait ignoré ce que c'était qu'un lavement. 11 paya, et ne demanda pas son reste, comptant qu'en arrivant à sa chaumière son âne s'y trouverait.
A peine fut-il â quelques pas du village, qu'une colique assez forte l'obligea de s'arrêter auprès d'une vieille masure, à l'effet de se débarrasser d'un fardeau qu'il ne pouvait plus retenir sans danger. Le bruit que fit cette opération parvint jusqu'aux oreilles de l'âne qui , s'étant égaré, se reposait derrière un buisson. Il se mit à braire; son maître, enchanté, lui répondit et courut à lui. Ils se reconnurent tous deux avec joie et depuis il ne fut pas possible de persuader au bon paysan que ce n'était pas n l'efRcacité du clystère qu'il devait le bonheur d'avoir retrouvé son âne. La réputation du médecin s'accrut de moitié dans le pays par cette aventure; et, pendant longtej^s, l'on eut re-
cours à ce remède pour retrouver les choses perdues (i).
(Bibliothèque amusante.')
ÉPIGRAMME
Antoiue feint d'être malade Pour montrer comme il est chez soi. Couché dans un lit de parade Plus riche que celui du roi;
Et que sa chambre est embellie De tableaux venus d'Italie, Et de chandeliers de cristal.
Si l'on veut trouver le remède De la fièvre qui le possède, Q.u'on le couche à l'hôpital.
Mainard.