LE PERROQUET QUI PARLE
Moi, je suis célibataire.
Et c'est une affaire bien claire
Que je fus jamais marié;
Et puis, je m'en vante, crédiél
Mais, ici-bas, le sort de l'homme
Est lié comme d'une gomme
Au sexe faible . . C'est tout comme . .
Si l'hymen n'est de votre goût
Quand même, il faut subir le joug
Du jupon. Le céUbataire
Et le plus endurci siu: terre.
Doit amour, .à sa sœur, .sa mère. .
Tante, cousine, .et cœtera
Qui de vous me contredira?
Celle qui régnait en maîtresse Sur mon cœur, c' était une nièce.
Voulez-vous son portrait verbal?
Elle était, .n'était pas jolie. .
Non . . mais certainement pas mal.
Elle avait nom: Blanche- Julie,
Et répondait à la beauté ' Comme à son nom: sinon "jolie" Elle en était bien à côté . .
Tout près . . puisqu'elle était " Julie " Voyez- vous le rapprochement?
Donc, je Vaimais profondément.
Pous satisfaire à ses caprices — Quelle jeune Eve n'en a pas — J'aurais fait bien des sacrifices, Hors renoncer au célibat.
J'aurais dépensé ma fortune Pour lui faire obtenir la lune Si tel eut été son désir I J'aimais tant lui faire plaisir!
Elle voulut que je lui donne Un jour, un perroquet gentil.
Qui parle, qui chante et raisonne, Et ne fut ni gros ni petit.
De suite, je me mis en quête Et j'allai voir des oiseliers.
Une belle et charmante bête
J'achetai chez l'un des premiers.
Ohl un volatile superbe I
Enfin, un roi de perroquet!
Et puis, il vous avait un verbe,
Ou pour mieux dire, un vrai caquet.
Mais devant moi, nul verbiage.
L'oiseau fut trop silencieux.
Son mutisme n'était pas sage;
Je fus près de laisser les lieux
Sans achat. L'homme, de son mieux
Me persuada que la bête
Parlerait, .tant que je voudrais,
 m'en faire mal à la tête.
Un quart d'heure, peut-être, après
Connaissance avec une femme.
Là-dessus, j'achète l'oiseau.
Je trouvais l'homme sensé, dame!
Et qu'il parlait comme il faut!
— Une fois à mon domicile Ce ne sera pas difficile, Que je me répète à part moi,
Et je vais l'instruire, ma foi!
Assez pour qu'il puisse lui dire:
— Ton oncle t'aime bien, tu sais! .
Eh bieni voyez donc ce que c'est Cet oiseau -là me fit maudire Le moment où je l'achetai, Car il ne voulait répéter.
Pas même: — Mon oncle, et j'étais A la fin en grande colère.
D'abord, je le pris en douceur.
Cajolant, mais n'avançai guère.
Et je me soulageai le cœur
Enfin, las de tout ce manège:
— Dis mon oncle, mon torrieu!
Dis mon oncle, m'écriai-je,
Ou je te tords le cou, mon vieux!
Je le lui tordis avec rage.
Le perroquet, plein de courage
Restait muet — sans dire un mot. .
Exaspéré par cette scène
Je le jette en mon poulailler.
Où j'ai des Plymouths, une trentaine,
Des poulettes pour élever;
Puis, un peu encore en colère
Je me dis: — ^Allons se coucher!
Mais le lendemain, vite chez
Ma gente ailée en volière
Du poulailler, j'accours et vois
Une scène d'un vrai comique
Qui m'attriste tout à la fois ....
Vingt-neuf poulets jonchent sans voix
Le sol, pendant que tragique
Et superbe dans sa mimique,
Le perroquet tordant le cou
Du survivant, parle beaucoup.
Sa voix a un accent sauvage
Pendant qu'il tord avec rafge,
En criant dans ce milieu:
— Dis mon oncle, mon torrieu!
Où je te tords le cou, mon vieux I