‹ Les joyeux petits contes canadiensChapitre 33 sur 44 · LE PERROQUET QUI PARLE · texte numérisé non relu

LE PERROQUET QUI PARLE

Moi, je suis célibataire.

Et c'est une affaire bien claire

Que je fus jamais marié;

Et puis, je m'en vante, crédiél

Mais, ici-bas, le sort de l'homme

Est lié comme d'une gomme

Au sexe faible . . C'est tout comme . .

Si l'hymen n'est de votre goût

Quand même, il faut subir le joug

Du jupon. Le céUbataire

Et le plus endurci siu: terre.

Doit amour, .à sa sœur, .sa mère. .

Tante, cousine, .et cœtera

Qui de vous me contredira?

Celle qui régnait en maîtresse Sur mon cœur, c' était une nièce.

Voulez-vous son portrait verbal?

Elle était, .n'était pas jolie. .

Non . . mais certainement pas mal.

Elle avait nom: Blanche- Julie,

Et répondait à la beauté ' Comme à son nom: sinon "jolie" Elle en était bien à côté . .

Tout près . . puisqu'elle était " Julie " Voyez- vous le rapprochement?

Donc, je Vaimais profondément.

Pous satisfaire à ses caprices — Quelle jeune Eve n'en a pas — J'aurais fait bien des sacrifices, Hors renoncer au célibat.

J'aurais dépensé ma fortune Pour lui faire obtenir la lune Si tel eut été son désir I J'aimais tant lui faire plaisir!

Elle voulut que je lui donne Un jour, un perroquet gentil.

Qui parle, qui chante et raisonne, Et ne fut ni gros ni petit.

De suite, je me mis en quête Et j'allai voir des oiseliers.

Une belle et charmante bête

J'achetai chez l'un des premiers.

Ohl un volatile superbe I

Enfin, un roi de perroquet!

Et puis, il vous avait un verbe,

Ou pour mieux dire, un vrai caquet.

Mais devant moi, nul verbiage.

L'oiseau fut trop silencieux.

Son mutisme n'était pas sage;

Je fus près de laisser les lieux

Sans achat. L'homme, de son mieux

Me persuada que la bête

Parlerait, .tant que je voudrais,

 m'en faire mal à la tête.

Un quart d'heure, peut-être, après

Connaissance avec une femme.

Là-dessus, j'achète l'oiseau.

Je trouvais l'homme sensé, dame!

Et qu'il parlait comme il faut!

— Une fois à mon domicile Ce ne sera pas difficile, Que je me répète à part moi,

Et je vais l'instruire, ma foi!

Assez pour qu'il puisse lui dire:

— Ton oncle t'aime bien, tu sais! .

Eh bieni voyez donc ce que c'est Cet oiseau -là me fit maudire Le moment où je l'achetai, Car il ne voulait répéter.

Pas même: — Mon oncle, et j'étais A la fin en grande colère.

D'abord, je le pris en douceur.

Cajolant, mais n'avançai guère.

Et je me soulageai le cœur

Enfin, las de tout ce manège:

— Dis mon oncle, mon torrieu!

Dis mon oncle, m'écriai-je,

Ou je te tords le cou, mon vieux!

Je le lui tordis avec rage.

Le perroquet, plein de courage

Restait muet — sans dire un mot. .

Exaspéré par cette scène

Je le jette en mon poulailler.

Où j'ai des Plymouths, une trentaine,

Des poulettes pour élever;

Puis, un peu encore en colère

Je me dis: — ^Allons se coucher!

Mais le lendemain, vite chez

Ma gente ailée en volière

Du poulailler, j'accours et vois

Une scène d'un vrai comique

Qui m'attriste tout à la fois ....

Vingt-neuf poulets jonchent sans voix

Le sol, pendant que tragique

Et superbe dans sa mimique,

Le perroquet tordant le cou

Du survivant, parle beaucoup.

Sa voix a un accent sauvage

Pendant qu'il tord avec rafge,

En criant dans ce milieu:

— Dis mon oncle, mon torrieu!

Où je te tords le cou, mon vieux I

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