LES ETRENNES D'UN PETIT FRANÇAIS
Un jour, Joseph Dufoiir S'en vint en ville pour Faire des emplettes A l'occasion des fêtes .
De suite, chez Carsley Il s'en est allé.
Ce fut une jeune fille Bien gentille,
Qui le servit;
Elle lui dit Avec un joli sourire:
— M'sieu veut-il m'dire
Ce que lui désir?. .
C'était un plaisir De l'entendre Donner une inflexion tendre A ces mots Français Accentués d'Anglais.
— Vous êtes pas Française?
Dufour demanda.
— No, je souis Anglaise!
— On rdirait pas, oui-dà!
Car vous parlez, mamzelle, Not' langue aussi ben qu'moé,
Et j'ia parle belle. .
Mais faut pas s' vanter, quoé!. . .
Donc, j'veux faire des étrennes Aux enfants: deux tratnes
Pour Tï-thur et Toto. . . .
Pis. .Ti-Paul veut un bateau. . .
Pis. .An' catin pour Marie
Pis . . Un p'tit ber pour Ninie . .
Pis.. pour Pitouche, des patins.
Ohl. . encore deux catins Pour des petites nièces . .
Puis, il paie en belles pièces.
Mais soudain, le vieux S'écrie — ^Ah! ben! torgueux!
J'oubliais mes p' tits n' veux 11. .
C'est pas une chose à faire . .
J'ieux achète une paire
De p'tits tambours!
Y s'ront-y fiers, les p'tits bonjours!
Bon, vous avez compris, toujours?
— Yes!
L'Anglaise avait dans les veines Un peu de sang Français; Elle dit à l'homme aux étrennes:
— M'sieu, si ton langue, je sais C'est qu'par mon grand'mère, (Et moi j'en être fière), J'un p'tit Français dans moi, t'joursl
— Eh ben! j'y donne un p'tit tambour Itou, reprend, Joseph Dufour!