‹ Les Juifs à Paris depuis le VIe siècle (volume 2)Chapitre 20 sur 40 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

La Communauté juive actuelle. — Les établissements de religion, de charité et d’instruction. — Tableau général de la situation des Juifs à Paris. — Conclusion.

Nous touchons au terme de cette étude et il ne nous reste plus qu’à esquisser à grands traits l’état actuel de la Communauté, résultant des efforts tentés depuis dix-sept ans. Ces dix-sept dernières années constituent une époque véritablement féconde.

La population juive de Paris a pris une extension si considérable qu’on ne peut l’évaluer à moins de cinquante mille âmes; mais dans ce chiffre combien grand est le nombre des indigents 1 A plusieurs moments de grands sacrifices ont été nécessaires. Paris est devenu le refuge des exilés et des persécutés ; plus la misère s’est accrue, plus les Israélites fortunés ont fait preuve de sentiments fraternels; et ça a été depuis 1871 un spectacle admirable que cet élan unanime de charité où se sont toujours rencontrés la fortune et le dévouement.

Quel ensemble magnifique forment alors les œuvres et les établissements israélites à Paris 1 La Maison des vieillards et celle des incurables à l’Hôpital de Rothschild; le Comité de bienfaisance et ses œuvres charitables; l’Orphelinat S. et C. de Rothschild; la Maison de refuge de Neuilly; les Sociétés juives de secours mutuels; la Société

de patronage pour les apprentis et son Ecole de travail ; la Société des femmes en couches : voilà l’œuvre de charité (1).

Un groupe scolaire communalisé et installé près le marché des Blancs-Manteaux; un autre, place des Vosges ; des écoles modèles établies rue Claude-Bernard , avenue de Ségur et faubourg Saint-Martin; l’instruction religieuse répandue et étroitement surveillée; le Séminaire transféré dans une maison construite pour lui : voilà l’œuvre d’enseignement.

Enfin l’ouverture du temple de la rue de la Victoire en 1874, du temple de la rue des Tournelles en 1876 (2) et du Temple de la rue Buffaut en 1877 : voilà l’œuvre de religion.

Mais ce n’est pas seulement à ce point de vue que la Communauté israélite de Paris est remarquable ; elle l’est aussi par son activité, son intelligence, son ardeur au travail, par la rapidité prodigieuse avec laquelle elle s’est assimilé les mœurs, les usages, les coutumes du pays, gravissant peu à peu, mais sûrement, tous les degrés de l’échelle sociale au bas de laquelle les Juifs se trouvaient en 1789. Elle n’accapare aucun métier, aucune pro-

(1) Au moment où nous mettons sous pressera Communauté inaugure un établissement d’une importance exceptionnelle : nous voulons parler du Refuge du Plessis -Picquet pour les jeunes garçons Israélites abandonnés. Cette œuvre fait honneur à M. Zadoc Kahn, qui en a été l’initiateur, à la Communauté dont le généreux empressement a permis de la fonder, à M. Joseph Hirsch, ingénieur des ponts et chaussées, qui a dirigé les travaux du Comité d’organisation avec un talent et un dévouement remarquables.

(2) Voir à l’Appendice la Liste des administrateurs des temples allemands depuis 4809 .

fession, elle ne barre la route à personne; mais elle tient partout, dignement, la place à laquelle les Israélites, comme Français, ont un droit égal à celui de tous les travailleurs, de tous leurs concitoyens.

Il ne peut entrer dans notre dessein de donner ici une nomenclature de tous les Juifs qui exercent un état, un métier à Paris. Notre cadre est bien trop étroit. Mais, laissant un instant de côté les noms des Rothschild, des Gahen d’Anvers, des Camondo, des Ephrussi, des de Hirsch et des Péreire, qui, synonymes d’honneur, de loyauté et de probité, sont universellement respectés, nous croyons utile de signaler ceux qui se distinguent dans toutes les branches du commerce, de l’industrie et de la manufacture, dans les sciences, les arts, les lettres, les corporations savantes, dans les Conseils supérieurs du gouvernement, les administrations de l’Etat et dans l’armée.

Sénateurs. — Alfred Naquet; Edouard Millaud, ancien ministre des travaux publics ; Lisbonne.

Députés. — Crémieux; Cam. Dreyfus; Emile Javal; Raynal, ancien ministre des travaux publics.

Municipalités. — Henri Aron, adjoint au maire du IIe ar. rondissement; Alfred Deutsch, adjoint au maire du VIIe arrondissement ; Levylier, adjoint au maire du Xe arrondissement.

Conseil général. — Stanislas Leven.

Conseillers municipaux. — Paul Strauss; Mayer.

Corps diplomatique. — Baron Gustave de Rothschild, consul général d’Autriche-Hongrie; Elias-L. Maduro, consul général de Costa-Rica; J. -P. Simmonds, consul général de Haïti; Ch. de Mosenthal, consul général d’Orange (Afrique du

Sud); Albert Hermann, vice-consul de Perse; Ulmann, viceconsul de Suède et de Norvège; Alex. Oppenheim, consul honoraire de Belgique; O.-L. Cahen, vice-consul du Paraguay; Jules Ghavès, vice-consul de Libéria ; Benj. Haas, consul général de San Salvador.

Conseil d'Etat. — Camille Sée, ancien député, conseiller d’Etat; Yalabrègue, maître des requêtes; Camille Lyon, maître des requêtes; Georges Saint-Paul, Justin Seligmann, Ernest Meyer, auditeurs de lre classe; Paul Fould, ancien auditeur; Fould, ancien maître des requêtes.

Chambre de commerce. — Henri Fould; J. Haas.

Conseil supérieur de l'agriculture. — Ferdinand Dreyfus, ancien député; Lyon-Caen, professeur agrégé à la Faculté de droit de Paris.

Conseil d'administration des forêts. — Gustave Sée, administrateur général des forêts.

Ministère du commerce et de l'industrie. — Gustave Ollen* dorff, directeur du personnel de l’enseignement technique.

Conseil supérieur du commerce. — Henri Fould; Alexandre Léon.

Comité consultatif des arts et manufactures. — Mayer, ingénieur conseil de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest ; Lan, ingénieur en chef.

Ecole centrale des arts et manufactures. — Maurice Lévy, membre du Conseil.

Instruction publique. — Michel Bréal, inspecteur général de l’enseignement supérieur (lettres); Eugène Manuel, inspecteur général de l'enseignement secondaire ; F. Hément, inspecteur général honoraire de l’instruction publique.

Conseil supérieur de l'instruction publique. — Eugène Manuel, Michel Bréal, membres de la section permanente*

Académie des inscriptions et belles-lettres . — J. Deren-* bourg; Oppert; M. Bréal; H. Weill.

Académie des sciences . — Halphen; M. Lévy; Loewy; Lip* pmann.

Académie des beaux-arts . — Baron Alph. de Rothschild.

Académie des sciences morales et politiques . — Ad. Franck.

Académie de médecine . — Georges Hayem; Emile Javal; Germain Sée; Marc Sée ; J. Worms, membre associé libre.

École pratique des hautes études . — D. Javal; H. Weill; Michel Bréal; James Darmesteter; J. Derenbourg; H. Derenbourg; J. Halévy; Oppert; Isidore Lœb, membre correspondant de l’académie royale d’histoire de Madrid.

Collège de France. — Maurice Lévy; Ad. Franck; Jules Oppert; James Darmesteter; M. Bréal.

Sorbonne . — Gabr. Lippmann, ingénieur en chef, membre de l’Institut; Arsène Darmesteter.

Bureau des longitudes. — Loewy, membre du conseil.

Observatoires. — Loewy, sous-directeur de l’Observatoire de Paris; Albert Lévy, à l’Observatoire de Montsouris; le colonel Mannheim et Léon Philippe , ingénieur en chef de ponts et chaussées, membres du conseil de l’Observatoire.

École normale supérieure. — Weill, de l’Institut, professeur de grec.

École polytechnique. — Halphen (G. -H.), chef d’escadron d’artillerie, Examinateur à l’Ecole polytechnique, membre de l’Institut; Mannheim, colonel d’artillerie.

École de droit. — Lyon-Caen, professeur agrégé.

Faculté des lettres. — Ad. Franck, agrégé; A. Darmesteter.

Faculté des sciences. — Lippmann, professeur de physique.

Faculté de médecine. — Georges Hayem; Germain Sée.

Cour de cassation. — Bedarrides, président de chambre.

Cour d'appel. — A. Bloch, avocat général.

Tribunal de première instance. — Weill, juge.

Ministère de la guerre. — A. Fribourg, chef de bataillon du génie à l’Etat-Major général.

Ministère de l'intérieur. — E. Javal, inspecteur général de services administratifs.

Ministère de la marine et des colonies . — Lisbonne et Vidal (Abraham), directeurs des constructions navales; Goldscheider, ancien sous-directeur.

Ministère des postes et télégraphes . — Gerson Fribourg, directeur du matériel et de la construction; Dreyfus, directeur départemental; Seligmann-Lui, ingénieur, adjoint au directeur de l’Ecole supérieure de télégraphie.

Ministère des travaux publics . — Mayer, chef de division à la Direction des chemins de fer.

Ministère de l'agriculture . — Léon Philippe, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur de l’hydraulique agricole.

Ministère des finances. — Léon Oulmont, inspecteur des finances; Seligmann, sous-directeur de la Monnaie.

Ingénieurs des Ponts et chaussées. — Joseph Hirsch ; Maurice Lévy; Théodore Lévy; Lax, ancien directeur des chemins de fer; Bechmann (Georges); Raphaël Bischoffsheim; Léon Philippe; Edouard Lyon; Ferdinand Meyer; Maurice Moyse; Hinstin ; Ernest Javal; Léopold Francfort, inspecteur général des ponts et chaussées; Léopold Marx et Alex. Marx, anciens inspecteurs généraux; S. Lion, conducteur principal des ponts et chaussées, inspecteur des promenades.

Ingénieurs des poudres et salpêtres . — Braun (J. -O.); Dreyfus (Samson).

Ingénieurs des Mines. — Michel Lévy; Auguste Lévy; M.-A. Seligman-Lui ; Lan; Paul W or ms de Romilly.

Ingénieurs des chemins de fer . — Albert Lévy-Alvarès, ingénieur-conseil de la Compagnie des chemins de Madrid à Saragosse et Alicante; Ernest Mayer, ingénieur en chef de la Compagnie de l’Ouest; Emile Pereire, ingénieur-adjoint des Chemins du Midi ; Henri Pereire, ingénieur des Chemins du Midi ; Salomon, ingénieur à la Compagnie de l’Est; Moyse, ingénieur en chef à la gare de l’Ouest.

Ingénieurs du génie maritime. — Alphonse Hauser; Albert Wahl,

Ingénieur des télégraphes . — Seligmann-Lui, inspecteur général.

Ingénieur civils . — Lucien Cahen-Strauss ; Brandon; Ellissen; Keim; Paul Lévy; Pereyra; Georges Salomon.

Ingénieurs de la Compagnie du gaz . — Emile Brisac. — Aug. Dreyfus. — Saum.

Architectes. — Aldrophe; Emile Ulmann, Grand prix de Rome; Eug. Lévy, architecte de la Compagnie d’Orléans; Mayer.

Sculpteurs . — Emile Soldi; Emmanuel Hannaux; Z. Astruc.

Peintres. — Emile Lévy; Henri-Léopold Lévy; Jules Worms; Brandon; Rosa Bonheur; Edouard Lièvre; Alphonse Hirsch; Jules Hirsch; Fribourg (sur éventails); Emile Hirsch (peintre-verrier) ; Léonce Coblentz (peintre miniaturiste); Hirsch (Alex. -Auguste) , inspecteur de renseignement du dessin et des musées.

Médecins et Chirurgiens. — Strauss et Dreyfus Brisac, médecins en chefs de l’hôpital Tenon ; Georges Hayem, médecin en chef de l’hôpital Saint- Antoine; M. Leven, médecin en chef de l’hôpital Rothschild; Marc Sée, chirurgien à la maison municipale de santé ; Jules Worms, médecin en chef du chemin de fer du Nord; Anselme Weill, médecin au chemin de fer du Nord ; Ferdinand Drevfous, médecin de la Compagnie générale des omnibus; Gouguenheim, médecin de rhôpital Bichat et du Conservatoire de musique; Fano, chirurgien; Germain Sée; Emile Javal, oculiste; E. Meyer, oculiste; Siebel, oculiste; D.-M. Levi, auriste ; Oulmont, médecin du Bureau central, médecin titulaire de la maison de retraite La Rochefoucauld, etc., etc.

Pharmaciens. — Brunschwick; Prosper Cahen ; Callmann; Hertzog; A. Mayer; Schnabel; Weill.

Avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de Cassation. — Léonce Lehmann, 1er syndic du Conseil de l’ordre; Gaston Mayer.

Avocats à la Cour d'appel. — Narcisse Leven; Oulif; Ab. Sée; Masse; Feidinand Dreyfus, ancien député; Léon Lyon-

LES JLJIFS A PARIS

Caen; Emile Strauss; Fernand Worms; Georges Dreyfous; Benoît Lévy (Edmond), etc.

Avoués à la Cour d’appel. — Bernheim; Lucien Hesse; Jacob; F. Willard.

Avoués de première instance . — Lyon ; G. Cahen.

Notaires. — Edmond Aron.

Juges de paix. — Jacob, avoué, 1er suppléant (2e arrondissement).

Juges au tribunal de commerce . — Ernest Lévy; Ad. Levylier; May (H.-L.) ; Alphonse Falco.

Lettres : Publicistes. — Edmond Benjamin, directeur de journaux illustrés; Louis Bloch, secrétaire de la rédaction du Petit Journal] Armand Schiller, secrétaire de larédaction du journal le Temps ; Joseph Reinach, directeur du journal la République française ; Camille Dreyfus, député, directeur du journal la Nation ; Eugène Mayer, directeur du journal la Lanterne ; Arthur Meyer, directeur du journal le Gaulois ; Edouard Cahen, directeur du journal les Travaux publics ; Alfred Neymark, directeur du journal financier le Rentier ; Camille Sée, directeur de la Revue de renseignement secondaire des jeunes filles ; Albert Millaud, Albert Wolfï et Adrien Marx; Catulle Mendès; Georges Michel; Armand Ephraïm; Blowitz (Times); Paul Strauss; Alexandre Weill; Alfred d’Almbert; Henri Avenel; Paul Avenel; Edgard Hément (Temps); Salomon Reinach; Henri Michel, agrégé de lettres, publiciste ; etc.

Auteurs dramatiques. — Ad. d’Ennery; Abraham Dreyfus; Ernest Blum; Hector Crémieux; Georges de Porto-Riche; Albin Yalabrègue; Eugène Manuel; Ed. Philippe.

Théâtres. — Emile Abraham, secrétaire général du Gymnase; Léon Marx, directeur du théâtre Cluny; Louis Derenbourg, directeur du théâtre des Menus-Plaisirs; Emile Mendel, secrétaire général del’Ambigu; Edmond Benjamin, secrétaire général des Menus-Plaisirs. Mm0s Rosine Bloch, de l’Opéra; Zélie Hadamard, de la Comédie-Française et

Amélie Hirsch, de l’Opéra; MM. Worms et Berr, de la Comédie-Française, artistes dramatiques.

Professeurs . — Arsène Darmesteter; Joseph Halévy; Lucien Lévy Brühl; Maurice Salomon; Albert Cahen; Dalsème; Grumbach; Albert Lévy; Maurice Wahl; Henri Mayer; Cahen; Charles Salomon; Bloch; Weill.

Compositeurs de musique. — Albert Cahen d’Anvers ; Jules Cahen, chef du chant à l’Opéra; Danhauser (Ad. Léopold), professeur au Conservatoire, inspecteur principal de l’enseignement du chant; Samuel David, 1er grand prix de Rome; Jonas; André Wormser; Paul Wormser ; Jules Erlanger.

Armée. — .Général Brisac ; général Lambert; général Lévy Alvarès; général Sée; général Abraham; colonel Salvador ; colonel Lyon ; colonel Fix; colonel Hinstin; commandant Nathan; commandant Gompertz; commandant Cerf; capitaine Heumann, capitaine instructeur à l’Ecole militaire spéciale de Saint-Cyr; Seligmann, intendant militaire en retraite; Lemant, intendant militaire ; Hinstin, capitaine de frégate ; Emile Weyl, lieutenant de vaisseau, en retraite.

Chambres syndicales . — Haas, président du syndicat de la chapellerie; Georges Lévy, président du syndicat de la photographie; Alphonse Sriber, président de la chambre syndicale du caoutchouc; Julien Hayem, président de la chambre syndicale de la chemiserie en gros pour hommes, etc., etc.

A cette liste déjà longue et cependant si incomplète, nous pourrions en ajouter une autre contenant les noms de ceux qui, par leur situation personnelle, par l’importance de leurs établissements, par le nombre des ouvriers qu’ils occupent, ont su parvenir à un rang honorable, et se faire un nom respecté dans l’industrie et la manufacture.

Mais ici la place nous manque pour citer tous ceux que nous voudrions. Qui ne connaît, au surplus, dans la librairie, les noms de Calmann-Lévy, d’Qllendorff, de Félix Alcan et de Rothschild; dans l’imprimerie, ceux d’Alcan-Lévy, Kugelmann, Schiller; parmi les industriels, Henri Herz, Alexandre Deutsch, Georges Lévy, Edouard Lippmann, Sciama, Lazare Weiller et Lévy-Finger; et parmi les manufacturiers, les Hayem, les Trêves, les Haas, les Benda, les Rothschild; dont les usines, les fabriques ou les manufactures sont pour le pays un honneur et une source de richesse 1

Cette énumération ne répond-elle pas à toutes les accusations, à toutes les calomnies dont les Juifs ne cessent d’être l’objet? Continuera-t-on de dire que les Juifs sont uniquement commerçants et banquiers? qu’ils se livrent exclusivement à l’usure? qu’ils répugnent aux travaux manuels? et qu’ils se jettent plus volontiers dans les voies où la richesse s’acquiert, sans peine et sans labeur, par des moyens que réprouvent la probité et l’honneur?

Mais que ne dit-on pas encore, malgré les témoignages les plus probants , malgré l’évidence même (1)? Cependant bien des préventions sont tombées, et les Israélites de Paris ont pu récemment constateFles fortes sympathies dont ils sont entourés, quand à une publication scandaleuse a répondu partout, dans la presse, dans la société,

(I) Voy .Réflexions sur les Juifs, par Isidore Loeb (Paris, 1884). Contient une réfutation énergique et serrée de toutes les accusations portées contre les Juifs.

dans l’Eglise même (1), une clameur indignée.

Qu’ils jettent un regard en arrière, qu’ils considèrent les siècles de servitude et de douleur, qu’ils comparent leur état présent et leur état passé, et ils verront qu’il n'en fallait pas tant jusqu’au xvm® siècle pour surexciter le fanatisme religieux, provoquer le pillage et le massacre des familles juives.

Livré à toutes les haines et les jalousies, tour à tour la possession des seigneurs et des rois, la proie habituelle des uns et des autres, victime de toutes les agitations populaires et politiques, de toutes les exaclions, le Juif de Paris, portant injustement le poids de tous les malheurs publics, traverse péniblement les siècles, errant partout, partout étranger, partout isolé, obligé de fuir les hommes pour fuir les plus cruels traitements. Tous les efforts qu’il fait pour rester l’égal de l’homme demeurent absolument vains. Ni son intelligence, ni son activité, ni sa science, ne peuvent le sauver de l’avilissement dans lequel l’Eglise, les seigneurs, les rois et le peuple le plongent à dessein. « Objet particulier de tous les mépris, il baisse la tête sans se plaindre; il souffre toutes les avanies sans demander justice; il se laisse accabler de coups sans soupirer; on lui demande sa tête, il la présente au cimeterre (2) ».

La Révolution met enfin un terme à cet état dégradant, et la Communauté de Paris, qui depuis

(1) Yoy. Univers israélite , xli0 année, p. 663, 725; xme année, p. 387, 579. « L’abbé Frémont. »

(2) Chateaubriand : Itinéraire, III, p. 46. (Edit, de Paris, 1811).

les premières années du xvm0 siècle se forme et se groupe, peut enfin envisager l'avenir avec sécurité : elle jouit de la liberté civile, politique et religieuse que proclame la Constitution des droits de l’homme. Toutes les carrières, dont jusque-là le Juif était impitoyablement chassé, lui sont dorénavant ouvertes. Il y entre avec une ardeur, avec une joie que légitime sa nouvelle position en France.

Ses droits sont reconnus; son culte va l’être bientôt également. Napoléon Ier l’organise et lui donne une base légale. Le Consistoire de Paris est fondé, et la Communauté, tout à fait constituée, va désormais prendre un essor toujours plus grand. La population juive s’augmente de tous ceux qu’attire le centre de la civilisation, de tous les étrangers qui ne trouvent dans leur pays ni la liberté, ni la protection accordée aux Juifs de France.

La fusion de l’élément israélite avec le reste de la population s’opère progressivement, sans porter une atteinte trop sensible a la moralité juive, sans nuire au maintien de l’esprit de famille, qui caractérisent la race juive. L’éducation s’affine; le cœur se rectifie ; l’esprit s’élève ; la direction religieuse descend peu à peu de la sphère de la science pure pour pénétrer plus intimement dans les familles, que l’influence civile tend à éloigner des pratiques du culte.

La chaire synagogale, muette pendant trop longtemps, s’anime, et un moment arrive où la parole qui en tombe, pleine de grâce, d’entraînement et de chaleur, faite de sentiments délicats et de droite

raison, ramène au temple les indifférents, persuade les indécis et charme les fidèles. L’action du Grand Rabbin de Paris, M. Zadoc Kahn, se fait partout sentir. Pasteur de la Communauté, il est tout à elle; elle est toute à lui; et les Rabbins adjoints (1) le secondent avec un dévouement sans borne dans sa tâche que l’accroissement des Israélites, à Paris et dans la banlieue, rend chaque jour plus difficile et plus lourde.

Ce n’est pas sans des sacrifices de toutes sortes que les Juifs de Paris ont obtenu de tels résultats, et qu’ils ont conquis la place qu’ils occupent dans la société. Les hommes de la Révolution les y ont aidés, les Israélites ne l’oublient pas. Aussi, tous unis dans un même sentiment de gratitude, célébreront-ils le glorieux anniversaire de leur émancipation, justement fiers d’avoir triomphé de tant d’obstacles; et se tournant vers

(1) Jusqu’en 1851, le Grand Rabbin de Paris eut seul la charge de la direction religieuse de la Communauté. A cette époque, il demanda l’adjonction d’un Rabbin. M. Trénel fut nommé. Choisi comme directeur de l’Eéole rabbinique en 1856, il fut suppléé à Paris par MM. Mayer, Rabbin de Verdun, et Félix Lazard, qui furent nommés par décret en date du 17 avril 1860. M. Astruc fut appelé aux mêmes fonctions en 1858 par décision consistoriale. Nommé Grand Rabbin de Belgique, il fut remplacé par M. Zadoc Kahn, qui occupa le pos*e de troisième Rabbin adjoint créé par décret du 6 avril 1867. Un quatrième poste de Rabbin fut créé en 1869 et occupé par M. Joseph Lehmann; un cinquième en 1872 et confié à M. Bigart. M. Emm. Weill, Rabbin de Versailles, fut nom ué à Paris le 3 juillet 1876. M. Haguenau, Rabbin de Lunéville, fut appelé en 1882 au poste de Rabbin adjoint à Paris. En même temps le Consistoire créa deux nouvelles places qu’occupent MM. Raphaël Lévy, en qualité d’aumônier des hôpitaux et prisons, et M. Israël Lévi. En 1885, MM. Jacques Bigart et Moïse Bloch furent choisis comme Rabbins attachés à la circonscription de la Seine.

l’avenir, n’oubliant rien des leçons du passé, ils continueront à marcher en avant, avec la sécurité et la confiance qui conviennent aux hommes libres.

APPENDICE

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