M. ZAI30C KAHN
Grand-Rabbin de Paria
PARIS LIBRAIRIE A. B-URLACHER
83^*«t RUE LAFAYETTE
tiques qu'il a eu la bonne fortune d'avoir sous la main et qu'il a mis habilement à profit.
Tout lecteur, libre d'opinions préconçues, pourra tirer la conclusion de ce récit, clair et véridique ; cette conclusion, nous ne la craignons pas.
Nous ne sommes pas sans savoir que les Juifs ont leurs détracteurs qui ne manquent aucune occasion de les accabler de leurs injures et de leurs calomnies. Tantôt avec une fougue passionnée, propre aux sectaires et peu scrupuleuse sur le choix des armes, tantôt avec des allures à prétentions scientifiques, qui dissimulent mal la pauvreté de la pensée et l'empire de préjugés vulgaires et mille fois percés à jour, on répand surnotre compte des inventions aussi fantaisistes qu'odieuses. Si cela dépendait de quelques écrivains, plus bruyants que sérieux, la France en viendrait à faire humblement son mea culpa pour avoir répudié, à la face du monde, toute idée d'intolérance religieuse et d'injustice sociale, reconnu à tous ses enfants les mêmes droits et les mêmes devoirs. Et de telles excitations se produisent à la veille du centenaire de la Révolution I Singulière manière de se préparer à fêter le plus glorieux des anniversaires! Gomme si ce n'était pas
VHI PRÉFACE
de Fentreprise qu'il a menée à bonne lin avec une louable persévérance, et nous exprimons l'espoir que les lecteurs ne lui manqueront pas.
Paris, le 2 novembre 1888.
Zadog Kahn,
Grand-Rabbin,
s LES JUIFS A PARIS
aboutissaient de celle-ci au Palais. Us y avaient môme une synagogue en 582 (1).
Un édit rendu par Childebert au vi* siècle, et rendu à Paris (2), a laissé supposer qu'ils pouvaient y être nombreux. Mais ce n'est là qu'une hypothèse. Ce prince leur interdisait de paraître en public du saint temps de la Passion à Pâques, — selon les uns, parce que « leur présence était une offense au Christianisme (3) » ; — selon les autres, parce qu'on craignait que les Juifs ne profitassent du moment où les rues étaient désertes et les églises pleines pour exécuter quelque mauvais dessein.
Quoi qu'il en soit de ces deux versions, il est certain que jusqu'alors l'existence des Juifs s'écoulait sans trouble à Paris et qu'ils y occupaient même un certain rang. Les charges dont ils étaient revêtus et que les conciles s'efforcèrent de leur enlever (4), les relations cordiales qu'ils avaient avec les Chrétiens et que l'Eglise ordonna à ses fidèles de rompre, la liberté avec laquelle ils exerçaient leur religion, témoignent de leur condition favorable à Paris jusquau \v siècle. Mais à cette époque s'ourdit contre eux un sentiment d'hostilité qui se manifestera avec une force toujours croissante et qui, suscité par l'Église, gagnera successivement les rois, les seigneurs et le peuple.
(1) Cela parait résulter du moins de rinterprêtation, par Adrien de Valois, du texte du livre vi de Grégoire de Tours (Moïse Schwab. 1866).
(2) Graetz, lli, 269.
(S) Ibid.
(4) Conciliorum Coll, Labbé
Normands, rabaissement de la puissance royale, la prépondérance naissante des grands vassaux, jettent un trouble immense dans le royaume. Enveloppés dans ces grands changements, les Juifs disparaissent et on ne trouve de nouveau leur trace à Paris quaux premiers temps de la féodalité. Le XI* siècle môme s'écoule sans qu*il soit fait aucune mention d'eux. Traités alors comme des étrangers qui ne font que passer sur le territoire de France, ils vivent ignorés et heureux du silence qui les entoure, logés maintenant (1090) dans un lieu nommé Champeaux, au milieu « des petites « maisons hautes et mal faites qui furent basties € exprès et composèrent un certain nombre de « rues étroites, tortues et obscures, fermées de « portes de tous cotez (1) ».
Grâce à l'obscurité dans laquelle elle vivait alors, la population juive de Paris put se développer sans entrave. Elle eut sous Louis le Gros une certaine importance. A cette époque, en effet, elle ae concilie la bienveillance de tous et particulièrement celle du clergé; elle figure parmi les corporations qui se pressent au-devant du pape Innocent II à son entrée dans Paris, et lève, à son approche, les Livres de la Loi ; enfin, la Synagogue, qui compte quantité d'écrivains dogmatiques, brille d'un vif éclat, et tient dignement sa place dans ce siècle qu'illustrent R. Tam à trléans, Raschi et R. Meir à Troyes Au rapport de Benjamin de Tudèle, elle renfermait en effet des « disciples de Sages » qui n'avaient point « leurs pareils sur toute la terre »,
(1) V. Delamare et Sauvai, Histoire de Paris.
deux bouts avec de grandes portes qu'on appelait les portes de la Juiverie. Elles ne furent abattues que sous François P' en môme temps que les portes qui restaient encore de la vieille enceinte de Paris achevée par Philippe-Auguste.
Les plus riches d'entre les Juifs occupaient alors les deux côtés de la rue qui faisait le milieu de la cité et qui, d'un bout, tenait au Petit-Pont, et, de l'autre, au pont Notre-Dame. Un acte de Philippe- Auguste, datant de 1204 environ, donne leurs noms. Ils étaient au nombre de 40 : 25 étaient de rile-de-Francc, et 15 de Normandie (1) :
C'étaient, de France : Moyse de Sens; — Salomon Crossus deDorb; — Deodat de Verneuil; — Deodat de Brai; — Elias, son frère, — Joce Doain;
— Isaac de Gonesse; — Fautinus de Pontoise; — Benamta Catus de Mest (2);— Ursellus de Mantes;
— Isac Anglais de Gournay; . — Bandit de Senlis;
— Léo de Pierrefonds; — Judas de Montlhéry;
— Bien-li-Vienge d'Etampes; — Morel de Yenville (3);— Peret d'Orléans et Jacob de Falaise;
— Joce Daihel d'Orléans; — Léo de Sacro Cesare Ditur (4) ; — Vivant, gendre de Crescent, de Montargis; — Léo Crosse de Melun; — Morême de
(i) Catalogue des Actes de Philippe-Auguste, par Léopold Delisle (Paris, 1836). La pièce est en latin. Nous en traduisons les noms. La plupart d'entre eux se retrouvent dans le Rôle des Juifs de Paris en 1%96-1^97y par Isidore Loeb. -- Revue des Etudes juives, n» I, p. 61 et suiv.
(2) M. Léop. Delislu suppose que l'indication est mal rapportée et qu'il devrait y avoir Bona vita Catus de Aneto = Bonnevie Catede Anet (Eure-et-Loir).
(3) Yenville = Janville (Eure-et-Loir).
(4) Peut-ôtre, d'après M. Léop. Delisle, pour Biturencis.
bec, XXX (1); — Samuel, L; — Léo de Ben, XV; — Dex Aie et son frère, LX; — David de Guidesores (2), XX; — Vivant, X; — Ursellus, XX; — Bonnevie jeune, XXX; — Bêle Assez, XV.
(1) Calvados.
(2) Gison.
li LES JUIFS A PARIS
jour loco servitii sui (1). Les orphelins étaient ses préférés. Il les faisait baptiser et les nourrissait. Il tenait lui-même sur les fonts ceux qui demandaient le baptême et leur assignait ensuite sur son douaire des rentes d'un, de deux ou de trois deniers par jour, selon Tàge, la qualité et les besoins. Mieux valait bonne pension que mauvais traitements.
La satisfaction pieuse qu'il en retirait devait le consoler de défcutos théologiques qui lui étaient assez sensibles. Les controverses religieuses étaient assez fréquentes, et bien que Saint-Louis n'y prît jamais une part directe, il sentait assez le terrain manquer sous le pas des prêtres pour se montrer l'adversaire de ces « disputaisons ». Aussi disait-il que nui, « s'il n'est très bon clerc », n'y devait prendre part, et que « l'homme laïc, quand il ouït médire de la loi chrétienne, ne doit pas la défendre sinon de Tépée, de quoi il doit donner parmi le ventre dedans, tant comme elle y peut entrer (2) ».
Il ne fallait pas moins que des arguments de cette sorte pour avoir raison de la science et des lumières que possédaient les Rabbins à cette époque. Déjà à la fin du xii* siècle, Juda Sir Léon de Paris, qui était à la tête de TEcole talmudique de Paris, et y demeura jusqu'en 1224 où il mourut.
\\.) Vie de Saint-Louis, roi de France, par Le Nain de Tillemont, publiée pour la Société de l'Histoire de France par J. de Gaule (Paris, 1849), t. V, p. 295 et suiv.
(2) Histoire de Saint-Louis, par Jean Sire de Joinville, publiée pour la Société de l'Histoire de Franco, par M. Natalisde Wailly p. 12 rParia, 1»78\
guor dans les rivières où se baignaient les Chrétiens, de leur préparer des médecines, de toucher aux vivres dans les marchés à moins que de les acKeler; il les obligea d'observer le carême et tous les autres temps d'abstinence quant à l'usage de la viande; il enjoignit aux Chrétiens de ne pas servir chez les Juifs et aux Juifs de ne pas retenir les Chrétiens à leur service; il leur interdit enfin d'avoir plus d'une synagogue et d'un cimetière par diocèse.
A cette époque, il y avait une Juiverie (1) à la rue de la Harpe, une autre dans la rue Saint-Bon et celle de Jean-Pain-Molet. D'autres Juifs « en quantité >, dit Sauvai, s'étaient établis dans la rue des Lombards, la rue Quinquempoix et la rue des Jardins. Il résulte en outre de documents de l'époque qu ils avaient deux synagogues, deux cimetières (2), un moulin et une lie qui s'appelait Tile des Juifs.
Cette île « était dans la Seine (3) proche de la porte de derrière du jardin de nos rois, entre 1 île du Palais et le couvent des Augustins, en un lieu où les religieux de Saint-Germain-des-Prés avaient haute et basse justice ». Cette île était fort petite, et Tune des deux qui terminaient autrefois l'île du Palais avant qu'on eût bâti le Pont-Neuf et la place Dauphine.
(1) Guillot de Paris, qui écrivait vers la fin du xni© siècle, cite, dans son Dit des rues de Paris, une rue delà Jnerie, située dans « la Cité ».
(2) V. Léon Kahn, Le Comité de Bienfaisance, Ch, des cimetières, p. 94 (Paris, 1886).
(3) Sauvai.
pittoresque de Clémence de Hongrie (1), fut rasée et sur son cmplacomont un particulier, nommé Rainier Flaming, bâlit en 1*^94 une chapelle qu'il appela la Chapelle des miracles.
Malgré le trouble profond que de pareils événements devaient jeter dans leur Communauté, les Juifs de Paris restaient cependant attachés à la ville. On les voit, de 1292 à 1297, d'après le rôle de la taille imposée, habitant larueduFranc-Mourier (auj . rue de Moussy), la rue Neuve et la Court Robert de Paris (auj. rue du Renard-Saint-Merry), Latacherie (auj. rue de la Tacherie), et le Petit- Pont '^quartier situé au delà du bras sud de la Seine, en face d'un pont appelé Petit-Pont) d'où ils ont disparu en 1290 (2), victimes sans doute des persécutions qui, en 1295, fondent de nouveau sur la population juive de Paris (8). Le rôle de 1292 compte 121 personnes, celui de 1296 n'en compte que 85. Ils portent tous des noms de famille exclusivement français, et ils francisent ou traduisent leurs prénoms hébraïques. Dans cette nomenclature curieuse, on distingue Copin le Mire (le médecin), Mosse le Mire et Sarre la Mirgesse qui, elle aussi, pratiquait la médecine (4). On sait que l'école juive de médecine à Paris aux xiii® ct'xiv® siècles
(1) aémence de Hongrie était la deuxième femme de Louis le Hutin. V. Histoire générale de Paris. Collection de documents, par Léop. Delisle, Paris 1881.
(2) Le rôle des Juifs de Paris en 1^96 et 4297, par Isidore Locb. Revue des Etudes juives y n'» 1, p. 61 et suiv.
(3) Boutaric, La France sous Philippe le BeL (Paris, 1861.)
(4) Le rôle des Juifs de Paris en 1^96 et 1^97 y par Isidore Lceb. Revue des Études juiv^?. a' l, p. 61 et suIt.
gieuses du couvent de Saint-Louis-de-Poissy (1311) un emplacement appelé le cimetière des Juifs, tel que le possédaient t d'ancienneté » les dits Juifs (1).
(l) Catalogue des documents du Trésor des chartes relatifs aux Juifs sous le règne de Philippe le Bel, par Siméon Lues. — Etudes juives, n« 3, p. 47.
cusée de* € sorcerie », elle fut jetée au Châtelet, et relâchée dans la suite. Le Juif ne fut pas inquiété. — En 1382, Jehan Marquade, naguère Juif, et « paravant qu'il estoit Juif se nommait Symonnet de Saint-Mier » , se fait de nouveau Chrétien, et rentre, en raison de cette nouvelle conversion, dans les biens qui lui avaient été confisqués au profit du roi. — En 1383, on recherche inutilement des brigands qui avaient attaqué et dévalisé quatre Juifs, l'un appelé Raphaël, Tautre Abraham, c et des noms des deux autres ne sont pas recors », au moment où ils débouchaient « es faux bours de Saint-Florentin » (1).
Charles VI s'appliqua à accorder aux Juifs réparation des dommages que leur avaient infligés les « notoires et énormes commocions » de 1380 et 1382. En 1380 déjà, il les avait déclarés non responsables des gages qui leur avaient été enlevés, et le délai qui leur avait été accordé pour faire des prêts d'argent avait été prorogé. Mais la seconde émeute avait rendu ces décisions à peu près vaines ; laiortunë des Juifs y avait sombré presque tout entière; il fallait bien leur faciliter de nouveau les moyens de s'enrichir pour qu'on pût de nouveau les pressurer à loisir.
Aussi n'y eut-il point de faveurs qu'on ne leur prodiguât. Ils furent autorisés à poursuivre leurs débiteurs nonobstant toutes lettres de répit (2), à prendre dans leurs transactions les intérêts des
(1) Choix de pièces inédites....
(2) Les débiteurs des Juifs obtenaient facilement des juges des lettres de répit, au moyen desquelles ils se dispensaient de payer pendant un certain temps.
36 LfiS JUIFS A PARIS
brairie du Louvre; elle se composait de cent quatorze volumes, de quatre rôles et d'une quantité de cahiers de la Bible ou du Talmud qu*on avait trouvés, après l'expulsion des Juifs, dans une maison du faubourg Saint-Denis ayant pour enseigne au « Pourcelet » (1).
(1) Léop. Delisle, Histoire générale de Paris , I, 48.
lège, fut, pendant sa présence à Paris, chargé par le roi de Portugal, Jean III, de défendre ses intérêts dans les réclamations que faisait pour son douaire la reine de France, sœur de Charles-Quint et veuve du dernier roi de Portugal (1).
François I" fît venir pour le soigner un médecin juif de Gonstantinople (2). C'est h ce médecin qu'on devrait, l'introduction en France de l'usage du lait d'ânesse pour les personnes épuisées ou les poitrines délicates (3).
C'est sous le règne de ce prince que la langue hébraïque fut établie et que la typographie hébraïque, qui jusque-là n'avait produit à Paris que de faibles essais, mit tout à coup «lu jour des chefsd'œuvre ('â).
Parûii les noms qu'on rattache au Judaïsme, il en est un qui brille au premier rang et qui demeure comme un des plus éclatants dans la littérature française : nous voulons parler de Michel de Montaigne, qui aurait été d'origine juive par sa mère, Anthoinette de Louppes, native de Toulouse, et descendante d'un de ces nouveaux chrétiens qui s'enfuirent de l'Espagne. Elle appartenait à la famille de Lopès et avait épousé en 1528 noble Pierre Ayquem, seigneur de Montaigne (5).
(1) Malvezin, Histoire des Juifs à Bordeaux, p. 100 et suiv, (Bordeaux, 1875).
(2) E. Carmoly, Revue orientale, t, IL
(3) Ibid.
(4) E. Carmoly, Revue onenîale. — Omont (H.) , Spécimens de caractères hébreux, gravés à Vienne et à Paris, par Guillaume Le Bé (1546-1574), Paris, 1887.— Tir. à part de V Histoire de Paris et de lIle-dè-Fra^fe.
f.V Malvezin, p. OS et 107.
Grève (1), on a cru pouvoir constater Texistence de familles juives à Paris dans la seconde moitié du xvii* siècle. Cette assertion résulterait du moins d'un événement qui eut lieu quelques années après la nomination de La Reynie au poste de lieutenant-général de la police. Vers 1670, vingt-six jeunes gens disparurent de la ville en l'espace de quatre mois, et leur disparition fut mise sur le compte des Juifs qu'on accusa de crucifier les Chrétiens « en haine du Dieu crucifié ». L'accusation fut plus tard reconnue fausse et la police réussit à mettre la main sur les auteurs de ces crimes (2).
La question de résidence des Juifs à Paris à cette époque semble être résolue plus positivement par des documents d'une importance réelle. Il s'agit de douze Mazarinades qui, sous la niention générale de V ^ Assassinat de l'Epinglier (3) >, traitent d'un meurtre commis en 1652 sur un bourgeois de Paris par la Compagnie milicienne des Fripiers. Or, au dire des Mazarinades, celte compagnie n'aurait été composée que de Juifs (4).
(1) Sauvai.
(2) Le.ç Juifs dans VOpinion chrétienne aux xyu® et xvmc siècles : Peuchet et Diderot, par T. R. (Théodore Reinach). Revue des Etudes juives (janvier-mars i884, p. 138).
(I]) Bibliographie des Mazarinades y publiée par la Société de l'histoire de France, par G. Moreau (Paris, 1852), III, 376.
{}) Voici les titres de ces douze Mazarinades : Récit naïf et véritable du cruel assassinat et horrible massacre commis^ e 26 août 1 632, par la Compagnie des Frippiers de la Tonnelier ij, commandée par Claude Amant, leur capitaine, en la personne Jean Bourgeois, ynarchand' e<!pinglier ordinaire de la règne, bourgeois de Paris, âgé de trente-deux ans, tiré des informations et des révélations faites en suite de Monitoires obtenus et publiés e/t aur?fne rfes paroisses de cette ville de Paris (S. 1. 1652"^. —
Voici les faits : c'était le jeudi 15 août. La Compagnie des Fripiers de la rue de la Tonnellerie, revenant de garde de la Porte-Montmarlre, passait à la Pointc-Saint-Éustache sur les cinq heures du soir (1), lorsqu'un passant ayant demandé quelle
BécU véritable de ce qui s*est passé au meurtre d'un jeune garçon, fils d'un marchand espinglier de la rue Saint-Denys, nommé Bourgeois (Paris, Simon Le Porteur, 1652). — Relation véritable de l'horrible assassinat commis par les Frippiers de la nation Judaïque en la personne d'un bourgeois de cette ville de Paris, le S6 août 163^ (Paris, 1652). — Histoire véritable et lajyientable d'un bourgeois de Paris cruellement martyrisé par les Juifs de la Synagogue, le 26 août 1652 (S. L, 1652). — La cruauté de la sinagogue . des Juifs de la dernière génération depuis le jugement de Minos, rtndu à l'âme du pauvre massacré aux Champs-Elisiens, le repos des âmes heureuses. P. A. R. G. L. A. M. B. D. R. T. A. P. (Paris, 1652). — La Fureur dés Juifs, dédiée à 7ncssieurs de la sinagogue en vers burlesques, par Claude Veyras (Paris, Jacques Le Gentil, 1652). — Le Jugement criminel rendu contre la sinagogue des Fripiers portant que ceux de leur nombre qui se trouveront circoncis (qui est la marque de la Juifverie) seront chas Irez rie à rie, afin que la race en deyneure à jamais éteinte dans Paris (S. 1., 1652). — Examen de la vie des Juifs, de leur religion, commerce et trafic dans leur synagogue (Paris, Fr. Preuveray, 1652). — Réponse des principaux de la Synagogue présenté (sic) par articles aux notables bourgeois de Paris, où il sic) montre leur ordre, leur re^gle, leur loy et leur procez avec le com plaignant (Paris, 1652). — La synagogue mise en son lustre avec l'épilaphe de Bourgeois pour mettre sur son tombeau (S. 1., 1652). — Monitoire publié par toutes les paroisses de la ville de Paris contre les Juifs de la Synagogue, le /er jour de septembre 1652, pour avoir cruellement martyrisé, assassiné et tué un notable bourgeois de la dite ville de Paris (Paris, V® J. Guillemot, 1652J. — L'assemblée des' Frippiers en la maison d'un officier de leur Compagnie pour adviser aux moyens de remédier à la cruauté de leur grand crime, suivant le Monitoire, qui se publie contre eux par les paroisses de Paris oit ne trouvant pas de remèdes assurés, un d'entre eux nommé Jean Laloué, s'est jette dans tm puits par désespoir, et aussi avec le refus de la somme d'argent qu'ils ont offerte à Son Altesse royale pour tascher d'estouffer cette action barbare (Paris, 1652).
(1) Monitoire publié
Bourgeois est également formelle et les récits qui parurent au même moment ne sont pas moins précis. « Ils se déguisent sous autant de noms et de formes qu'ils rencontrent d*objets, dit l'un; ils se font catholiques avec les catholiques; ils changent d'autant de religions et de sectes que de lieux, sans en avoir pas une... » (1). Ils ont crucifié « le Sauveur du monde », dit un autre. Depuis, « une iuste indignation » a pesé sur eux. Aujourd'hui, en raison de leurs vices • persistants », ils se retirent à récart dans des lieux où ils habitent séparés des autres citoyens,. « formant comme une espèce de synagogue particulière ». La « haine » et r « aversion générale » qu'ils inspirent s'augmentent de « la cruauté exécrable et sans exemple dans les siècles passés qu'ils ont commise le 26 iour d'aoust dans la ville de Paris... (2) >. ■
Les pamphlets en vers ne sont pas moins probants. On n'examine même point
« Si ce sont Juifs christianisans « Ou des Chrétiens ludaïsans » (3) ;
(c II s'agit de luifverie ». Gela suffit.
Celui-ci implore sa muse pour raconter
L'aventure de ce jeune homme Qui ces iours passés fut occis Par nosseigneurs les circoncis, Nosseigneurs de la synagogue Cotte race orgueilleuse et rogue...
(i) Examen de la vie des Juifs. .,
(2) Relation véritable.,,
(3) Le jugement criminel.,.
Disons que ce fust un ieudy Du mois d'aoust après midy Que messieurs de la Fripperie Ou plutôt de la luifvcrie Marchaient tous au son du tambour Venant de garder à leur tour La porte de la Conférence...
Et plus loin :
Ainsi messieurs les circoncis Ont inhumainement occis Un bon chrétien...
Un autre pamphlétaire apostrophe grossièrement la « mauditte trouppe judaïque » (1) :
Vous de la ville l'excrément, Interdits de Tcschevinage, .
- Oserez-vous insolemment
De nos bourgeois faire un carnage ?
Pourquoi montrer votre fureur, Volleurs de nippes et de bardes, Contre un qui n'oppose en sa peur Qu'une espingle à vos hallebardes ?
Allez, gens qui vendîtes Dieu Tenir ailleurs la synagogue!...
L'esprit public est monté. On scrute la vie des Juifs, leur religion, leur commerce (2); on les accuse des plus grandes vilenies; si bien que les « principaux de la synagogue » se voient contraints de répondre « par articles » aux « notables bourgeois de Paris » en exposant « leur ordre, leur reigle, leur loy (3) ».
(1) La synagogue mise en son lustre.
(2) Examen de la vie des Juifs..,
(3) Réponse des principaux de la synagogue..»
ce que les Juifs, sans doute nombreux alors dans la capitale, ne purent obtenir de Louis XV en 1718, malgré l'offre de plusieurs millians : un établissement légal et une synagogue à Paris (1).
Pciris demeurait poux les Juifs la ville inhospitalière du moyen âge.
(1) Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs, par l'abbé Grégoire (Metz, 1789), p. i97, note 15. D'après les Mémoires de la Régence du duc d'Orléans.