‹ Les Juifs à Paris depuis le VIe siècleChapitre 2 sur 4 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I-,es Juifs à Paris au xviu* siècle. — Leur faveur, leur crédit. — Appréciation des Juifs portiiigais sur les Juifs allemands. — Voltaire et Pinto. — Les Juifs portugais : Pereire, Astruc, Pinto, Valabrègue, etc. — Les Juifs allemands. — Leur éta-' blissement dans la Capitale. — Aventures de Borach-Lévi.

— Les Almanachs du temps. — Liefmann-Galmer. — Les syndics de la Communauté. — Mesures de police. — Moralité des Juifs. — Eloges de leurs mœurs, de leur charité, de leurs vertus. — Le Mercure de France^ Mirabeau, l'abbé Grégoire.

— Malesherbes et son projet en faveur des Juifs. — L'édit de .1788.

Cependant, au commencement du xviii® siècle, des Juifs jouissaient d'une grande faveur, soit auprès de personnages importants, soit à la Cour, auprès du roi.

Parmi eux, Silva, fils d'un médecin israélite de Bordeaux qui, en 1712, fut reçu docteur à Paris oii plusieurs cures le mirant bientôt en grande réputation. Appelé plusieurs fois, en 1721^aux consultations pour la maladie de Louis XV, il obtint en 1724 la place de médecin consultant du roi qui, en 1738, lui accorda des lettres de noblesse (1).

Un autre médecin, Fonseca, également originaire d'une famille portugaise juive, exerça à Paris à la même époque. Lié avec la comtesse de -Caylus,

(1) Carmoly, IRevue orientale y t. IL — Malvezin, p. 237. — Suivant l'Almanach Royal, il demeurait, en 1713, rue des Boucheries, près le Petit-Marché, faubourg Saint-Germain ; en 1715, rue de Tournon; en 1718, rue de Taranne; en 1725, hôtel de Condé.

tables (1) ». A ce moment, en effet, il y a à Paris •quelques Israélites importants à la tête desquels figure à juste titre Jacob-Rodrigues Péreire, le célèbre instituteur des. sourds-muets, qui se trouvait déjà à Paris en 1747 (2). Lié avec Necker, Buffon, Rousseau, La Condamine, d'Alembert, Diderot, Lecot, le Père André, nommé interprète du roi en 1765, Péreire rendit les plus grands services î\ l'humanité comme instituteur des sourds-muets, et à ses coreligionnaires de Bordeaux et de Paris, comme agent de leur culte.

En 1743, Astruc, médecin de la Faculté de Paris et de Montpellier, est médecin consultant. du roi, et occupe cette fonction pendant plus de vingt ans (3); Revel exerce les fonctions d'huissier-priseur (1740) ; et Raynal, rue Saint- Avoye, est secrétaire du roi (1757).

Isaac Pinto, l'auteur de la réponse à Voltaire, . autour d'une brochure sur Le Luxe, jouissait d'une très grande estime parmi les savants.

Un autre israélite portugais, Israël-Bernard de

Valabrègue, qui était employé à la bibliothèque du

roi, et interprète du roi Bn 1754 (4), prêta en 1767

l'appui de son talent à Moïse Perpignan, Salomon

^ • Petit, Joseph Petit, Israël Salom, Abraham et

Moïse Dalpuget, marchands juifs qui, de 1767 à 1777, poursuivirent avec une remarquable énergie

(1) Apologie.,., p. 40.

(2) Félix Hément : Jacoh Rodrigues Péreire, premier instituteur des sourds-muets (Paris, 1875). — La Rochelle : Jacob Rodrigues Péreire (Paris, 1882). — MalveziD,p. 235. — Séguin : Jacob Rodri-

' gués Péreire (Paris, 1847).

(3) V. VAlmanach Royal.

(4) Carmoly, t. II. du

la revendication de leurs droits contre les corporations de métiers qui refusaient de les admettre dans leur sein (1). Sa lettre éloquente (2) aida certainement ses coreligionnaires à triompher au Conseil du roi.

Salomon Perpignan ne se distingua pas moins.

Fondateur de TEcole royale gratuite de dessin établie en 1767 à Paris pour la perfection des arts (3), il tenait dignement sa place parmi les Israélites portugais qui avaient su se concilier de hautes protections et, comme Israël de Valabrègue en 1770, comme Sara Allegri en 1772, obtenir des faveurs personnelles en se faisant octroyer des lettres de naturalité (4).

Pendant ce temps, ceux qu'on appelait les Juifs avignonnais, allemands et polonais, profitaient de la protection accordée à leur^ coreligionnaires portugais pour s'établir à Paris. Dès la première moitié du xviii® siècle on y constate leur présence. Une femme, Marianne Samuel, y était née en 1734. Un Juif étranger, Abraham Schwab, y habitait depuis 1740. Un grand nombre d'autres étaient venus s'y fixer avant 1750 ^5). Un nommé

(1) V. Léon Kahn : les Professio7is manuelles et les Institutions de patronage (Histoire de la Communauté israélite de Paris). Paris, 1885

(2) Lettre ou Réflexions d'un milord à son correspondant à Paris au sujet de la requête des marchands des six corps contre l'admission des Juifs aux brevets. Signé J. B^ D. V. S. J. D. R. (Londres, 1767). Attribué à Bernard de Valabrègue.

(3) Son tombeau existe au cimetière de la Villette. — V. Léon Kahn : le Comité de bienfaisance et les cimetières, p. 170. Paris, 1886.

(4) Carmoly, t. IL

(5J V. Les Professions manuelles,^... Recensement de lapopnlatioD israélite de Paris en 1809.

Paris en 1772, était en rapports suivis avec la comtesse du Barry dont il était le fournisseur attitré (1).

Mais la physionomie la plus curieuse de cette époque fut certainement celle deLiefmann Calmer qui, un peu avant 17G'J, vint avec sa famille résider dans la capitale, et devint, en 1774, baron de Picquigny, vidame d'Amiens, à la suite de l'acquisition qu'il avait faite à ce moment des propriétés du duc de Ghaulnes, dans la Somme (2). Mis en possession de Teltres de naturalisation en 1769, il eut un grand crédit dans les administrations publiques, grâce à sa fortune considérable, à ses relations avec les ministères et aux relations de sa femme avec l'ambassade de Hollande (3). Il joua en outre un certain rôle dans la Communauté de Paris où il se trouva, comme chef des Juifs allemands, en rivalité avec Jacob-Rodrigue Péreire à propos de la création d*un cimetière juif (4). Nous avons conté les démêlés qu'ils eurent ensemble à ce sujet (5).

A leur arrivée à Paris, les Juifs se groupaient sous l'autorité de chefs, syndics ou agents reconnus : pour les Espagnols et les Portugais, c'était Jacob Rodrigues Péreire; pour - les Allemands,

[{) Archives israélUes de France, année 1862, p. 111.

(2) F. au sujet de Liefinann Calmer, Tctude curieuse de M. Isidore Loeb : Un Baron juif français au xvm® siècle. Annuaire des Archives Israélites pour Fan 5646 (Paris, 1885-1886).

(3) Ibid,

(4) V. La Rochelle : Jacob Rodrigues Péreire, p. 444-457. — Un Baron juif français, par Isidore Loeb. — Léon Kahn : l^' Comité de bienfaisance : cimetières,

(5) Léon Kahn : le Comité de bienfaisance,, p. 09 et 6uiv#

« En vain, — disait, en 17b0, M. de Bourges, député, pour calmer les craintes de leurs adversaires, — en vain sont-ils électeurs et éligibles aux mêmes conditions que les chrétiens ; pour obtenir la confiance de leurs nouveaux concitoyens, il faudra ou qu'ils se consument en folles dépenses ou qu'ils se distinguent singulièrement par leurs lumières et par leurs vertus (1) ». L'histoire témoignera que cette confiance, les Juifs du XIX* siècle l'ont acquise, non pas par l'argent, mais par leur industrie, leur activité, leurs talents et leur probité.

(1) Lettre au Comité de Constitution.,.

In 1703, Calmep, rue Mesley, 35, est compris is la « liste des deux cents citoyens choisis par )rocureur général syndic » en exécution de la du 29 septembre 1791 sur V Institution des Jurés. ■eyra, négociant, rue Saint-Denis, est assesseur juge de paix dans la section de Bon-Conseil, lacob, liomme de loi, Grande-Rue du Paubourgnt-Denis, remplit le même office dans la « sec- 1 du faux bourg du Nord ».

!n même temps le nombre des électeurs Juifs icrolt : Pierre Wolff, graveur, 39, rue Bourg- )bé, représente la section des Amis-de-la-Palrie ; lippe Simon le jeune, bourgeois, demeurant inde-Rue du Faubourg-Saint-Antoiae, 243, la tion des Quinze- Vingts ; Jacob, homme de loi, ;eclion du Nord; Léon Pernandès, rue des Pes-Boucheries, et Moyse Sandoz, abbaye Saint- ■main, la section des Quatre-Nations; Jacob, 'loger, la section de Beaurepaire; et Jacques .ermam, qui continue à représenter la section lommée en 1793 « de Molière et de La Fontaine » . partie maintenant des « 144 citoyens élus par 48 sections pour composer le Conseil général, corps et le bureau municipal de la ville de ■is ».

Infin, en 1794, deux Juifs, Fray et Saum. sont Qmmtssaires ordonnateurs et ordinaires de la trre »; un autre, Pribourg, est lieutenant de la idarmerie nationale, et Ravel, Blin et Heymen lit l'Allemand — viennent augmenter le nombre ceux qui, comme assesseurs de jugea de Paix, daient la justice dans différenlea sections de 'is. A la môme époque Jacob, rue Avoye, 180,

des Juifs >, il le fit dans un esprit qui leur était complètement hostile, et dans de^s termes indignes <le ce grand polilique.

Sa correspondance (1) et ses discours au Conseil d'Etat (2) témoignent des « fortes préventions » (ju'il avait contre eux. Selon lui, les Juifs n'étaient qu' € une nation dans la nation (3)», et, faisant allusion aux plaintes qu'il avait reçues sur leur compte, il disait qu'ils avaient « remplacé la féodalité (4) »' et qu'il était « trop humiliant pour la nation française de se trouver à la merci de la nation la plus vile (ô) ». Cette poignée d'individus, ardents au travail, rayonnants du bonheur de vivre dans la patrie qu'ils avaient adoptée depuis longtemps et pour laquelle ils avaient répandu leur sang, était tour à tour, à ses yeux, « une population d'espions », une nuée de « chenilles », de « sauterelles », de « corbeaux (6) » qui ravageaient la FVance. Il voulait non point les chasser, c'eût été de « la faiblesse »; mais les « corriger », c'était de la « force »; et c'est sur « des lois simples, des lois d'exception » qu'il comptait pour concilier la croyance des Juifs avec les devoirs de Français » et « les rendre citoyens utiles (7). »

(1) Correspondance de Napoléon /«'. — Pièces 9,930, 10,537, 10,686, 11,320.

(2) Opinion de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration recueillie par un membre du Conseil d'Etat (Pelet de la Lozère). Pari^, 1833. — Napoléon, ses opinions et jugements sur les hommes et sur les choses, par Damas Uinard. Paris, 1838.J

(3) Ibid.

(4) Ibid.

(5) Ibid.

(6) Ibid.

[7J Correspondancti

en Tempêchant, écrit-il (i), il faut Tempôcher en changeant les Juifs. L'ensemble des mesures proposées doit conduire à ce résultat Lorsque, sur

trois mariages, il y en aura un entre Juif et Français, le sang des Juifs cessera d'avoir un caractère

particulier Lorsqu'on exigera qu'une partie de

la jeunesse aille dans les armées, ils cesseront d'avoir des intérêts et des sentiments juifs; ils prendront des intérêts et des sentiments français (2). »

Eh quoil les Juifs étaient-ils véritablement ces hommes pervertis, sans courage, sans foi, sans honneur, incapables d'attachement et de sacrifice à la Patrie? Mais les vertus familiales, la simplicité, la probité, l'industrieux labeur dont ils avaient donné déjà tant de preuves constatées, tout cela avait donc sombré dans la Révolution? Et de 1791 à 1806, perdant le souvenir des luttes parlementaires d'où sortit leur affranchissement, n'avaientils accepté avec enthousiasme le titre de citoyens actifs que pour en abandonner les devoirs et les droits?

Rien n'était plus faux. En ce qui concerne les Juifs de Paris, le recensement de la population israélite en 1809 (3) l'atteste, et permet d'affirmer que, dans le haut commerce comme dans les professions libérales, dans les métiers comme dans l'armée, leur conduite ne donnait prise à aucun reproche. Au surplus, un document d'une impor-

(1) Corresp., pièce 11,320.

(2) Ibid,

(3) V. Léon Rabn : Professions manuelUs et Institutions de pcUronage, Appendice, p. 66.

LES JUIFS A PARIS 9b.

« rendre la liberté (J) » aux Israélites d'un certain nombre de départements.

C'est à eette occasion que le ministre de Tintérieur Crétet écrivit la lettre dont nous venons de parler pour demander à Napoléon de comprendre les Juifs de Paris dans cette exception. Voici cette lettre dans ses parties essentielles (2). Elle est le témoignage le plus flatteur et le plus probant de la conduite irréprochable des Juifs non seulement sous TEmpire, mais encore depuis le commencement de la Révolution.

« La Capitale, dit M. Crétet, renferme un assez grand nombre de Juifs qui dirigent des maisons de î)anque, de commerce ou, des établissements d'industrie, en tête desquels je pourrais citer MM. Pould, régent de la Banque; Worms, adjoint à la mairie du V? arrondissement ; Rodrigues, Patto et Gie ; leur crédit serait gravement compromis et l'existence même de ces établissements menacée, si Ton supposait qu'ils soient compris dans l'application du ^iécret du 17 mars

« L'exception portée par Votre Majesté en faveur des Juifs du Midi étam iondée sur ce qu'ils n'ont donné lieu à aucune plainte, j'ai voulu m assurer d'abord s'il s'en était élevé contre les Juifs qui habitent la Ville de Paris, et quoiqu^il n'existât à leur sujet aucune espèce de réclamation à mon ministère, j'ai consulté à cet égard M. le Conseiller d'Etat, préfet de police, et je l'ai engagé à faire les recherches les plus sévères pour reconnaître

(1) Paul Fauchille, p. 72.

(2) Archives nationales, S. Secr., A ¥ IV, 2,2f ^..

Calvados, le Cher, les Côtes-du-Nord, la Côte-d'Or, l'Eure, l'Eure-et-Loir, le Finistère, rille-et- Vilaine, rindre-et-Loire , le Loir-et-Cher, la Loire-Inférieure, le Loiret, le Maine-et-Loire, la Manche, la Marne, la Mayenne, le Morbihan, la Nièvre, le Nord, rOise, TOrne, le Pas-de-Calais, la Sarthe, la Seine-Inférieure, la Seine-et-Marne, la Seineet-Oise, la Somme et l'Yonne.

&15S 3mW A PARIS iSl

« beau- sujet ^j et tantôt, il lui fournit, assurément ^ans y mettre d'orgueil, le canevas de son discours.

Hors de là aucun Rabbin, sauf le Gcand Rabbin de Paris, ne pouvait prêcher sans une autorisation expresse du Consistoire, et, cette autorisation octroyée, sans lui soumettre son discours. M. de Cologna môme s'étant aventuré, sans avis préalable, à « prononcer une exhortation religieuse » dans le temple, lors de la célébration dHin mariage, il fut rappelé au respect de Tarrêté formel pris à ce sujet par le Consistoire de Paris en 1822.

Lorsque M. de Cologna eut disparu de la scène parisienne, la chaire devint tout à faite muette : M. Seligman Michel, accablé d'années, se taisait; M. Deutz, accablé de malheurs domestiques, vivait dans un douloureux isolement. M. Marchand Ennery, succédant à M. Michel, allait-il relever le prestige de la chaire synagogale? On put Tespérer un instant. Après une jeunesse laborieuse et pauvre, pendant laquelle, un des premiers, il s'efforça « d'unir l'érudition sacrée avec les lettres profanes (1) », il avait exercé les fonctions d'instituteur primaire à Nancy; et, sans transition il avait passé de la salle d'école à la tôte de la première Communauté de France. Tous les regards s'étaient tournés vers lui. La déception fut grande. M. Ennery avait bien institué des prédications régulières; mais, maladif, il Rsait deux ou trois fois par an, aux grandes fôtes, sur un papier, quelques mots que personne n'entendait (2).

(1) Arch. du Cons, cent. Oraison funèbre prononcée par le Président, 21 août 1852.

(2) Lettres juives ^ d'Albert Cohn, III, décembre iS64.

Si la chaire fut de nouveau rarement occupée, elle ne retentit plus du moins que d^accents français. Par décision en date du 17 décembre 1831, le Consistoire arrêta en effet qu'aucun sermon ne pourrait être dorénavant prononcé, dans le temple qu*en langue nationale.

annuelle, et du préfet de la Seine une indemnité <c à titre de loyer » pour couvrir le déficit de ses finances. Il faut lire la correspondance échangée alors avec le Consistoire central, le préfet et le ministre pour comprendre les angoisses du Gon** sîstoire de Paris. La Ville se prêtait volontiers à ses propositions^ mais en échange de son concours, elle demandait que le temple et la maison attenante lui fussent cédés. La Communauté s'éleva tout entière contre cette exigence. Il lui semblait qu'en aliénant sa propriété, elle allait aliéner son culte. Le gouvernement et la ville consentirent enfin, sans condition,, à contribuer pour la moitié à l'extinction de la dette (1842), et grâce à cette décision, les actions purent être toutes remboursées en 1845.

Le Consistoire avait à peine terminé ces longues et délicates négociations que des difficultés d'autre sorte surgirent. En 1842, des réparations « de plus en plus urgentes » sont reconnues nécessaires au temple (1); en 1846, le Consistoire enveut profiter pour augmenter . le nombre des places; mais l'architecte (2) déclare qu'aucun changement n'y peut être fait « sans opérer la démolition complète de l'édifice » ; en 1848, le danger est « imminent »; il faut faire étayer certaines parties de la Synagogue ; des poutres sont pourries ; les galeries s'effondrent par endroits; la reconstruction complète du temple est devenue d'une

(1) Le Consistoire avait alors pour architectes MM. Viel et Déajardins. M. Jacob Sylveira était inspecteur des bâtiments du temple.

(2) M. Thierry.

nécessité impérieuse, et le 29 octobre 1850, lo préfet de police donne Tordre de fermer le temple sans délai ! On y demeure encore jusqu'au 25 novembre ; mais le « délabrement » est général, et Ton commence sans plus tarder la démolition.

Ce temple avait duré trente ans I

tune publique, la nécessité de créer de nouvelles œuvres charitables et d'étendre les anciennes pour faire face aux besoins d'une classe indigente qui s'accroissait sans cesse, tout était fait pour surexciter l'ardeur du nouveau Grand Rabbin de Paris et donner à la Communauté une impulsion prodigieuse. Jamais encore, en effet, elle n'avait offert, comme elle le fit sous le second empire, le spectacle d'un mouvement aussi considérable, d'une vie aussi intense.

de patronage pour les apprentis et son Ecole de travail ; la Société des femmes en couches : voilà l'œuvre de charité (i).

Un groupe scolaire communalisé et installé près le marché des Blancs-Manteaux; un autre, place des Vosges ; des écoles modèles établies rue Claude-Bernard, avenue de Ségur et faubourg Saint-Martin; Tinstruction religieuse répandue et étroitement surveillée; le Séminaire transféré dans une maison construite pour lui : voilà l'œuvre d*enseignement.

Enfin rouverture du temple de la rue de la Victoire en 1874, du temple de la rue des Tournelles en 1876 (2) et du Temple de la rue Buffaut en 1877 : voilà l'œuvre de religion.

Mais ce n'est pas seulement à ce point de vue que la Communauté Israélite de Paris est remarquable ; elle Test aussi par son activité, son intelligence, son ardeur au travail, par la rapidité prodigieuse avec laquelle elle s'est assimilé les mœurs, les usages, les coutumes du pays, gravissant peu à peu, mais sûrement, tous les degrés de l'échelle sociale au bas de laquelle les Juifs se trouvaient en 1789. Elle n'accapare aucun métier, aucune pro*

(1) Au moment où nous mettons sous presse, la Communauté inaugure un établissement d*une importance exceptionnelia : nous voulons parler àMReftLge du Plessis-Picquet pour les jeunes garçons israélites abandonnés. Cette œuvre fait honneur à M. Zadoo Kahn, qui en a été l'initiateur, à la Communauté dont le généreux empressement a permis de la fonder, à M. Joseph Hirsch, ingénieur des ponts et chaussées, qui a dirigé les travaux du Comité d'organisation avec un talent et un dévouemaat remarquables.

(2) Voir à l'Appendice la Liste des administrateurs des temples allemands depuis 4809»

Tavenir, n'oubliant rien des leçons du passé, ils continueront à marcher en avant, avec la sécurité et la confiance qui conviennent aux hommes libres.

APPENDICSE 197

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