‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 100 sur 115 · I.KS JITIPS D’KSPAÜNE · texte numérisé non relu

I.KS JITIPS D’KSPAÜNE

lorrestres; co sont les corps célestes qui, dans leurs ardentes aspirations vers la lumière divine, tournent autour d’elle; de là, les évolutions du monde sublunaire. Les astres d’un rang inférieur ne gravitent que vers les esprits purs ou les anges , comme les autres vers Dieu, cause première, mais médiate, du mouvement de l’univers.

Maimonide trouvait dans la Bible et chez les aggadistes de nombreuses allusions à cette théorie cosmogonique, empruntée en grande partie à Aristote. L’Écriture sainte, pensaitil, n’en a pas parlé plus explicitement, parce que ces hautes vérités, inaccessibles au vulgaire et bientôt altérées, auraient donné lieu aux plus grossières méprises. Selon lui, les « mystères des Écritures » (Sithré Tora), contenus notamment dans le chapitre de la création (Maassé Beréschit) et dans les visions d’Ezéchiel relatives au char du trône céleste (Maassé Mcrkaba), n’étaient autre chose que ces mômes théories; elles furent transmises

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aux seuls initiés; les propliôtos et les agga- (listes, s’adressant à la foule ignorante, no parlaient de ces mômes mystères que par images et paraboles.

11 serait oiseux aujourd’hui de s’arrêter à l’appréciation de ces théories. Disons seulement que Maimonide a su y rattacher des pensées véritablement élevées sur l’homme et ses destinées.

Dieu, étant la perfection et la souveraine bonté, ne peut avoir créé qu’un univers essentiellement bon et répondant parfaitement à l’idée créatrice. Le mal sans doute existe dans ce bas monde, mais il vient de la grossièreté de la matière, incapable de s’assimiler le bien qui est d’origine divine. Souvent l’homme est lui-môme la cause du mal, et c’est à se vaincre qu’il doit aspirer. Dieu a mis dans l’âme la faculté de comprendre, le désir de s’instruire ; si elle suit ce penchant, elle peut arriver à la vérité et à une vie méritoire. L’homme est donc capable de triom-

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jthor clos barrières que semble lui créer la matière, et de monter au rang des esprits. C'est ainsi qu'il s'élève au-dessus des êtres terrestres, atteint à l'immortalité des esprits purs et s’unit finalement à l’Esprit universel du monde.

Cette faculté de parvenir aux degrés supérieurs est l’apanage do l’homme et l’une des conséquences de son libre arbitre, qui n’est pas incompatible avec la prescience divine, le caractère des attributs divins étant complètement différent de celui des facultés humaines.

L’àme, par son activité morale, peut conquérir Y immortalité, et aussi l’attention toute spéciale de la providence divine. Cette providence ne s’étend que sur les êtres durables, permanents; dans le monde des quatre éléments, elle veille à la conservation de celles des espèces qui, par leur forme et par leur but final, sont de nature spirituelle. Si donc l’homme, s’élevant au-dessus de la matière, atteint le rang d’esprit, la protection divine lui

est nccessairementacquise. Dans le sens opposé, il se sera attiré la plus grande peine, si chez lui le péché a étouffé l’esprit sous les appétits de la matière.

Un but plus grand est encore accessible à l’homme, c’est le don de la prophétie : il l’obtient en élevant constamment sa raison vers le Créateur. Cette effusion de la pensée divine sur l’imagination humaine se manifeste surtout pendant le sommeil ou un état analogue, lorsque, grâce au ralentissement des fonctions animales, l’âme est plus accessible au.\ in- Üuences d’en haut. Toutes les visions des prophètes se sont produites dans une sorte de rêve. Les récits de la Bible relatifs au.v faits et gestes des voyants doivent être pris, non pour des faits réels, mais comme des événements intimes de l’âme, comme des spectacles perçus par l’imagination. C’est ce qui explique bien des récits merveilleux de la Bible et les locutions hyperboliques des prophètes.

Sans doute Dieu, qui a créé les lois de la

nature, peut aussi les suspendre, mais momen-

tanôment seulement, comme dans les miracles do Moïse; encore faut-il en limiter le nombre autant que possible. D’ailleurs, ce n’est pas le miracle qui confirme le dire des voyants, mais l’accomplissement do leurs prédictions.

IjO plus grand des prophètes fut Moïse, qui apporta au monde une loi si importante pour riiumaqité. 11 posséda toutes les qualités prophétiques au plus haut degré, parce que son Ame avait su se détacher de tous les liens tern’stres; il s’était élevé au rang des esprits purs, recevant directement la révélation, sans vision et dans tous les temps. Il pénétra ainsi jusqu’à l’essence de la vérité, et rapporta à son peuple ce qu’il avait vu : c’est là la Loi, la Révélation *.

Maïmonide no pousse pas cette conception

i. Dans le Moreh, II, 3S, Maimonide, an sujet des perfections de Mo'ise, s'appuie sur son UUchnè-Torah et sou Commentaire de la Misdinali. Il indique les idées principales dans ce dernier ouvrage seulement. (Synhodrin, section Chélek).

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(le la révélation et de la prophétie jusqu’à ses dernières conséquences : il admet comme faits réels la révélation sur le Sinaï et la remise des deux Tables contenant le Décalogue, tout en cherchant à dépouiller ces deux épisodes de leur caractère matériel *.

Cette loi ainsi révélée est unique, parfaite, et ne peut être ni abrogée, ni remplacée. Les prophètes mêmes n’ont rien annoncé de nouveau et n’ont fait que rappeler les Israélites à l’observance de la loi de Moïse. La Torah est donc vraie, divine, et les descendants d’Israël sont tenus de la conserver comme un héritage précieux. Le caractère divin de la Loi se manifeste, non-seulement par son origine, mais aussi par son contenu. Elle donne, à coté des préceptes et des commandements, des enseignements (dogmes) sur les questions les plus importantes pour l’homme. Ce double caractère la distingue de toutes les autres législations religieuses, politiques ou civiles. En outre, les

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