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CHAPITRE HI

NAISSANCE ^DE LAClVlLISATIüN JUIVE EN ESPAGNE

Chasdaï Ibn^Schaprout, ministre d’Abdérame. — Les califes protecteurs des lettres Les Juifs dipiomales. Abdorame et les petits royaumes clirétions d’Espagne. — > Chasdaï, na$i, chef de la communauté de Cordoue. — Décadence des écoles juÎTes d'Orient. — > L'Espagne devient le centre du mouvement juif. ^ Les quatre Talmudistes de Soura et leur mission. — Moïse ben Chanoeb, rabbin à Cordoue. — Renaissance des études talmudiques, de la grammaire et de la poésie. — Lu royaume juif des Chasars. — Les poêles Menahem ben Sarouk et Dounasch ben Labrat. — Mort de Chasdaï.

Le premier développement de la civilisation hispano-judaïque est dû à l’initiative d’un médecin, Chasdaï Ibn-Schaprout. Cet homme supérieur était le conseiller et, pour ainsi dire, le ministre du calife Abdérame 111, prince aussi puissant qu’éclairé.

Le mouvement provoqué par Chasdaï eut

d’houreux résultats et ne resta pas sain fluence sur l’histoire 5es peuples chrét Bien qu’empninté à une source étrangèr courant d’idées provoqué par Chasdaï répi et féconda des principes qui rayonnèrent tard sur la barbarie du reste de l’Europe, rigueur, on devrait faire remonter à ( époque l’origine de la civilisation mode Les efforts de Chasdaï, entraîné par l’exer du prince, se bornaient, il est vrai à l’avai m ntde la science.; mais il ne faut pas oui, qu’alors la science était presque partout i prisée, sinon proscrite. Avec Abdérame c< mence Tépoque classique de la civilisa arabe, qui s’épanouit dans la plénitude la force et de la richesse d’un peuple, p dant que l’Europe retombe dans la barb.

complète et que l’Orient décline et an rapidement à la décrépitude.

Abd-ul-Rahman 111 (Abdérame), une des individualités les plus distingu parmi cette pléiade de califes qui p

tèrent si haut l’éclat et la gloire de l’empire arabe.

Libres de préjugés, ces princes magnifiques pratiquaient et encourageaient les lettres, les sciences et les arts. Leur cour était le rendezvous des hommes de talent, poètes, savants et artistes ; ceux-ci possédaient l’amitié des souverains, qui leur confiaient souvent les postes les plus importants de l’État. A l’exemple de la cour, le dernier chef dans les provinces s’honorait de l’amitié des hommes d’étude. La vive et souple intelligence des Juifs fut fortement stimulée dans un miheu si favorable. Ils s’enthousiasmèrent pour la science et pour la poésie; l’Espagne juive devint un brillant centre de mouvement intellectuel. Gomme les muzarabes (chrétiens demeurant parmi les Arabes) , et souvent mieux qu'eux, ils s’étaient approprié la langue et la littérature du peuple conquérant. Cette identification avec la vie arabe amena les chrétiens à négliger leur longue maternelle, le latin gothique. Bientôt ils de-

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vinrent incapables de comprendre les i qui contenaient leur confession de fo ils finirent par désavouer cette foi elle-m Tout autre fut, chez. les Juifs, l’effet < réveil: avec la science profane, ils senl ' croître leur prédilection, leur enthousiasme • l’idiome national, pour leurs écritures sa^ et pour leurs croyances traditionnelles, de condamner cette importation des ma des sciences et de la littérature étrangi les représentants du judaïsme en Espagi firent les promoteurs de la civilisation ar ils lui empruntèrent de nouveaux éléni pour vivifier, pour rajeunir le tronc anti Un concours de circonstances fav^ra permit à l’Espagne de se mesurer avec la bylonie, de la vaincre, de lui enlever la d tion spirituelle du judaïsme, et de conse cette supériorité pendant cinq siècles.

Abou-Yousouf Ghasdaï, fils d’IsaacIbn-S(

prout, l’homme qui donna naissance à ce i gnifique mouvement, était né en 915 , di

Boble famille d’ibn-Ezra. Ghasdaï fut le premier de cette longue suite d’hommes illustres qui se donnèrent pour tâche la protection et la grandeur du judaïsme. Ses manières étaient aisées et larges, sa parole agréable ; tout son être respirait la franchise et l’aménité ; il n’y avait chez lui rien de la gravité de l’Oriental ni du sérieux mélancolique de l’Israélite ; c’était, pour ainsi dire, un moderne. Avec lui, l’histoire juive prend, en réalité, le cachet européen.

Dès ses plus jeunes années, son père Isaac, établi à Jaen *, lui inspira l’amour des lettres et des sciences et lui apprit l’emploi le plus noble de la fortune. Ghasdaï avait étudié la médecine et les langues ; on lui attribue l'invention d’un médicament renommé chez les médecins arabes comme une véritable panacée.

Outre l’hébreu et l’arabe, il possédait parfaitement le latin. 'Tout le monde vantait son

i. Philoxèiie Luzzaito, Solice sur Ibn-Schaprout Chasdaï.

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espn ses talents, ses connaissances ; un ai bassadeur de l’empereur Othon II, venu ( fond de la Germanie, avait déclaré qu n’avait jamais vu d’homme aussi perspicac aussi spirituel que le Juif Chasdaï.

Cependant une profonde modification s’ét; faite dans le système gouvernemental l’Espagne musulmane sous le règne d’A dérame III. La noblesse, qui naguère ét tout, avait entièrement perdu son influenc Abdérame détestait les nobles et avait anéai leur pouvoir. Gouvernant par lui-même, se passait de hagib, ou premier ministr les principaux emplois étaient confiés à d hommes d’obscure naissance, même à des i franchis et à des étrangers, en un m( à des gens placés dans une dépendaii complète du prince et qui étaient, par coni quent, les instruments dévoués et dociles ses volontés.

L’attention d’Abdérame s’était portée sur Chasdaï et sur ses étonnantes facultés. II l’attira à sa cour, le nomma son interprète et le chargea de diverses négociations diplomatiques. Le nouveau dignitaire fit preuve d’habileté, de discrétion et d’intelligence ; le calife lui accorda de plus en plus sa confiance, et Chasdaï eut bientôt une situation analogue à celle d’un ministre des affaires extérieures, sans toutefois en avoir le titre.

Il recevait les ambassadeurs des puissances étrangères et présidait aux échanges de cadeaux usités dans ces missions; il centralisait en même temps entre ses mains * les recettes des douanes de l’empire.

Les services signalés qu’il rendait au calife lui créèrent une haute réputation ; ce prince lui confia les missions les plus délicates. Chasdaï ouvrit ainsi la carrière à ses coreligionnaires

r li'llre flo ('linsdpï Ihn-Schaj.roûl auroMes Chazars

qui devinrent des diplomates distingués, c:

tinuèrent ses traditions jusqu’au xvi® siècli surent par leurs talents, leur habileté et 1 influence, créer de trop rares époques de pit et de prospérité pour leurs frères de l’e

La supériorité de Ghasdaï eut lieu de se i nifester à l’occasion d’une ambassade arri de Constantinople. L’empire byzantin, faibli au dedans, menacé au dehors, av constamment besoin d’appuis étrange Constantin VIII, prince faible et péda dont les prédécesseurs avaient si crueUemi persécuté les Juifs, cherchait à nouer u alliance avec les musulmans d’Espagne pc mieux résister à ceux de l’Orient. Il envo donc à Cordoue, en 944, une brillante ambt sade chargée de présents magnifiques. P un hasard singulier , les envoyés d’u cour où la haine des Juifs était traditio neUe, furent reçus par un homme d’Él juif.

Parmi les cadeaux apportés au calife, .

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trouvait un livre d’un médecin grec, Dioscoride, sur les différentes méthodes de guérir; le collège médical de Gordoue avait demandé ce livre à la cour de Byzance. Un moine grec accompagnait l’ouvrage, qu’il était chargé de traduire en latin; le seul médecin qui comprît cette langue était Ghasdaï, et ce fut lui qu’on chargea de traduire à son tour en arabe le travail du moine *.

A l’occasion d’une autre ambassade de l’empereur Otto 1", Ghasdaï, par sa sagacité, son esprit et la souplesse de son caractère, sut aplanir des difdcultés diplomatiques et renouer plus solidement que jamais, entre les deux pays, des rapports qui allaient se rompre pour des questions d’étiquette et de convenance : difficultés qui feraient sourire aujourd’hui, mais qui de chrétiens à mahométans acquéraient promptement, à cette époque, une véritable gravité.

Ibii-Djoldjo\ apud de Sacy: Abdallalif, p, 4p6, elNoiice sur Abou Jousouf Cha?daï Ilin-Scliiiprout. Pli. Liizzallo, p. 0.

Mais le diplomate juif sut rendre des services d’une utilité plus immédiate dans les relations de sa cour avec les petits États chrétiens indépendants du nord de l’Espagne, les royaumes de Léon, de Castille, etc., qui dès leur origine s’étaient trouvés en hostilité ouverte avec l’empire des califes. Ces guerres, religieuses autant que pohtiques, étaient conduites des deux côtés avec un grand acharnement, et avec des alternatives de revers et de su cès.

Cependant des dissentiments intérieurs amenèrent la guerre civile dans le royaume de Léon; les autres pays chrétiens ne restèrent pas étrangers à ces troubles; tous s’atfaiblirent ainsi par la désunion, qu’il était de l’intérêt d’Abdérame d’entretenir soigneusement. Nul mieux que l’adroit et sagace Chasdaï ne pouvait remplir ces sortes de missions, où sa connaissance du latin lui donnait un avantage marqué. Nous voyons en effet Ordono III de Léon, à qui son frère Sancho disputait le trône, demander un traité

de paix à Abdérame ; le prince accueillit avec empressement ces ouvertures, parce qu’il caressait d’autres projets de conquête.

U députa donc à Léon, en qualité d’ambassadeurs, Mohammed Ibn-Hasaïn et le savant juif Ghasdaï Ibn-Schaprout, directeur général des douanes . Les négociations ne furent pas longues; on fixa les bases d’un traité, et les ambassadeurs revinrent à Cordoue pour le faire ratifier par le calife *. La mort d’Ordono vint empêcher l’alliance déjà arrêtée en principe; Sancho, qui succédait sans opposition à son frère, fut bientôt renversé à cause de son incapacité, augmentée encore par son état maladif. Ordono 111 le remplaça ; mais la grand’mère du prince dépossédé, la vieille et ambitieuse Toda, qui gouvernait la Navarre, résolut de le faire remonter au pouvoir. Pour arriver à ce but, l’adroite princesse ne recula devant rien ; elle fit demander en même temps à la cour de

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