Dozy» ibid.j III, p
LES JülES D’ESPAGNE
Cbrdoue un membre du célèbre corps médical de cette ville pour guérir Sancho, et une armée pour la restauration du prince. Abdérame envoya en Navarre Chasdai, en sa double qualité de médecin et d’homme d’État; il devait traiter le malade et fixer les conditions de l’al- Hance future.
Ghasdaï déploya tant deressources dans cette dernière mission, qu’il parvint à déterminer la lière princesse chrétienne à se rendre en personne à la cour de Cordoue, ce qui n’était pas un mince sacrifice fait par son amour-propre aux intérêts de Sancho, son petit-fils; moins heureux comme médecin, Ghasdaï emmena en même temps à Cordoue ce prince, dont la santé ne s’était guère améliorée. Arabeset Juifs, ces derniers surtout , étaient fiers du résultat obtenu par le fin diplomate ; les poètes chantaient son retourdansdes stances enthousiastes.
La renommée toujours croissante de Chasdaï, ses services éclatants, eurent les résultats les plus heureux pour ses coreligionnaires.
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Grâce à lui, les musulmans conçurent des idées plus favorables aux Juifs ; il employa son influence et sa fortune à améliorer la situation de ses frères. Convaincu que Dieu l’avait choisi dans ce dessein, il devint, pour ainsi dire, le protecteur et le consolateur des communautés juives, proches et éloignées.
A Cordoue même, il exerçait sur la communauté une sorte de souveraineté politique et judiciaire, soit en vertu d’une délégation du prince ou du choix même de ses coreligionnaires. 11 portait le titre de msi (prince). Sa renommée pénétra jusque dans les communautés les plus lointaines. L’académie talhiudique de Babylone, qu’il soutenait avec une générosité inépuisable, lui décerna letitrehonorable de c/ief de la maison d’études (resch kallah ) .
Chasdaï était en relation avec les savants, les philosophes et les astronomes juifs de l’orient et de l’occident; en même temps il fondait à Cordoue une bibliothèque pour laquelle il faisait venir à grands frais des ma-
nuscrits talmudiques achetés à l’académie de Soura.
L’Espagne semblait réellement destinée à devenir alors le centre de la civilisation juive ; la valeur personnelle des hommes qu’elle produisit contribua puissamment à ce mouvement, que des circonstances extérieures vinrent encore favoriser.
L’ensemble des institutions qui avaient formé jusque-là le centre intellectuel et religieux dujudaïsme, c’est-à-dire le gaonat dans l’Irak et les grandes académies talmudiques, était tombé en décadence. La rivalité des deu.x écoles de Poumbadita et de Soura leur avait fait perdre une grande partie de leur influence. Saadia même, le plus grand et le plus savant des gaonim, ne parvint pas à faire revivre ces antiques instituts. L’école de Soura, celle où il avait enseigné lui-même, tomba la première; colle de Poumbadita, soutenue par des subsides envoyés de Bagdad, la capitale du califat oriental, conservait une sorte d’oxis-
tence factice. Saadia ne vit pas la ruine totale de l’établissement auquel il avait présidé : l’école ne fut fermée que quelques années après sa mort.
La communauté deSoura avait vu avec douleur la fin de l’école qui avait fait sa gloire pendant sept siècles. On essaya de la reconstituer.
Quatre talmudistes, tous anciens élèves de l’académie de Soura, furent députés aux communautés étrangères pour demander leur concours à cettè oeuvre pieuse. Mais la fatalité semblait conspirer contre elle; loin de relever 'en Babylonie le judaïsme et ses institutions, cette mission ne fit qu’en précipiter la ruine.
Jetés par une tempête sur les côtes italiennes, les quatre Udmudistes de Soura tombèrent entre les mains de l’amiral musulman Ibn- Rouraahis. L’un d’eux, R. Schemaria, fut racheté de l’esclavage par ses frères, à Alexandrie d’Egypte. I^e second fut également rendu à la liberté, grâce à ses coreligionnaires afri-
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cains. La rançon du troisième l'utpa 3 ’éeparune communauté inconnue : on croit qu’il s’établit plus tanl à Narbonne. Celui qui éprouva le plus (le vicissitudes fut R. Moïse ben Chanocli.
11 avait emmené avec lui sa femme, aussi distinguée par sa piété et ses vertus que par sa beauté rare; leur jeune tils les accompagnait. Pendant la traversée d’Italie en Espagne, l’amiral convoitait ardemment la belle compagne de son prisonnier et lui avait clairement fait comprendre ses intentions. La jeune femme, en présence de l’amiral, demanda à son mari en hébreu si ceux qui périssaient dans les flots de la mer pouvaient espérer la résurrection. Ben Ghanoch répondit affirmativement, et pour échapper au déshonneur, la noble femme se précipita dans la mer.
R. Moïse ben Chanoch et son fils furent conduits comme esclaves à Cordoue ; la communauté paya la rançon de l’infortuné voyageur, ne se doutant guère que dans la personne de ce misérable prisonnier elle venait
d’acquérir la suprématie intellectuelle sur le judaïsme du monde connu. Ni Moïse, ni ses compagnons n’avaient songé à donner des preuves de leur profonde érudition talmudique dans les divers lieux où le sort les avait jetés. Les maîtres n’avaient-ils pas enseigné : « La loi sainte ne doit pas être un gagne-pain. »
Us passèrent donc tout d’abord pour de vulgaires malheureux. Ce fut sous les vêtements du pauvre que R. Moïse entra dans l’école de Cordoue, à laquelle présidait alors le rabbin et juge Nathan, un homme de connaissances talmudiques superficielles, mais généralement admiré dans son pa^^s comme une des lumières du temps. R. Moïse alla s’asseoir dans un coin comme un auditeur ignorant; néanmoins, en entendant le maître expliquer d’une façon par trop défectueuse un passage du Talmud, il ne put s’empêcher de faire quelques objections, timides d’abord, puis plus nettes et plus serrées. Les auditeurs ne furent pas pou surpris de trouver un si profond érudit sous l’ha^
bit d’un mendiant. On pressa vivement l’inconnu de monter à l’estrade et d’élucider la question controversée. Moïse y consentit et exposa ses idées avec une clarté et un talent qui tinrent l’auditoire sous le double charme de l’admiration et de la surprise.
Le jour même, Nathan, faisant preuve d’une rare abnégation, déclara qu’en présence d’une pareille supériorité il ne pouvait conserver son rang de maître et déjugé : Moïse ben Chanoch seul était digne de remplir ces fonctions.
Après un pareil hommage, la communauté ne pouvait hésiter; elle choisit le savant étranger pour son chef rabbinique, et le combla de présents et d’honneurs.
Ici se place un incident assez curieux : l’amiral Ibn-Roumahis, ayant appris qu’au lieu d’un pauvre mendiant il avait vendu un grandrabbin célèbre, prétendit qu’il avait droit à un supplément de rançon que devait payer la communauté. Chasdaï, alors tout-puissant auprès d’Abdérame, fit repousser cette singulière
prétention *. de prince, du reste, avait toujours vu avec déplaisir les relations des Juifs de son empire avec le gaonat, autorité émanant d’un califat ennemi qui tirait annuellement de fortes sommes des communautés d’Espagne; il fut donc enchanté de voir fonder à Gordoue une école talmudique indépendante du gaonat d’Orient.
De leur côté, les trois compagnons de R. Moïse ouvrirent également, dans les communautés de Kaïra, de Kaïrouan et de Narbonne, des écoles talmudiques qui , grâce au savoir étendu de ces maîtres, devinrent des foyers d’instruction pour l’Égypte, le califat fatiraique et le sud de la France; ils détachèrent ainsi du gaonat babylonien ces pays qui représentaient les fractions les plus intelligentes du judaïsme. L’étude du Talmud constituait à cette époque le seul élément vivi-
i. Abraham Ibn-Daoud, dans le Sephsr ka-Kabbalah, d'après QQ récit de Samuel ha-Naguid, qui l'avait entendu lui^iuème do fils de Moïse ben Chanoch.
9i LES JUIFS D’ESPAGNE
üant de civilisation parmi les Juifs et le courant qui amenait inévitablement les esprits vers les sciences profanes. Tout s’étiolait, faute de ce stimulant, chez les caraïtes et dans les communautés trop éloignées du mouvement initiateur dû à R. Moïse ben Chanoch. Bientôt, de tous les points de l’Espagne, accooirurent les jeunes gens avides d’entendre les enseignements du maître babylonien, qui, devant de pareils résultats, ne songea plus guère à retourner dans sa patrie.
Ainsi les quatre savants envoyés en mission par la communauté de Soura, au lieu de faire renaître le mouvement talmudique dans leur patrie, étaient allés portèr leur science aux contrées éloignées.
Par un heureux hasard, la renaissance des écoles talmudiques coïncide avec celle des études grammaticales et de la poésie hébraïque, remises en honneur par Menahem ben Sarouk et üounasch ben Labrat. Ghasdaï devint le Mécène de cette littérature aux débuts
si brillants. Cet homme considérable ne bornait pas sa sollicitude à l’Espagne seule. 11 chercha à nouer des relations avec ses frères du nord-ouest, sur lesquels on n’avait autour de lui que des notions légendaires. Son cœur était profondément ému quand , des hauteurs des questions politiques générales, il redescendait à la situation précaire et parfois misérable des Juifs et à la dispersion de tant d’éléments de vitalité.
L’idée de la religion ne se séparait pas, à cette époque, de celle d’un État régulièrement organisé. La valeur d’une croyance se mesurait à l’influence qu’exerçaient ses adhérents comme corps politique.
Il ne faut donc pas s’étonner si, comme tous ses frères en Israël , le ministre se préoccupait vivement de l’existence d’un empire juif autonome, bien loin au nord dans le pays des Ghazars ; existence vaguement affirmée par des voyageurs, et dont la rumeur lointaine avait pénétré jusqu’en Espagne.
Un aventurier, connu sous le nom d’Eldad, était venu déclarer qU’il appartenait à la tribu de Dan, encore existante, et avait donné ainsi quelque créance à ces bruits extraordinaires; car on ne pouvait facilement admettre que les dix tribus exilées, dispersées, et depuis longtemps oubliées , eussent pu se perpétuer en corps de nation indépendante dans le Ghorazan et en Arabie.
Ghasdaï ne négbgea aucune occasion d’interroger sur ce sujet, si intéressant pour lui, les ambassadeurs qui venaient de tous pays à la cour du calife. Ge fut une grande consolation pour lui d’apprendre, par un envoyé du Ghorazan, qu’il existait réellement dans le pays des Ghazars, un roi juif gouvernant des sujets de la même religion.
11 éprouva une joie profonde quand un ambassadeur venu de Byzance confirma cette assertion, ajoutant que le roi des Ghazars portait le nom éminemment Israélite de Joseph; que les Ghazars formaient une nation puissante
et très-belliqueuse ; que ce pays n’était qu’à quinze jours de voyage de Constantinople, et qu’il entretenait des relations diplomatiques et commerciales avec l’empire de Byzance.
C’étaient là, évidemment, les restes des dix tribus. Ghasdaï le croyait, et telle était l’opinion commune . On ne pouvait guère soupçonner que, deux siècles auparavant, les princes païens du Chazar, pris entre les ambassadeurs de Byzance qui les pressaient d’embrasser le christianisme, et les envoyés musulmans qui les engageaient à se convertir à la foi de Mahomet, instruits ensuite par des rabbins des côtes de la mer Noire, avaient fini par adopter la religion-mère dont les deux autres étaient issues.
Ghasdaï résolut donc d’établir des relations directes avec ce roi juif, et il choisit pour cotte entreprise lointaine et périlleuse un homme prudent et courageux, Isaac hen Nathan.
Le messager fut attaché à la suite d’un ambassadeur d’Abdérame, qui se rendait à
U8 LES JUIFS D’KSPAGSE
CutxstanÜBople. L'empereur grec aceueiUit l’envoyé de Chasdaï avec beaucoup de biei^ veillauce ; mais grâce à la mMance habituelle de la cour du Bas-Empire, il le retint sous différents prétextes, et, après un mois de promesses toujours éludées, au lieu de lui facUiter l’accomplissement de sa mission , le prince le renvoya en Espagne. Il lui avadt remis uæ lettre pour le ministre d’Abdérame, dans la— qitelle il lui exposait les nombreux périls d’un voyage dans le pays des Chazars, tant par voie de terre que par mer.
Chasdaï était désolé de eet ineuceès qui renversait tous ses projets, quand arriva è Cordoue une ambassade dtu roi siavon Hunu j deux Ju ifs, Mar Saül et Mar Joseph, en saient partie: indice certain d’une sitnaÉion prospère d|es Israéhtes dan» les contrées dai Bas-Danube.
Ces deux hommes eurent l’occasioni d’eabretenir Chasdaï du royaume de Ckaaair, sur lequel ils possédlaiéat beaucoup de reasei^ne-
meints. Us sHTadenl même va^ daivs leur psü'ic, UD Juif de ee pays, Mar Amram, qrai, à ce qu’ils disaient, était fort coBsidiéré à 1» cour du prûace.
n fout dire que les recherches pour trou- Ter ce Mar Amram restèrent infructueuses; mais les deux envoyés slavcms se chargèrent de faire panrenir la missive de Ghasdaï au roi de Chazar, par l’entremise de leurs coreligïonnaires de Hongrie, de Russie et de Bulgarie. La communauté de croyance fournissait ainsi aux Juifs des facilités de relations, inconnues même aux souverains du temps.
Ghasdaï remit aux deux envoyés sa lettre, que n^avait pu porter à destination le premier messager. Ge document, fort important à< tous les points de vue,, fut rédigé en hébreu parMenahem ben Sarouk *.
f. Conf. Kerém CHiemed de S. Sachs^ année vm, p. 188, Le meafago de Obasdaï a été retrouvé par Uaac Akrisch dons un voyage de Constantinople en Égypte ; il le publia en 1577, dans le petit* oiMmige’ : ^ Ce doeoment a-étë setivenl ré-
imprimé. Couf. Itinéraires de Carmoly, p. 5 et 67.
On y sent l’inspiration de Ghasdaï, et l’on y reconnaît son pieux patriotisme, ses vues élevées, la conscience de sa valeur en même temps que sa modestie naturelle. La préface est en vers, et dans le style pompeux de l’époque; l’acrostiche n’y pouvait manquer.
« 11 ne se sent pas digne, dit-il ensuite en fort belle prose, d’adresser la parole au roi, et il cherche vainement des termes convenables.
Néanmoins il espère dans l’indulgence du prince pour un de ceux qui vivent dans l’exil, et pour qui, depuis si longtemps, ne brille plus l’éclat de la souveraineté ; car c’est à cause de leurs péchés que les Juifs d’Espagne avaient éprouvé tant de vicissitudes, jusqu’à ce que le maître de ce pays eût accordé ses bonnes grâces à lui, Ghasdaï, et qu’il pût ainsi consoler les malheureux. »
Ghasdaï continue en donnant au roi quelques détails sur l’Espagne, sur l’histoire du califat et sur sa propre situation. Il raconte ses constants efforts pour entrer en relations
avec l’empire des Chazars, dans l’unique désir de savoir s’il existait encore sur terre un coin où Israël ne fût pas soumis à un maître étranger.
« S’ü devait en* être ainsi, ajoute-t-il, je renoncerais aux honneurs, aux dignités, j’abandonnerais tout , je voyagerais par monts et par vaux, je traverserais terre et mer pour pouvoir m’agenouüler devant un roi de la maison d’Israël, me réjouir de sa grandeur et admirer sa puissance. »
Ckasdaï demande ensuite au roi des détails sur son pays, le nom des tribus desquelles descendent les Gbazars, s’ils font la guerre le samedi, s’ils parlent l’bébreu, s’ils ont ime tradition sur le retour d’Israël dans sa patrie, etc.
Le message de Gbasdaï arriva à sa destination. Ce fut un homme du pays de Nemez (Allemagne) qui le remit au cbagan Joseph, le onzième des princes juifs depuis Boulan, qui avait introduit le judaïsme dans ce pays.
JO* LB8 JUIFS D’ESPAGlfK
L’État de»Gha?ars avait encore une imp«v tance assez considérable (vers 960), bien qne j^usienrs provins et contrées vassales s’en fussent détachées.
Ses frontières étaient c^Brprises entre le fleuve Oural, le Don, le Dnieper, la mer ’ Noire, le Caucase (Bab el ^Uwab, Derbend) elle nord de la mer Caspienne (Bahr Djord^on).
Le centre du royaume, c’est-à-dire le véritable territoire des Chazars, n’avait pas 120 parasang (30 milles) d’étendue ; c’était la zone qui s’étendait le long des deux rives du Volga (ïtil) jusqu’à son embouchure. La résidence du chagan Joseph se trouvait dans une tle du fleuve. C’était une sorte de palais mobile, OTi tente magnifique avec une porte d’or.
Vers la frontière du nord , les chagans, dans, le siàde précédent, avaient fait eenstruire ime forteresse pour résister aux incursions des hordes sauvages des Petchanôges ; cette forteresse, bâtie par un architecte byaantin, portait le nom de Ville Blanche (Hark^, eu
LES JUtFS D'ESPAGSE m
grec Aspron Ospition, en rnsee Bjelajaveaa).
à cattse de la conîetrr de ses murs.
Lee chftgans avaient anati à se défendre contre l’ ambition envahissante des Rxisses.
fle entretenaient donc nne armée permanente ; vers le x* siècle, le chiffre des tronpes régolières montait à donae miUe hommes, tant archers à cheval avec casque et cuirasse, que piétons armés de lances. C’étaient généralement des mahométans de l’est, venus dans 1® pays à la suite de commotions politiques de leur patrie ; leur chef même était mahoméhm.
Les audres foxlctionnaires de l’État, ainsi que toute la cour, étaient juifs *.
Le vieil empire byzantin, alors sur son déclin, était obligé de traiter l’État des Ghazars comme une grande puissance. Les documents diplomatiques adressés au pape et aux emperenrs d‘Occident étaient scellés avec
i.Fraba ciM Uui-FoisbD,lbn- Huüul, Massoudi, traité d» Ciaxar; Uéiaoirmda l'aMdëaaie d* SMat^étersbourg, Vlil, S9 •tsoiv.; Carmoly, Ilinéraires,.l>t îbet aour.
lOi LES JülPS D’ESPAGNE
une bulle d’or pesant deux solidi, tandis que la bulle des mêmes documents destinés au roi de Ghazar en pesait trois *. Pour qui connaît l’étiquette minutieuse de la cour de Constantinople, ce détail ne manque pas d’importance.
Les chagans des Ghazars s’intéressaient vivement au sort de leurs coreligionnaires d’autres contrées, et parfois ils exerçaient des représailles contre les pays où on les persécutait. Un chagan, ayant appris que les musulmans avaient détruit une synagogue dans le pays de Baboung, fit aussitôt démolir les minarets de la mosquée dans la capitale ; il ne voulut pas pousser plus loin la vengeance, de crainte, disait-il, d’exciter davantage les musulmans contre les Juifs
1. CoDstantinns Porphyrogenetns, De cœremonüt atüce byzantinæ. II, 44, SS.
2. Frahn, Ibn-Foulau, id : 804. Frabn traduit à tort le mot Kh'anita (nOU3) de l'arabe par Égliae; et d’ailleurs il signifie dans l’endroit cité synagogue, ainsi qne le traduit plus exactement d’Hosson ; Les Musulmans avaient détruit le temple des Juifs. {Peuples du Caueau, p. 42).
Un prince animé de pareils sentiments devait accueillir à bras ouverts l’envoyé de Chasdaï. La missive du ministre juif causa le plus grand plaisir au roi Joseph. Il y répondit par une lettre écrite en hébreu (les Chaza'rs comprenaient l’hébreu et se servaient de caractères hébreux dans leur correspondance '), dans laquelle ü exprimait au premier toute la joie qu’ü avait éprouvée de cette communication, mais en même temps il dut détruire son illusion sur la nationalité des Chazars. Ceux-ci, disait le roi, descendaient des Avares, des Bulgares et autres peuplades habitant originairement la Scythie, et qui avaient émigré plus tard vers le Danube.
Il raconte ensuite l’histoire de la conversion de son ancêtre Boulan ; il donne les noms, tous hébreux, des princes de sa race jusqu’à son père Ahron, et quelques détails sur le pays qu’il gouverne.
1. Mahomet Ibn-Ithak, dans le Fihrist al ulom, cité par Fluegel, Zeitiehrift der morgenlœndùchen GeuUtthafl, année 1859, p. see.
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Quant à la délivrance de l’esil, dît le roi, nos regards sont dirigés vers Jérusalem et vers les académies deBabjdone *.
Le roi Joseph termina tristement son règne.
Dans des guerres malheureuses contre les Russes, il perdît successivement ses villes principales et sa capitale g, vers 965. Les Chazars se réfiigièrent dans le Derhend, dans une île de la mer Caspienne et dans la Crimée, qui prit le nom de pays des Chazars, avec Bosporus (Kertsch) pour capitale.
Les Chazars avaient, dès ce moment, perdu toute importance politique.
Quand Chasdaï reçut la réponse du roi Joseph, le calife Abdul Rahman venait de mourir; son successeur, Hakam, protecteur zélé des sciences et de la poésie, continua au ministre juif la faveur dont il avait joui auprès dé son père, et lui donna dans l’État une situa-
1. Isaac Akrisch a également retronvé et puWié celte réponse, dont l’authenticité est reconnue par tous les critiques.
2. Nestor, annaliste russe, traduct. Scherer, p. 33, 63 ; — dTîosson, La Peupla du Caucate, p. 198.
. tion plu» élevée que celle qu’il avait occupée jufique4k.
C’est alon# que le ministre appela atqjrès de lui le protégé de son père, Menahem ben Saxouk, le poète, avec lequel on sait qu’il était déjà en rapport, de même qu’avec le critique Douuasch ben Labrat, Il en fît son poète favori et le combla d’attentions ; Ben Sarouk, de son côté, avait voué un vrai culte d’amitié à son protecteur, dont il chantait les vertus en. vers inspirés. Un détail touchant peut donner une idée des rapports qui existaient entre le ministre et le poète ;
Ghasdaï avait perdu sa mère. Le soir môme, à minuit, le fils désolé se rendait auprès de Ben Sarouk pour le prier de composer une élégie en l’honneur de la défunte.
— J’y travaillais, dit le poète en montrant à son bienfaiteur les premières strophes du chant funèbre qu’il venait de commencer.
Menahem et Dounasch ont tous deux largement contribué à approfondir le génie de la
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langue hébraïque, dont ils ont étendu et fécondé le domaine par leurs nombreux travaux.
Us dépassèrent de beaucoup dans cette voie les grammairiens caraïtes et même Saadia.
La langue sainte doit à Dounasch une harmonie, une symétrie, une mesure et une richesse d’assonances, que personne ne soupçonnait avant lui. Mais cette brûlante régénération ne se borna pas à la forme, eUe influa aussi puissamment sur le fond; la poésie néohébraïque changea dès lors complètement d’allure.
Jusque-là, la poésie hébraïque, piuementsynagogale, avait un caractère exclusif de pénitence, d’humilité; le sourire lui était étranger ; même quand elle s’élevait jusqu’à l’hymne, elle conservait sa sévérité, ses inégalités et ses lenteurs : les œuvres de Kaliri sont le modèle du genre. Quant aux écrits didactiques et de controverse, ils tombaient dans la platitude des bouts-rimés. Ghasdaï donna aux poètes matière à varier les thèmes consacrés jus-
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qa’ alors; son caractère élevé, ses talents, sa générosité princière, son extérieur imposant, étaient propres à enflammer l’imagination des écrivains. En célébrant, dans'des vers d’un lyrisme aussi brillant que sincère, ses vertus et sa grandeur, ils infusèrent à la vieille langue hébraïque une jeunesse nouvelle, ils lui donnèrent la vie et l’harmonie. Quoique leurs modèles fussent pris chez les Arabes, ils cherchèrent surtout leurs inspirations dans l’essence même de l’hébreu; ce fut l’aurore d’une nouvelle littérature , dont les thèmes favoris sont le panégyrique {Schir Tehilla) et la satire {Schir Téloum). Cependant ils cultivèrent aussi et améliorèrent la poésie liturgique *.