ÉTABLISSEMENTS LES JUIFS EN ESPAGNE
Première immigration en Espagne. — La situation des Juifs sous la domination romaine. L’invasion des barbares. — Les Juifs sous les rois visigoths ariens. ~ Premières persécu* lions. — Le.s conciles d’Espagne. — Lis néo-chrétiens» ou chrétiens judalsants. — Isidore» évêque de Tolède, et sa controverse avec les Juifs. — Les nouvelles persécutions poussent les Juifs à conspirer contre leurs ennemis. — Chute de la domination visigothe et conquête de PEmpire par les Arabes. — Prise de Tolède (712).
L’histoire des Juifs de Byzance, d’Italie, de France et des autres contrées de l’Europe, ne présente, la plupart du temps, qu’un intérêt
particulier; celle des Juifs d’Espagne, au con-
î LES JUIFS D’ESPAGNE
traire, est d’un intérêt général. Les habitants juifs de la presqu’île ibérique ont pris une part remarquable aux événements de ce pays, qu’ils aimaient comme leur patrie; leurs actes appartiennent donc à l’histoire générale. D’un autre côté, l’Espagne juive a exercé sur le développement du judaïsme une influence aussi considérable que la Judée et la Babylonie; les villes d’Espagne ont laissé parmi le peuple dispersé des impressions classiques ; les noms de Gordoue, de Grenade, de Tolède, réveillent chez lui des souvenirs presque aussi puissants que Nahardéa, Soura, et même Tibériade et Jérusalem. Arrêté dans son développement, le judaïsme épuisé en Orient reprit une seconde verdeur en Espagne, et exerça dans ce cercle nouveau et considérablement élargi, une action fertile en excellents résultats. Ce beau pays devint, pour le peuple exilé parmi les nations, un centre vers lequel convergeaient ses forces intellectuelles, centre qui fut sa gloire et son orgueil. On suivra donc avec un double intérêt
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l’histoire de l’établissement des Juifs dans ce pays, de leur organisation, d’abord en communautés et ensuite en un gouvernement intellectuel régubèrement constitué.
On ne connaît rien de précis sur l’apparition des premiers Juifs en Espagne. Quelques-uns y étaient déjà venus sans doute du temps de la république romaine; c’étaient des hommes libres qu’attiraient les ressources nombreuses de la contrée. Ils devaient avoir formé des communautés, car saint Paul parle de son ardent désir de visiter l’Espagne; l’apôtre des Greutils, dans sa mission, voulait s’appuyer sur ces mêmes communautés déjà organisées.
Une immigration eut lieu sous les empereurs Vespasien, Titus et Adrien; les Juifs, écrasés dans leurs insurrections toujours renaissantes, furent emmenés en Occident par leurs impitoyables vainqueurs; quatrevingt mille d’entre eux, dit une version évidemment exagérée, se virent traînés captifs
en Espagne. Ils trouvèrent dans ce pays des frères libres, qui probablement ne les laissèrent pas longtemps dans leur misérable condition ; racheter les esclaves est une des obligations les plus sacrées qu’impose à ses adhérents le judaïsme talmudique.
Les Juifs ont dû être fort nombreux dans certaines parties de l’Espagne, si l’on en juge par les traces et les souvenirs qu’ils y ont laissés. Grenade s’appelait autrefois la ville des Juifs ‘ ; Tarracona, la vieille cité bâtie par les Phéniciens, portait le même nom avant qu’elle ne fût conquise par les Arabes Lucena également passait pour une ville juive. A Gordoue, on voyait autrefois une porte des Juifs et non loin de Saragosse existait une forteresse que , pendant la
1. Arrazi, auteur arabe du xe siècle, ciié par Gayauftos, //ùtory Of the mahomelan dynaities in Spain, 1, 347. Confer. ilemoriat d* la real Academia de la hitloria de Madrid, t. VII, p. 341.
2. Confer. Zedner in Benjamin of Tudela, éd. Asiier, II, 2, note 5.