Ibn-Ezra, Sejer Aa-scAcm
les juifs D’ESPAGNE
Abou Amr Joseph b. Chasdaï ; malheureusement il ne laissa qu’un seul chant, fe Ciumt orphelin, comme il l’appelle lui-môme, et qui révèle un écrivain de premier ordre. Il eut un fils qui devint plus tard ministre k Saragosse.
Samuellbu-Nagrela, après avoir été pendant un quart de siècle l’âme et le protecteur des communautés espagnoles, s’éteignit en 1055, regretté et pleuré de tous ses coreligionnaires.
Son fils Abou Hussaïn Joseph lui succéda, comme vizir*, auprès du roi Badis, et comme rabbin et naguid (chef) de la communauté, bien qu’il n’eût que vingt-quatre ans.
Joseph fut le digne successeur de son père, menant une existence simple au milien des splendeurs de la cour mahométane; grand, généreux, protecteur des savants, des écrivains*, il s’adonna tout entier aux soins du gouvernement et au bien de l’État.
1. Ibn-Hayan cité parDozy. IntroducUon d’/bn -AiJ/iari, 1.97. S. Abraham Ibn^Daoud.
Au milieu de ses nombreuses occupations, il trouvait le temps de diriger l’école juive et donnait des leçons sur le Talmud *.
Si Joseph suivit les beaux exemples de son père, il ne sut pas, malheureusement, imiter sa discrétion et sa prudence. U promut avec trop de partialité ses coreligionnaires aux fonctions publiques, et il se montra orgueil, leux envers ses subordonnés*. Cette conduite excita la haine des Berbères. La population dominante de Grenade l’accusait d’avoir em- ’ poisonné Balkin, l’héritier du trône, un de ses adversaires. Il perdit ainsi la confiance du roi et, il faut le dire, pour l’avoir servi avec trop de dévouement.
Le prince, excité contre les Arabes, qui avaient tué le chef berbère de Ronda, avait résolu de faire exterminer tous les Arabes de sou
1. Le mime. Conf. le journal le Ckaloutz, deuxième année, p. 61.
2. Le même, cité par Munk., loe. eit., p. 99, IDi, et par Dozy, ib., p. <00.
LES JUIFS D’ESPAÜNË
iSi
royaume. Joseph s’opposa de toutes ses forces à ce projet sanguinaire ; le roi néanmoins persista. Le ministre avertit secrètement la population arabe et empêcha ainsi cette atroce persécution qui était à la fois un crime et une faute. Le roi, qui soupçonnait la vérité, tout en reconnaissant qu’il avait eu tort, ne pardonna jamais au ministre d’avoir trahi son secret. *
Les ennemis de Joseph travaillaient activement à sa perte, ils excitaient par tous les moyens les passions populaires contre le ministre et ses coreligionnaires. Bientôt ils répandirent le bruit que Joseph était vendu à Almotassem, prince d’Alméria, qui venait d’envahir le royaume. Aussitôt les Sinhagites (Berbères) se portent en masse vers le palais de Joseph, ils en forcent les portes, assassinent le ministre et traînent le cadavre hors de Grenade, Où ils le mettent en croix*. L’infortuné vizir