Id
3. Saadia Ibn-Danan, Chemda Giwuniza, p. 30, Abraham Ibn-Daond.
4. Zerachiah Halévi sur Baba Metziah, au commencement et ailleurs. Conf. Asulaï, ttib voce.
cœur chez lui étaient à la hauteur de celles de l’esprit. Il était généreux, modeste et plein d’indulgence; une seule fois il déploya une extrême sévérité : il est vrai qu’il s’agissait du salut de la communauté entière, peut-être de tous les Juifs du pays.
L’Espagne, divisée en de nombreux partis, était tombée vers ce temps dans une véritable anarchie. Chrétiens et Arabes se livraient également à des luttes intestines, tantôt sourdes, tantôt ouvertes. Les conspirations, les trahisons étaient fréquentes ; on voyait mahométans et catholiques se liguer et lutter sous le même drapeau, tantôt contre un émir arabe, tantôt contre un roi chrétien. Les Juifs ne pouvaient rester neutres dans ces déchirements. Les conspirateurs des deux partis, en cas de défaite ou de trahison, trouvaient /protection chez leurs coreligionnaires puissants ; les Juifs n’avaient point cette ressource. La trahison, dans leur sein, devenait d’autant plus terrible qu’un prince irrité ne se serait point borné à
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punir un conspirateur juif, mais que son courroux eût atteint la communauté entière, peutêtre tous les Juifs du pays. Aussi Ibn-Migasch, rabbin et juge de Lucena , informé qu’un membre de la communauté devait dénoncer un de ses frères mêlé aux intrigues politiques, le fit citer à son tribunal et le condamna à être lapidé. L’exécution eut lieu un vendredi soir, la veille de Kippour, au coucher du soleil *.
Ibn-Migasch laissa un fils, Méir, également grand talmudiste. Un de ses nombreux élèves de Gordoue fut le père de Maimonide.
A mesure que la science du Talmud se relevait en Espagne, les études grammaticales déclinèrent ; elles furent bientôt complètement négligées. On ne connaît plus à cette époque que deux grammairiens : Aboul Fihm Lévi ben Joseph Ibn-Tabben (ou Altabben^ de Sara-
l. Retpoma Yehuda Ascheri, p. SS.
3. Charizi donne la prononciation exacte du nom, qa'il fait limer avec Matben; Gciger et d’autres lisent à tort Tabbon ou
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gosse, auteur d’une grammaire hébraïque (Maftéach), écrite en arabe, aujourd’hui perdue, et de poésies liturgiques ; il y déplore les malheurs de la communauté pendant la guerre contfe Alphonse, qui prit la ville en 1118. Le second est Aboulhassan Ezra Jacob b. Eléa— zar, également auteur d'une œuvre grammaticale (ha-Schalem), le Complément ; les fragments qui en restent contiennent d’excellentes observations syntaxiques. Il essaya, sans beaucoup de succès, de cultiver la poésie, et composa des épigrammes et des maximes en vers (1113).
Cette époque, si pauvre en grammairiens, compta des poètes en grand nombre. Deux siècles auparavant déjà, b. Labrat, en donnant à la langue hébraïque une grande flexibilité, avait ouvert l’arène et facilité le chemin aux
Tibbon. Cbariii oomme son père Joseph. Est-ce le même (^e le Léri b. Jacob dont il reste des poésies litnrgiqnes dans les circonscriptions de Tripoli et d'Ayignon ? (Michaël Sachs, poésie religieuse, p. 390.)
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poètes. Au milieu des Arabes, qui écrivaient en vers même de simples lettres à leurs amis, les Juifs ne pouvaient tarder à devenir poètes : quiconque ne voulait pas être réputé ignorant devait connaître l’art de versifier. Aussi le nombre des productions rimées de ce temps est incalculable; les vrais poètes cependant étaient rares, comme à toutes les époques. A ceux que nous avons déjà nommés, il faut ajouter Juda Ibn-Ghiat, Juda Ibn-Abbas, Salomon Ibn-Zakbel et les frères Ibn-Ezra; mais au-dessus de tous se place le prince des chantres inspirés, Yehouda Halévi.
Les deux premiers écrivirent principalement des poésies liturgiques. Celles d’Ibn-Ghiat sont les plus estimées ; il s’adonna aussi aux sujets profanes avec le même succès. Salomon Ibn-Zakbel employa l’hébreu à peindre de frivoles jeux d’amour. Il ne fit en cela qu’imiter le poète arabe Hariri, dont les Makama excitaient alors l’admiration en Espagne comme pn Orient. Ibn-Zakbel écrivit donc une
sorte de roinau satirique dont le héros, Ascher b. Yeliouda, est constamment exposé à désillusions et à des déceptions. Une lég^ère esquisse donnera une idée de ce genre, auquel la langue hébraïque semble peu propre; il faut dire cependant que Ibn-Zakbel la manie avec une grande aisance dans cette œuvre curieuse, en prose rimée entremêlée de vers.
Le héros raconte lui-même ses aventures.
Il a vécu dans la solitude des bois avec son amante, et il se sent épris du désir de voir joyeuse et bruyante compagnie. Un billet mystérieux lui fait rechercher une belle inconnue ; on l’introduit secrètement dans un harem dont le possesseur le menace de mort.
O miracle ! cet ennemi n’est qu’une femme admirable dont un masque cachait les traits ; cependant on lui promet que ses vœux seront bientôt comblés. 11 touche enfin au bonheur, il va voir la reine de ses pensées... nouvelle métamorphose, le tout n’est qu’une mystification préparée par ses amis, etc., etc.
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L’œuvre en elle-même manque de valeur réelle, et ce sera toujours un sujetd’étonnement que de voir ainsi employer, et sans trop de désavantage, la langue sacrée à des frivolités galantes.
Grenade avait donné le jour à toute une famille de poètes, les quatre frères Ibu-Ezra, tous distingués, savants et bien nés. Abou- Ibrahim Isaac, Abou-Haroun Moïse, Abou- Hassan Yehouda et Abou-Hadjadj Joseph *.
Leur père, nommé Jacob, avait occupé un emploi sous Samuel Ibn-Nagrela; la famille descendait, croyait-on, de la maison de David*.
Le plus célèbre fut Moïse, disciple de son frère et de Ibn-Ghiat à Lucena ’. 11 fut le poète
1. Isaac était l'atnë (selon Ibn-Daond et l’introduction au Guinzé Oxford), et non Jnda, comme le dit Geiger (Divan, p. 38} ; voyez aussi Lnzzatto, Betoulat, p. 18. Joseph était le plus jeune.